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La police tunisienne est-elle allergique aux bananes?

Malgré ses vertus nutritives, la banane n’a pas vraiment la cote ces temps-ci en Tunisie.

Le 14 septembre, le blogueur Azyz Amami a en effet subi des violences de la part des forces de l’ordre à Tunis, à cause d'une plaisanterie portant sur ce fruit, rapporte Jeune Afrique.

Pour comprendre, il faut revenir un peu en arrière. Mardi 6 septembre, le Premier ministre du gouvernement provisoire tunisien, Beji Caïd Essebsi, s’était exprimé au sujet des forces de l’ordre et de leur comportement. S’il a reconnu le bon travail d’une très large majorité de policiers, il a fustigé malgré tout les dérives de certains d’entre eux, en les traitant de «singes».

Déjà peu populaire de par son refus d’autoriser les forces de police à disposer d’un syndicat, Essebsi, 84 ans, ancien ministre de l'Intérieur, de la Défense et des Affaires étrangères sous Bourguiba, a jeté un nouveau pavé dans la mare avec ses déclarations. Depuis lors, les policiers se plaignent d’être les cibles de jets de bananes et de kakis.

L’après-midi du 14 septembre. le blogueur Azyz Amami, célèbre pour sa participation à la révolution tunisienne débutée en décembre 2010, passe devant un poste de police. Il se permet alors une blague où il est question de bananes.

Mal lui en a pris. La police l’arrête immédiatement. Conduit au poste, le cyberactiviste paie au prix fort son «audace»: il est roué de coups par les forces de l’ordre. Un lynchage qu’il confirme sur son compte Twitter au non moins célèbre blogueur Slim Amamou, avec une petite note d’humour —encore:

Si les policiers manquent certainement d'humour —et de sang-froid—, les mauvais traitements infligés à Azyz Amami ont du mal à passer. Ce dernier a annoncé son intention de porter plainte à l’encontre de ses agresseurs, mais seulement après le 23 octobre. «Lorsqu’il y aura une légitimité», précise-t-il dans un tweet. Ce jour-là, le peuple tunisien doit en effet élire les nouveaux membres de l’Assemblée constituante, le premier scrutin depuis la chute de Ben Ali, en janvier.

Lu sur Jeune Afrique