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Le CESE et son Modèle de développement des provinces du Sud : Parler vrai et exhaustivité…

Nizar Baraka, président du Conseil Economique, Social et Environnemental, CESE, a présenté, vendredi dernier au cours d'une conférence de presse, les grandes lignes du récent travail du Conseil, intitulé le « Nouveau Modèle de Développement pour les Provinces du Sud », NMDPS.

Ce document, qui se veut bien modèle et non plan, exprime tout au long de son exhaustivité remarquable, une clarté et une franchise qui n'ont point manqué d'intéresser et d'interpeller les représentants de la presse nationale, peu habitués jusque-là au «parler vrai» sur les questions afférentes aux provinces du Sud…

Comme l'exprime le CESE dans le préambule du document, il s'agit d' «une plateforme d'analyse et de propositions pour un Nouveau Modèle de Développement pour les provinces du Sud du Royaume…», qui s'inscrit dans la ligne des orientations de la nouvelle Constitution et se présente comme «une contribution de la société civile organisée au grand projet national de régionalisation avancée…».

Pour M. Nizar Baraka et ses pairs donc, ce modèle «est de nature à favoriser la réussite du Plan d'autonomie des provinces concernées par le processus onusien proposé en 2007 par le Royaume». Il comporte comme clé de voute : «le respect et la promotion des droits humains fondamentaux, entendus au sens le plus large, économique, social, culturel et environnemental».

De ce document, fondamental pour une approche renouvelée et crédible de la démarche menée par l'Etat depuis la récupération des provinces du Sud en novembre 1975, alors que l'actualité nationale et régionale est dominée ces dernières semaines par cette question, on retiendra, plusieurs éléments.

Le CESE, en effet, n'a point voulu procéder comme une institution isolée dans sa tour d'ivoire du siège flambant neuf qu'il occupe dans un quartier résidentiel de Rabat !

C'est à partir d'une présence assidue sur le terrain et des contacts tous azimuts avec les populations concernées et leurs représentants qualifiés que les propositions ont été élaborées.

Le CESE a rencontré pour la réalisation de ce « modèle » plus de 1500 personnes, simples citoyens et citoyennes des provinces du Sud, élus locaux ou parlementaires, représentants d'ONGs et d'associations de la société civile, syndicalistes, membres des partis politiques, etc.

Ni langue de bois, ni frilosité…

Autre point remarquable et remarqué, l'absence de langue de bois et de frilosité dans ce document, qui n'hésite pas à relever officiellement ce qui se dit et se sait depuis des lustres à propos de certaines pratiques et habitudes dans nos provinces du Sud.

Ainsi, le Modèle propose d'en finir avec l'économie de rente qui depuis fort longtemps nourrit et enrichit une minorité de personnes, connues et reconnues, lesquelles détiennent leur pouvoir et leur prospérité de positions relevant du clanisme et du tribalisme, mais aussi du fait des appuis et soutiens obtenus auprès de l'Administration centrale et de ses représentants au Sahara marocain.

On a souvent considéré que pour la stabilité et la paix dans ces provinces, il fallait obtenir le soutien des chefs de tribus et de clans, mais aussi des grandes familles sahraouies, ce qui, au contraire, a suscité le ressentiment et l'hostilité de nombreuses couches de la population locale, marginalisée et délaissée.

Le résultat de ce système, pour tenter d'étouffer les récriminations populaires a été, dans cette optique peu inspirée, de développer à côté de l'économie de rente, une forme d'assistanat détournée de son objectif initial qui était de subvenir aux besoins des plus démunis.

C'est ainsi que la distribution de «cartes» de la Promotion nationale est devenue une pratique destinée à favoriser le clientélisme d'une majeure partie de la population locale. Celle-ci a pris donc l'habitude de se «faire entretenir » aux frais de l'Etat (et des impôts des habitants des régions septentrionales), sans pour autant marquer spécialement sa «reconnaissance» aux autorités centrales et à leurs représentants locaux…

Le NMDPS veut donc en finir une fois pour toute avec cette démarche qui faisait des provinces du Sud, par ailleurs largement exonérées d'impôts directs et de taxes indirectes, une zone « spéciale », sous souveraineté marocaine certes, mais où l'exception, les faveurs, les prébendes, les passe-droits et les avantages exorbitants étaient la règle quotidienne !!!

D'où le mise au point de ce Modèle de Développement des Provinces du Sud, répondant à plusieurs objectifs à réaliser dans les dix prochaines années pour une enveloppe globale de 140 milliards de dirhams.

L'Etat engageant annuellement plus de dix milliards de dirhams en diverses enveloppes dédiées aux projets de développement, à l'éducation, la santé, l'habitat, la promotion nationale, etc, il ne serait pas illusoire de considérer que ce montant de 140 MMDh est réaliste sur dix ans, en y incluant les investissements que pourrait opérer le secteur privé, national ou étranger.

Sortir de la médiocrité

Voilà pourquoi, Nizar Baraka et ses collègues, dans un exercice réussi, ont proposé que le NMDPS s'articule autour du développement de trois régions: Laayoune-Boujdour, Oued Eddahab-Lagouira et Guelmim-Smara.

La première, riche en potentiel agricole, halieutique, camelin, pourrait également développer son pôle industriel par la valorisation des phosphates de Bou Craa, son tourisme et son artisanat.

La seconde attirerait les investissements dédiés à la pêche, à l'agriculture sous serre, aux énergies renouvelables, etc…

La troisième, enfin, poserait son essor sur l'économie socialement solidaire, le tourisme socialement responsable et l'éco-tourisme, d'oasis, notamment.

Ces propositions, fruit du dialogue approfondi avec les plus larges franges et secteurs de la population sahraouie, sont destinées à constituer une feuille de route qui pourrait être implémentée par les autorités et les corps constitués après les nécessaires étapes de leur discussion et adoption dans le cadre institutionnel idoine.

Mais le CESE, qui se veut organe consultatif indépendant et responsable, n'en tire pas moins la sonnette d'alarme en constatant dans ses attendus que le chômage au Sahara marocain est largement supérieur à la moyenne nationale (15, 2 % contre 9 %) quand, d'autre part, la femme sahraouie est particulièrement marginalisée en comparaison avec ses cons½urs du Nord, puisque le taux d'activité les concernant n'est que de 14,5 % contre 26 % dans le reste du Royaume!

Tablant sur la création de 120 000 postes d'emplois en dix années, le CESE propose de réduire la part étatique dans la constitution du PIB, alors qu'elle s'établit à 30 % au Sahara marocain contre 18 % sur la majeure partie du territoire national.

Voilà, grossièrement esquissé, la trame principale du NMDPS qui se présente comme un ensemble d'idées, de constats, de critiques et de propositions. Crédible, réaliste, sans complaisance et ambitieux, le Nouveau Modèle de Développement des Provinces du Sud est, incontestablement, un travail abouti qui mérite pleinement  de servir pour ce qu'il est, un modèle à étudier, une source d'inspiration et d'action pour les acteurs locaux et nationaux qui auront, bientôt, la lourde tâche d'½uvrer efficacement et rapidement à la satisfaction des attentes aussi nombreuses et légitimes des habitants de nos provinces sahariennes. Avec comme objectif principal, la création et la distribution de richesses à leur bénéfice, en toute priorité….

Fahd YATA

 

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