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Nous avons confiance en la justice et nous attendons son verdict.» Abderrahmane Belayat et Abdelkrim Abada, deux membres du comité central (CC) du Front de libération nationale (FLN) - le premier était dans le bureau politique, le second en fronde depuis trois ans et coordonne le mouvement de redressement - ont fini par se rencontrer et attendent impatiemment la décision du Conseil d'Etat pour endiguer ce qu'ils appellent «le mal absolu» du FLN, Amar Saadani, son actuel secrétaire général, et «ses mentors, des affairistes de tout acabit recrutés par son prédécesseur». Cette institution qui avait annulé la rencontre d'El Aurassi du 29 août dernier (qui avait propulsé Saadani à la tête du parti) à cause de son illégalité, «ne pourra pas se dédire ni se contredire», pense Abderrahmane Belayat aux côtés de Abdelkrim Abada, que nous avons rencontrés au siège du mouvement de redressement, sur les hauteurs d'Alger. Les deux hommes sont «déterminés» à aller au bout de leur combat contre Amar Saadani et ses soutiens et mobilisent les militants du FLN à tous les niveaux, à la base comme au comité central.  «Notre dossier au niveau de la justice, c'est-à-dire l'appel introduit au niveau du Conseil d'Etat, est très solide, il est blindé», affirment nos interlocuteurs. «Cette plus haute instance de la justice administrative nous a donné raison, elle ne peut pas se contredire», soutiennent les deux membres du CC, qui préviennent toutefois que «si par malheur, elle se déjugeait ce serait un précédent grave qui autoriserait Saadani  et d'autres à faire pire en dehors de la loi». Pour eux, «la situation actuelle du FLN ne peut servir aucun candidat à la présidentielle de 2014». Selon MM. Belayat et Abada, ce serait «un discrédit honteux et avilissant pour le candidat». Les deux hommes ne mâchent pas leurs mots quand ils parlent de la situation du FLN, un parti qui a hérité d'un secrétaire général «sans étoffe et sans aucune formation, fait inédit dans les annales du parti». «Le Président n'a pas besoin d'un vol à la tire pour se faire réélire. On n'est pas dans un marché aux bestiaux», peste Abderrahmane Belayat, pour qui Saadani «fait une entourloupe et engage unilatéralement le parti dans des décisions qui n'engagent que lui». «Il a décidé de soutenir une candidature sans se référer au comité central», dénonce l'ancien membre du bureau politique qui est, selon l'article 9 du règlement intérieur du parti, le seul habilité à convoquer une réunion du CC. «C'est au comité central de décider du candidat à soutenir au moment voulu», indique notre interlocuteur, pour qui les réalisations dont parlent Amar Saadani et d'autres «ne sont pas les réalisations d'une personne, notre pays a des cadres, des ingénieurs et des intellectuels».  Le soutien à un candidat, affirment MM. Belayat et Abada, «doit se décider dans les instances du parti, au comité central, et c'est à partir de là qu'on peut envisager l'avenir et investir pour les générations». «L'homme qu'il faut sera choisi par le comité central», tranchent-ils. «Nous ne pouvons plus cautionner les déviations idéologiques, morales et politiques qui frappent le FLN», martèlent nos interlocuteurs qui affirment avoir refusé les marchés que leur a proposés Amar Saadani à maintes reprises. «Il a envoyé des gens pour nous proposer des postes», dénoncent les deux membres du comité central, qui disent «ne pas être de ceux qu'on achète avec des postes». «Nous sommes de vrais militants qui ne font pas de business avec les valeurs du parti et la lettre de Novembre. Nous sommes décidés à faire partir ceux qui ont fait du FLN un registre du commerce», indiquent MM. Belayat et Abada, qui pointent du doigt les milieux de l'argent. «L'homme qu'il faut sera choisi par le comité central» «Il y en a un, il s'agit d'un parvenu au parti, un certain Tliba de Annaba, qui s'est dit prêt à mettre sur la table 20 milliards pour acheter le poste de secrétaire général, et c'est ce qui a été fait», soutiennent-ils. Engagés donc à ne plus se taire contre «la triche et le vol à tire», Abderrahmane Belayat et Abdelkrim Abada sont soutenus par des dizaines de membres du comité central, des moudjahidine, des cadres intègres du parti et les militants de base. Ils sont convaincus que le temps de Saadani à la tête du FLN tire à sa fin.  Refusant de commenter ses «insanités», nos interlocuteurs affirment leur conviction qu'ils vont dégager celui qui occupe illégalement le poste de secrétaire général du FLN et se disent totalement confiants en la justice. Mais pas seulement. La mobilisation pour le boycott de la réunion du comité central, les 15 et 16 novembre, à laquelle a appelé le secrétaire général du FLN, bat son plein. «130 membres de cette instance ont confirmé leur non-participation, en attendant que les indécis prennent leurs responsabilités», indiquent nos interlocuteurs. Un des membres du CC, Abbas Mikhalif, leur a adressé il y a quelques jours une lettre pour qu'ils ne cautionnent pas Amar Saadani et ses soutiens. Il fait porter la responsabilité de la situation de crise que vit le FLN à ces derniers mais aussi à son président d'honneur, Abdelaziz Bouteflika. Insistant sur le rôle que doit jouer le parti lors de la prochaine élection présidentielle, Abderrahmane Belayat tranche : «Nous veillerons à ce que la décision du parti ne renie pas le passé, ne crache pas sur l'avenir, elle sera l'axe et l'épine dorsale des prochaines échéances électorales. Le FLN est incontournable pour sa vision et sa confiance en l'avenir.»