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l'Anema e Core, un bâtiment italien attaqué par des pirates dans le golfe du Bénin. © REUTERS/Ho New
l'Anema e Core, un bâtiment italien attaqué par des pirates dans le golfe du Bénin. © REUTERS/Ho New

Quand les pirates prennent le Bénin à l'abordage

Le gouvernement béninois a fait des réformes portuaires son cheval de bataille. Mais le pays, dépendant économiquement du trafic maritime, doit compter avec les pirates nigérians.

Mise à jour du 12 octobre: un pétrolier a été détourné avec son équipage au large des côtes nigérianes (à 90 milles au sud de la capitale économique, Lagos) le 11 octobre, selon le Bureau maritime international (BMI). Pour lutter contre la piraterie, le Nigeria et le Bénin ont créé un programme de patrouille maritimes conjointes en septembre dernier.

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Les actes de piraterie se multiplient sur les côtes du golfe du Bénin, en particulier dans les eaux maritimes béninoises. Un navire battant pavillon chypriote, Mathéo 01, avec à son bord 23 marins a été attaqué et détourné par des pirates dans la nuit du 13 au 14 septembre avant de réapparaître, à quelque 125 km des côtes du Bénin.

Ce n’est pas la première fois que ce pays connaît pareil événement. Dans la nuit du 23 au 24 juillet, un autre bateau italien, Anema Ecor, avait subi le même sort et un pirate avait été tué lors de l’opération de la marine béninoise contre les criminels.

Récemment, ce sont deux navires panaméens qui ont échappé de justesse à cette situation grâce à la prompte intervention d’une patrouille de la marine béninoise. On ne compte plus aujourd’hui les tentatives d’attaques déjouées par les forces navales du pays. Ces attaques répétées commencent à inquiéter les autorités du pays au plus haut niveau, ainsi que leurs homologues des pays voisins.

Les 24 et 25 août, les chefs des forces navales du Bénin et du Nigeria se retrouvés à Cotonou après la rencontre à Abuja des chefs d’État du Bénin, Boni Yayi, et du Nigeria, Goodluck Jonathan, afin de mettre en place des patrouilles mixtes. Il s’est agi de se doter de moyens adéquats et de stratégies pour faire face à ces nouveaux criminels des mers, à la pêche illégale et autres activités illicites sur la mer.

Du 10 au 30 août, la frégate française Germinal avait déjà séjourné dans les eaux béninoises dans le cadre d’une mission dénommée «Corymbe». L’objectif était d’entraîner des officiers mariniers et des hommes d’équipage du Bénin sur la prise d’un bâtiment. Des exercices visant à rendre plus opérationnels les éléments de la marine béninoise. Mais ces nouvelles mesures ne semblent pas dissuader les pirates pour autant, à en juger par les dernières tentatives de ces malfrats.

Manifestement, les eaux béninoises attirent de plus en plus de criminels qui sèment la panique dans le trafic maritime. La piraterie qui est apparue ces dernières années en Somalie dans le golfe d’Aden s’est étendue quasiment à tout le continent. L’exemple des Somaliens, qui en ont fait un fonds de commerce lucratif, a donné des idées à bien des criminels de pays qui possèdent une façade maritime.

Mais les pirates du golfe du Bénin s’en sont jusque-là pris aux cargaisons des navires plutôt qu’aux membres de l’équipage et au bateau, pour réclamer ensuite des rançons.

«Récemment, il semble pourtant que les Nigérians ont essayé de copier les pirates somaliens en kidnappant l’équipage et en demandant une rançon», a laissé entendre le responsable de l’ONG américaine Oceans Beyond Piracy, Jens Vestergaard Madsen.

Les nouveaux pirates nigérians

Les armes lourdes découvertes auprès des agresseurs de certains navires ont conduit à attribuer les attaques au Mouvement d’émancipation du delta du Niger (Mend) qui sévit au Nigeria. Néanmoins, la présence de plusieurs groupes de bandits armés sur les côtes nigérianes qui n’ont rien à voir avec ce mouvement est évidente.

Pour Alexis Riols, qui a réalisé une étude pour le Centre d’étude supérieur de la marine, «il est difficile de croire qu’un groupe de pirates puisse s’installer au Bénin, dans une zone qui ne serait pas contrôlée par l’État, alors que leurs côtes font à peine 100 km». Selon lui, le groupe serait basé à la frontière bénino-nigériane, située à une trentaine de kilomètres de Cotonou.

Les sociétés de la trentaine de navires qui ont été victimes des assauts des pirates ces derniers temps ont indiqué que les criminels sont de nationalité nigériane. Et ils opèrent avec de petites embarcations très rapides, munis d’armes de guerre et d’armes blanches.

Le trafic maritime est d’une importance capitale pour le Bénin. Le port de Cotonou est considéré comme le poumon de son économie, car il apporte à l’État l’essentiel de ses ressources financières. Il permet également de désenclaver les pays de l’hinterland, notamment le Niger, le Mali et le Burkina Faso. Si la recrudescence d’actes de criminalité en haute mer se développe, elle risque fort de compromettre les économies de tous ces pays.

Depuis quelques années, le président Boni Yayi fait des réformes portuaires une préoccupation particulière. La dernière en date est la signature en février du gouvernement avec la société Bénin control S.A. d’un contrat en vue d’un Programme de vérification des importations (PVI).

Cette société sera chargée de la quantité, de la qualité et du prix des biens importés; la vérification de la régularité des importations au regard de la réglementation béninoise; la détermination de la valeur en douane, de la position tarifaire ainsi que la pré-liquidation des droits et taxes à l’importation, l’accélération des procédures de dédouanement; la détection des pratiques frauduleuses; le transit des biens vers d’autres pays.

«Tout ce qui va dans les poches de ces douaniers indûment doit revenir à l’État», a déclaré le président Boni Yayi à propos de la polémique sur le PVI.

Ce qui a suscité des remous au sein des douaniers, accusés d’occasionner d’importants manques à gagner à l’État et de se remplir les poches. Le gouvernement a ainsi fait était d’un gap de 14 milliards de francs CFA (21,3 millions d’euros) en août. Pour certains douaniers, ce programme est une privatisation du port qui ne dit pas son nom et une manière de les évincer des activités dont ils ont normalement la charge.

En tous les cas, le port de Cotonou, qui a connu une baisse inquiétante de performance de ses activités, ne peut pas se permettre encore de laisser les navires qui y accostent à la merci des nouveaux bandits des mers. C’est là tout l’enjeu de la nouvelle lutte contre les pirates.

Marcus Boni Teiga

Marcus Boni Teiga

Ancien directeur de l'hebdomadaire Le Bénin Aujourd'hui, Marcus Boni Teiga a été grand reporter à La Gazette du Golfe à Cotonou et travaille actuellement en freelance. Il a publié de nombreux ouvrages. Il est co-auteur du blog Echos du Bénin sur Slate Afrique.

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