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Les habitants de Aïn Melha racontent le

Le calme précaire qui s'est installé depuis deux jours à Aïn Melha (Alger), après de violentes batailles rangées entre bandes rivales, reste tributaire de la présence permanente des gendarmes. La peur au ventre, les enfants ont repris le chemin de l'école, mais les habitants restent sur leurs gardes. Ils exigent tous la sécurisation de ce quartier de 4000 âmes. Plusieurs gendarmes scrutent de loin la sortie des élèves du collège Mohamed Zouaoui, situé au c½ur de la cité des 700 Logements, à Aïn Melha, Gué de Constantine, à l'est de la capitale, où de violentes batailles rangées ont opposé des bandes rivales. Après cinq jours d'affrontements sporadiques, un calme précaire règne. Le quartier semble déserté ; seuls quelques magasins d'alimentation générale sont ouverts, les autres ont préféré garder leurs rideaux baissés. Adossés aux murs, quelques groupes de jeunes surveillent de loin les accès de ce nouveau quartier de 4000 âmes où cohabitent des familles sinistrées de Bordj El Kiffan et de Bab El Oued ainsi que les bénéficiaires de logements promotionnels (participatifs) et de l'AADL. Des façades d'immeubles noircies par la fumée, des arrêts de bus saccagés, des blocs de pierre jonchant la chaussée renseignent sur la violence des combats entre riverains, qui se sont poursuivis jusqu'à dimanche. Lundi, les élèves ont repris le chemin du collège, après avoir suspendu les cours mercredi dernier. C'est devant cet unique établissement du quartier qu'un adolescent a été grièvement blessé par un de ses camarades d'une cité voisine, suscitant «la déclaration de guerre» entre habitants des deux rives du quartier. Depuis, chacun des deux camps fait appel à des bandes étrangères au quartier, pour «punir» l'autre ; ils s'accusent mutuellement d'être à l'origine de l'insécurité. Cependant, les deux parties réclament un poste de sécurité permanent pour imposer l'ordre dans cette cité, prise en otage par le gangstérisme.  Mohamed est père de quatre enfants ; il attend son fils, Amine, devant le collège. Il est encore sous le choc. La veille, sa maison a été attaquée par des jeunes dont il ne connaît que les surnoms. Selon lui, ils «rôdent» autour des immeubles Cosider, en contrebas du bâtiment où il réside : «Un groupe de jeunes est venu de la cité Cosider pour jeter des cocktails Molotov sur notre balcon. Le pire a été évité. Il a fallu l'arrivée des renforts de gendarmerie pour faire revenir le calme. Ces bandes de jeunes se sont attaquées même aux gendarmes qu'ils provoquent à coups de pierre. Cela fait presque une semaine que nous vivons le cauchemar. Nos enfants vivent dans la terreur, mais ils ont dû reprendre le chemin de l'école. J'ai pris un congé parce que je ne peux plus aller au travail et laisser mes enfants.» Mohamed nous montre les impacts des jets de pierre sur les persiennes de ses fenêtres. «Ils viennent en groupe, armés de gourdins, de sabres, de barres en fer, de cocktails Molotov ou simplement de tire-boulettes pour envahir les immeubles. Les appartements du bas sont les plus touchés parce que facilement accessibles. J'habite au premier étage, et ces journées de violence ont été un enfer pour moi et ma famille. Hier (dimanche), alors que nous avions cru à un retour au calme, une horde de jeunots a lancé un cocktail Molotov vers mes fenêtres. Heureusement qu'il n'a pas atteint le balcon, mais a percuté la façade de l'immeuble. Nous avons alerté encore une fois les gendarmes et, depuis, ils ne quittent plus le quartier. Nos enfants ont repris l'école, mais avec la peur au ventre. Je suis obligé de les accompagner à l'école qui se trouve à une centaine de  mètres seulement et de les attendre à la sortie. Ils sont encore sous le choc», souligne Mohamed. Cette impunité qui encourage le recours aux cocktails Molotov Comme lui, Ali, père de deux enfants, vit «le calvaire». Il n'a pas dormi depuis 48 heures. Il fait le guet toute la nuit et surveille les allées et venues de ses enfants, qui viennent juste de reprendre les cours. «Nous ne pouvons plus continuer à vivre comme ça. Il faut que les autorités trouvent une solution pour imposer la sécurité et l'ordre dans la cité. Aujourd'hui, les gendarmes sont là, mais demain, ils vont partir, quel sera notre devenir ? Faut-il attendre que des victimes tombent pour réagir ? C'est impensable de laisser plus de 4000 habitants sans poste de police ou de gendarmerie ! Ceux qui recourent aux cocktails Molotov et utilisent les sabres et les épées sont encouragés par l'impunité dont ils bénéficient. Pourquoi ne les arrêtent-ils pas ? Pourquoi osent-ils s'attaquer aux gendarmes avec des jets de pierres sans être inquiétés ?» s'interroge Ali. «Je n'ai jamais eu si peur que ces derniers jours. J'ai sauvé une petite fille d'une mort certaine. Elle se trouvait dans mon magasin lorsque des jeunes ont jeté une bouteille pleine d'essence. Elle était affolée et a failli recevoir les flammes. J'ai reçu un choc terrible. Je n'ai pu ouvrir ma boutique qu'aujourd'hui, en espérant jamais revivre ce cauchemar», raconte El Hadj. Son magasin est à moitié ouvert. Il discute avec un voisin de l'avenir de son commerce dans le quartier. «Je n'aurais jamais imaginé vivre une telle peur. Le problème c'est que ces bandes de jeunes qui viennent attaquer les maisons sont manipulées par d'autres, un peu plus âgés, n'habitant pas la cité. Plus que jamais, notre quartier a besoin d'être sécurisé en permanence. Sinon, des drames sont inévitables», lance avec amertume ce sexagénaire. «Nous avons tout essayé pour calmer les esprits. Des réunions ont regroupé les représentants de la cité avec le maire et les éléments des services de sécurité, mais pour l'instant, le retour au calme est tributaire de la présence des gendarmes. Il faut que les autorités se rendent compte que la sécurité d'un tel quartier est du ressort de l'Etat et non pas des habitants», estime El Hadj. Les mêmes propos sont tenus par Omar, enseignant, père de cinq enfants, Sid Ali, un médecin qui a préféré installer sa famille chez ses parents à Aïn Naâdja, en attendant des jours meilleurs, ou encore Nacer, cadre de l'Etat, a pris un congé pour être près de son épouse enceinte. Très en colère, ce dernier n'arrive pas à comprendre qu'une bande de jeunes puissent prendre en otage plus de 4000 habitants. «J'ai attendu toute une vie pour obtenir un logement et le jour où j'y ai habité, il est devenu un enfer pour moi et mon épouse, enceinte de surcroît. Où vais-je aller ? Je ne peux même pas vendre pour acheter ailleurs. Nous avons suffisamment souffert du terrorisme, nous ne pouvons plus supporter encore autant de violence», crie Nacer. Il rappelle qu'à Aïn Melha, les batailles rangées ne datent pas d'aujourd'hui. Cela fait des années que les habitants sont pris en otage par des bandes rivales qui utilisent les armes blanches pour régler leurs comptes dans les rues étroites de la cité, transformées en champs de bataille. «En 2012, lorsque j'ai reçu les clés de mon appartement, j'ai vécu douloureusement les affrontements qui ont secoué la cité. Je pensais ne plus revivre ces moments difficiles, mais visiblement ces derniers ne sont pas près de connaître leur fin», souligne Nacer. De jeunes écoliers nous rejoignent et, eux aussi, veulent que le «cauchemar» s'arrête. «Nous avons repris aujourd'hui les cours, mais avec la peur d'une attaque à la sortie. Nous sortons en courant pour éviter les échauffourées. Comment peut-on étudier dans ces conditions ? Il faut que ces violences cessent. Il y a des voyous qui rôdent dans la cité. Les gendarmes doivent les arrêter», crie Aïssa, un jeune adolescent de 13 ans. Il exhibe des blessures au bras gauche et au pied droit. «Dans la nuit de jeudi, j'ai reçu des coups de pierre alors que je me trouvais au balcon. Je n'ai pas compris ce qui se passait. Les gens criaient et couraient dans tous les sens durant des heures. Les services de sécurité sont arrivés très tard et dès qu'ils sont partis, les violences ont repris. Les gendarmes sont revenus le lendemain, mais ils n'ont pas arrêté tous les meneurs. Certains ont été embarqués, mais quelques heures plus tard on les a revus parmi les casseurs», révèle le collégien. Les propos des uns et des autres se ressemblent et témoignent de la déliquescence de l'Etat, qui semble incapable d'assurer la quiétude dans nos cités. En effet, ces derniers jours, de nombreux quartiers nouvellement construits à la périphérie de la capitale sont pris d'assaut par des gangs qui imposent leurs lois. La situation ne fait que s'aggraver en raison de ce phénomène de gangstérisme qui se propage dangereusement à d'autres wilayas du pays.  

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