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Un manifestant porte un drapeau algérien, à Alger, le 12 février 2011. REUTERS/Zohra Bensemra
Un manifestant porte un drapeau algérien, à Alger, le 12 février 2011. REUTERS/Zohra Bensemra

Contestation à Alger, deuxième round

Après le demi-succès de la marche du 12 février à Alger, la Coordination nationale pour la démocratie et le changement (CNCD) a décidé de remettre ça samedi prochain.

Si partout dans le monde, l'écart entre les chiffres des manifestants et de la police est toujours important, l'Algérie, habituée à jouer les équilibristes, a fait le grand écart. 250 manifestants selon le ministère de l'Intérieur, 3.000 selon les organisateurs. Tout le décalage entre le régime et l'opposition tient dans ses chiffres.

Une marche décevante

Le premier nie la réalité, les seconds insistent sur la réussite d'un rassemblement qui a regroupé le plus d'Algériens depuis 20 ans, alors que beaucoup parlent d'échec —y compris au sein des participants. «On est un peu déçus, on pensait vraiment qu'il y allait avoir plus de monde», avoue Khaled, animateur du très actif MJIC, Mouvement de la Jeunesse Indépendante pour le Changement, se frottant le bras blessé par un policier. «Ça va être plus dur que prévu», conclut-il, laissant planer le doute sur le sens de sa phrase. Parle-t-il du temps qu'il faudra pour faire tomber le régime, ou des coups qu'il faudra prendre?

Finalement, le seul chiffre qui n'a pas été contesté est celui des policiers présents place du 1er mai pour contrer cette marche. 20.000 selon la police, ce qui fait dire à un passant: «C'est une manifestation de policiers pour fêter leur nouveau salaire?» (Les policiers viennent d'être augmentés de 50%, avec effet rétroactif à partir de 2008).

Pour sa part, le quotidien le plus lu du pays, Echorouk, 500.000 exemplaires, accusé par certains opposants d'être proche des services de renseignements algériens, a lui aussi annoncé 500 participants à la marche.

Au lendemain de la manifestation, Abdennour Ali Yahia, du haut de ses 80 ans passés, infatigable avocat et militant des droits de l'Homme, président d'honneur de la Ligue des droits de l'Homme, est serein:

«Il faut faire des marches tous les samedis, prendre rendez-vous avec la rue jusqu'à ce que le régime recule, ou tombe.»

Convaincu de la fin prochaine du régime, il a marché le 12 février aux côté de Mounir, 23 ans, jeune militant d'un nouveau groupe, Algérie Pacifique. Il partage l'avis de Maître Ali Yahia, même s'il proteste discrètement contre la qualité des réunions de la Coordination, dont ce dernier fait partie, et où «les querelles entre personnalités et partis politiques sur de vieux conflits ou des questions de leadership n'en finissent pas».

Une Algérie divisée

L'écart entre les deux hommes est néanmoins résorbable dans l'opposition: Mostefa Bouchachi, le porte-parole de la Coordination —qui regroupe des partis d’opposition, associations, syndicats autonomes et personnalités de la société civile—  est formel: «2011 sera l'année du changement».

Mais comment cela arrivera-t-il? Par une succession de marches et d'actions, ou bien par des reculades successives du régime?

L'écart est là aussi, dans une Algérie divisée, tous n'étant pas forcément d'accord avec la méthode et les organisateurs. «Je veux bien marcher, explique un quadragénaire du quartier où a eu lieu le rassemblement, mais je marche déjà toute la journée à la recherche d'une raison de vivre. Le samedi, je me repose».

En attendant le dénouement de la crise, la suite c'est samedi prochain.

Chawki Amari

Chawki Amari

Journaliste et écrivain algérien, chroniqueur du quotidien El Watan. Il a publié de nombreux ouvrages, notamment Nationale 1.

Ses derniers articles: L'effroyable tragédie du FLN  Cinq parallèles entre le Mali et l'Afghanistan  Bigeard, le tortionnaire vu comme un résistant 

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