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Des migrants qui viennent d'être secourus attendent de passer un test médical à Malte. REUTERS/Darrin Zammit Lupi
Des migrants qui viennent d'être secourus attendent de passer un test médical à Malte. REUTERS/Darrin Zammit Lupi

«Si j’avais su comment ça se passerait, je ne serai jamais parti»

Contrairement aux naufragés de Lampedusa, Ahmed a eu de la chance. Mais pour parvenir en Europe, ce somalien de 31 ans a connu l'enfer.

La forteresse Europe prend l’eau. Sur les rives de la Méditerranée, les murs érigés pour contenir le flux migratoire n’ont fait que détourner les routes empruntées par les réfugiés. Entre les côtes libyennes et l’Italie, des embarcations de fortunes se frayent un passage au milieu des navires de la police aux frontières. Cet itinéraire, celui que suivaient les naufragés de Lampedusa, Ahmed Omar Isaac l’a emprunté deux fois. Dans le même sens.

Lorsque le jeune somalien quitta Mogadiscio, il pensait laisser derrière lui l’immensité de l’océan et du danger. Après avoir traversé une mer de sable, il trouva pourtant le même horizon azur et incertain face à lui :

 « Je suis parti pour des raisons de sécurité. Au début, je voulais simplement aller dans le pays le plus proche. Je me suis donc rendu au Kenya, mais sans papier, je ne pouvais rien faire. Donc j’ai pris le bateau pour l’Ouganda, mais là encore, c’était compliqué car je ne connaissais personne. Quelqu’un m’a dit d’essayer la Libye. C’était paraît-il facile de rejoindre l’Europe à partir de là-bas. » raconte-t-il au site d’information kenyan IRIN.

Ahmed mit donc le cap sur Tripoli. Après une halte à Khartoum, il s’engouffra dans le Sahara avec 80 autres somaliens. Au bord d’un Land Cruiser à 360 dollars la place, il connut ses premières souffrances.

 « Nous n’avions plus d’eau, et le soleil était terriblement chaud. […] Le passeur nous a gardé en otage pendant trois semaines. Il m’a dit d’appeler mes parents et de leur demander 800 dollars. Je suis tombé malade et j’ai failli mourir. Cinq de mes compagnons de route y laissèrent leur vie. Par la grâce de dieu, un bon samaritain a sorti 200 dollars de sa poche et a payé pour moi. »

Finalement, Ahmed devait atteindre la Libye. Mais aux portes de Kufra, des milices stoppèrent le convoi et mirent les migrants sous écrous. Avec 3 compagnons de cellules, le jeune homme réussit à s’échapper et à atteindre Benghazi. Là, en dépit de la cruauté dont firent preuve les parrains de son dernier voyage, il a de nouveau recours à des passeurs. Ces derniers lui conseillent alors de se déguiser en femme. Le stratagème fonctionne jusqu’à Tripoli. Contrôlé à son arrivée dans la capitale libyenne, Ahmed est trahi par son arabe hésitant.

Dans son malheur, le migrant de 31 ans, eut encore un peu de chance. Libéré par la grâce de l’ambassadeur somalien, il reprit contact avec des passeurs :

« Deux semaines plus tard, j’ai décidé de prendre un bateau pour l’Europe. Je ne voulais pas rester en Libye car la vie là-bas est un enfer. Comme je n’avais pas d’argent, j’ai convaincu les passeurs que je savais naviguer et me servir d’un compas. C’était faux, mais avant de partir, j’ai regardé sur internet comment fonctionne un GPS. »

A plus de 160 kilomètres des côtes tripolitaines, le bateau gonflable commença à prendre l’eau. Il parvint néanmoins à se rapprocher du rivage tunisien où il rencontra une nouvelle milice. Après un énième passage par la case prison, Ahmed reprit la mer. Les conditions étaient tout aussi précaires, mais l’embarcation finit par arriver sur le territoire européen. Pris en charge par l'UNHCR (l'agence des Nations Unies pour les réfugiés) à son arrivée, Ahmed gagne maintenant un peu d'argent en tant qu'interprète.

« Malte est un petit pays que j’apprécie. Mais je veux continuer à migrer légalement autre part. J’ai quitté la Somalie notamment à cause des Shebabs, mais si j’avais su que ça se passerait comme ça, je ne serai jamais parti. Je n’ai jamais rêvé de finir noyé, ni même de parcourir une telle distance pour trouver une terre d'accueil. »

 

Lu sur IRIN

 

Slate Afrique

La rédaction de Slate Afrique.

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