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Les chômeurs résistants de la

Réinterprétant les notions de marginalité et d'exclusion sociale à la lumière du contexte algérien, Abdelkader Lakjaa préfère parler de «marginalité libre», «c'est-à-dire une marginalité voulue et assumée, parce que ne découlant pas exclusivement de la pauvreté», argue-t-il. L'une de ses manifestations les plus patentes est celle qui se pose comme une forme de résistance au marché du travail, avec ses hiérarchies et ses injustices, en soulignant que cette marginalité est «caractérisée par la distance par rapport au travail régulier». D'où la place écrasante de l'informel dans l'économie juvénile. «De ces jeunes qui s'aménagent une existence, qui peut ne pas être toujours précaire, dans les interstices d'une vie sociale relativement stable, on ne peut pas dire qu'ils sont assistés», note A. Lakjaa. «Par exemple, pour l'obtention de microcrédits en vue de la création de petites entreprises, parmi 265 jeunes concernés par le chômage, 17,4% déclarent n'avoir pas fait de démarches et 4,5% avoir renoncé d'eux-mêmes parce que découragés par  la 'lourdeur' du dossier à fournir», révèle-t-il. Le sociologue y voit une forme d'autonomie, d'auto-prise en charge loin des dispositifs d'assistanat institutionnels : «Nous avons affaire à des jeunes qui organisent leur vie loin du contrôle institutionnel exercé par les organes de l'Etat. Cette recherche d'autonomisation a plus un sens collectif qu'individuel et mobilise principalement la famille.» Et de reprendre : «Sous cet angle, l'entrée dans la sphère des activités économiques informelles signifie insertion dans des réseaux sociaux et protection contre la précarisation des rapports au travail.» La vulnérabilité «formelle» liée à l'absence d'un emploi régulier se trouve ainsi atténuée, d'un côté, par la solidarité familiale, et de l'autre, par les réseaux sociaux informels. Chez nous, «le chômeur est en règle générale assez bien inséré dans le réseau relationnel structuré autour de l'emploi informel et dont le noyau dur se constitue au sein et par les membres de la famille. Aussi les risques de basculement de la vulnérabilité dans la désaffiliation se trouvent-ils annihilés par le croisement de l'insertion dans la sphère informelle et de l'enracinement dans le réseau relationnel familial», souligne A. Lakjaa. A l'appui de son analyse, le chercheur cite des chiffres édifiants : «Parmi les 174 actifs, l'enquête a dénombré 43 occupés (33 garçons et 10 filles) et 118 chômeurs, soit plus de deux chômeurs et demi pour un occupé et un taux de chômage de plus de 72%. Près de la moitié des garçons occupés (15) déclarent travailler dans le commerce informel (commerce sur le trottoir, vente de sachets en plastique aux portes des marchés...).» Et de détecter une nouvelle catégorie de chômeurs qui brouillent tous les codes du marché de l'emploi, de quoi donner le tournis aux bureaucrates de l'ANEM : «A la question : 'Si vous êtes chômeur, cherchez-vous un travail ?' près du tiers (29%) répondent ne pas chercher un emploi. Ils sont 17 filles et 17 garçons à adopter cette attitude face au problème de l'emploi. Cette attitude reflète à elle seule tout le paradoxe qui fait la vie quotidienne des jeunes : ils se disent chômeurs mais ne se cachent pas d'avouer clairement qu'ils ne cherchent pas pour autant un emploi» assure le sociologue. A. Lakjaa remarque, par ailleurs, une forte désaffection chez les jeunes vis-à-vis des dispositifs de type Ansej : «60% des chômeurs (...) ne s'adressent pas aux organismes étatiques (ANEM, Ansej, Angem) mis en place pour la résorption du chômage.» «Les enquêtés chômeurs, non seulement n'ignorent pas ces agences chargées de l'emploi des jeunes, mais déclarent les contourner en se présentant directement sur les lieux de travail (46%) ou en mobilisant leurs relations familiales et autres (22,6%).» Le sociologue en déduit que, ce faisant, nos jeunes s'ingénient à inventer «de nouveaux rôles» et s'approprient «leur propre espace autonome de responsabilité».  

El Watan

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