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Gouffre financier et panier de crabes

Jeudi 29 juillet 2013. L'affaire de la Générale des concessions agricoles (GCA) rebondit là où elle est la moins attendue : à l'hôtel El Aurassi en l'occurrence, et à l'issue de la réunion (illégale) du comité central du FLN, qui a porté, à la hussarde, Amar Saadani au poste de nouveau secrétaire général du FLN. Lors de son point de presse improvisé, Saadani met au défi quiconque détenant des preuves de son implication dans des affaires de corruption de les présenter à la justice. «Jusqu'au jour d'aujourd'hui, je n'ai lu ces rumeurs que dans des articles de presse et personne n'a osé aller à la justice», dit la machine qui veut laver plus blanc que blanc. Cité dans le scandale des détournements de fonds de la GCA, estimés à plus de 500 millions de dollars (52 milliards de dinars), l'ancien président de l'Assemblée populaire nationale s'en défend. Non sans humour. «On m'a accusé, déclare-t-il, d'avoir pris 3200 milliards, alors que si c'était le cas il m'aurait fallu 37 semi-remorques pour les transporter et aller les enterrer dans le désert de la wilaya d'El Oued. On m'a aussi accusé de détenir une société agricole et je promets à la personne qui le prouvera de la lui céder à son nom chez le notaire.» Saadani n'en dira pas davantage à la presse, encore moins à la justice qui l'avait convoqué le 23 juin 2007 pour s'expliquer devant la chambre d'instruction près le tribunal de Djelfa. En vain. Mis en cause, au même titre que l'ancien ministre de l'Agriculture, Saïd Barkat, dans la gestion des budgets astronomiques alloués au secteur de l'agriculture, frappé d'une interdiction de sortie du territoire (El Watan, 5 juillet 2008), Saadani aurait capté, à travers une société écran dénommée El Karama (présente dans une vingtaine de wilaya), quelque 3000 milliards de centimes (El Khabar hebdo n° 546 et 548, 1er septembre 2009). Ce jeudi 29, le secrétaire général du FLN réfutera - pour la première fois -, et avec aplomb, avoir acquis, via les programmes de développement agricole (PNDA), des biens immobiliers à Paris, Hydra, Londres ou Malaga. L'IGF à l'assaut de «La Générale» Un panier de crabes et un gouffre financier abyssal. L'affaire de la Générale des concessions agricoles du nom de l'établissement public créé en 1999, chargé de mettre en ½uvre les nouvelles politiques agraire et agricole de l'ère Bouteflika, n'en finit pas de s'étirer en longueur. Ni justice ni vérité n'éclateront des instructions judiciaires en cours depuis cinq ans (tribunal de Ouargla), ni à l'issue d'ailleurs du premier procès (des lampistes) de la GCA à Djelfa (janvier 2013). Volonté d'étouffement ? Rien n'est moins sûr. Depuis l'éclatement de l'affaire de La GCA en 2005 (suite à une lettre de dénonciation) et les premières enquêtes et rapports accablants (rapports de l'inspection générale des finances, enquêtes de la gendarmerie, rapports de la Cour des comptes en 2007), l'affaire semble s'être perdue dans des dédales procédurales (pourvois multiples en cassation), piégée par le défaut d'empressement des pouvoirs publics à protéger les deniers publics et à lutter contre la corruption. En la matière, l'affaire GCA est un «cas d'école». Hormis la centaine de cadres de la GCA mis en accusation dans tout le territoire national, dont certains accusés furent oubliés (et/ou mort) en prison depuis cinq ans pour des délits punis de 12 mois d'emprisonnement (cas de faux et usage de faux), et les quelque 300 entrepreneurs impliqués, aucune responsabilité politique n'est retenue ou établie. Pourtant, en 2007, les trois quarts du fonds d'aide de la GCA, soit 52 milliards de dinars, avaient été consommés dans des projets dont plus de la moitié n'a pas été réalisée (reportage El Watan, 12 novembre 2007). Ce sont près de 4000 milliards de centimes (rapport de l'IGF) qui ont été siphonnés dans des contrats fictifs, marchés de gré à gré (5000 projets) portant sur de très hypothétiques projets de valorisation et développement agricole, d'importation de matériels agricoles... et autre vraie-fausse lutte antiacridienne. Des montants vertigineux mis décidément à disposition des innombrables et gargantuesques nuées de criquets pèlerins de la République.  

El Watan

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