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Joueurs de djembés, Conakry, Guinée / Reuters
Joueurs de djembés, Conakry, Guinée / Reuters

Top Africa, la radio des Africains de Washington

Cette webradio ambitionne de raconter aux Américains le quotidien d'une Afrique qui réussit.

C'est pratiquement avec des trémolos dans la voix que l’initiateur du projet le dit:

«Radio Top Africa est la voix du continent au pays de l’Oncle Sam

Peu importe si tous les Africains vivant dans la capitale fédérale américaine, et ailleurs aux Etats-Unis, n’écoutent pas forcément tous cette station, en se levant le matin. Ils sont néanmoins certains de pouvoir y trouver la chaleur et le quotidien de leur terre d’origine.

Le fondateur, Georges-Léonard Sagno, un journaliste guinéen installé à Washington depuis plus de dix ans, a voulu cette radio comme «le tam-tam qui raconte la chronique quotidienne de l’Afrique, et surtout ce que le continent a de positif».

«Lorsque l’idée m’est venue en 2009, j’avais surtout à l’esprit de contribuer à réparer une double injustice. L’Afrique est très mal représentée dans les médias américains. Et les rares fois où l’on en parle, c’est pour évoquer les drames et les horreurs qui s’y déroulent, comme si des choses horribles ne se déroulaient pas aussi ailleurs.»

Georges-Léonard Sagno met donc à profit l’expérience et les contacts noués à la Voix de l’Amérique, où il produit déjà des émissions, pour lancer une radio sur Internet. L’objectif, donner une image positive de l’Afrique.

Positive attitude

«Il se passera toujours des choses pas cool, et bien sûr, nous avons l’obligation d’en parler. Mais nous devons aussi relayer et mettre en avant toute la beauté et le dynamisme de l’Afrique, au moins pour que la fatalité ne l’emporte pas. Personnellement, c‘est ce qui me fait tenir en tant qu’immigré», soutient-il encore.

Aujourd’hui, la chaîne propose un large éventail de programmes qui traitent aussi bien des questions de société, la vie quotidienne dans les différentes régions du continent, les sujets économiques, les préoccupations liées à l’immigration et de l’Histoire de l’Afrique. Pourtant, quand Radio Top Africa est lancée il y a quatre ans, elle n’a qu’une seule émission: «Washington Débats». Il s’agit d’une émission politique, toujours présente sur la grille, qui permet aux Africains installés à Washington D.C. de donner leur avis sur la marche du continent.

Comme tous les débuts, il y a eu des hésitations, quelques bugs et beaucoup de doutes, comme le fait savoir une Aminatou Bah, une Sénégalaise, responsable d’une association de soutien aux nouveaux arrivants à D.C. et auditrice des premiers jours de Top Africa:

«Au début, certains d’entre nous étaient assez sceptiques. Commencer un projet comme celui-là par une émission politique, alors qu’on sait que c’est un sujet très clivant, ne semblait pas très indiqué. Mais, très vite, cette émission, parce quelle était menée avec beaucoup de finesse a réussi à rapprocher les uns et les autres.»

De fait, explique le responsable de la radio, Georges-Léonard Sagno, «Washington Débats» demeure l’une des émissions les plus écoutées. Même si, ajoute-t-il, ce programme est devancé par une autre qui a le vent en poupe: «Mémoires d’Afrique».

Comme son titre l’indique, «Mémoires d’Afrique», diffusé tous les mardis à 21h (heure de Washington) a pour ambition de faire connaître les grandes heures de l’Histoire du continent. Les documents d’archives, les éclairages de spécialistes et, dans la mesure du possible, les témoignages de quelques acteurs valent à ce programme d’être l’un des plus attendus de la radio. Tout au moins si l’on s’en tient aux nombreux appels des auditeurs chaque semaine.

De nombreux défis

Radio Top Africa revendique quelque 5.000 visiteurs par semaine. C’est loin d’être spectaculaire, mais «cela prouve qu’il faut continuer, malgré la modicité des moyens», affirme Georges-Léonard Sagno.

«Il y a un réel besoin pour les Africains vivant ici d’avoir le pouls du pays. Il y a un besoin, pour ceux qui sont sur place en Afrique, de savoir comment nous autres nous nous débrouillons ici, et surtout ce que nous avons à dire», ajoute-t-il.

Aujourd’hui, les promoteurs tentent d’élargir l’audience de la chaîne, en multipliant les partenariats avec des radios de divers pays du continent. Ainsi, expliquent-ils, certains programmes sont relayés par Horizon FM en Guinée ou encore Radio Liberté, basée dans le Nord-Kivu, en République démocratique du Congo.

Malgré cela, Top Africa reste encore très peu écoutée en Afrique. Seulement 17%, en moyenne, de visites viennent d’Afrique; 44% des Etats-Unis, 36% de Chine, 3% de France et d’autres pays européens, selon des chiffres fournis par les responsables de la station.

«Le faible taux de visites en provenance d’Afrique est essentiellement dû à des problèmes logistiques liés à l’énergie et à l’accès à Internet, qui demeure encore assez faible», analyse Georges-Léonard Sagno. D’où la solution de faire diffuser nombre de programmes par des radios locales et permettre au public de connaître Top Africa.

L’autre défi à relever est naturellement lié à des contingences économiques. Comme presque tous les médias ici, elle ne peut survivre que grâce aux annonceurs, qui eux-mêmes sont assez rares. Pour pallier le problème, des appels à donations sont régulièrement faits et les Africains de Washington comme ceux d’ailleurs jouent le jeu de bon cœur. Résultat, en plus du studio principal basé dans la capitale fédérale, un autre vient d’être ouvert à New York et un autre à Montréal. Et l’équipe est aujourd’hui constituée de six personnes.

Si la plupart des émissions de Top Africa sont parfois longues, très longues, ce qui peut assez rapidement compliquer le confort d’écoute, la radio a le mérite de créer du lien social et de rétablir une forme d’équilibre avec le traitement qui est souvent fait de l’actualité africaine dans les médias étrangers.

Raoul Mbog, à Washington

Raoul Mbog

Raoul Mbog est journaliste à Slate Afrique. Il s'intéresse principalement aux thématiques liées aux mutations sociales et culturelles et aux questions d'identité et de genre en Afrique.

 

 

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