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Afrique du Sud: amnistie générale du crédit en vue avant les élections

Une mesure d'amnistie attendue comme une libération par des millions de Sud-africains endettés et pénalisés pour avoir été mauvais payeurs doit intervenir début 2014 avant les élections, laissant entier le problème de l'usage abusif du crédit à la consommation, selon experts et opposition.

En Afrique du Sud, être sur liste noire pour un défaut de paiement, présent ou passé, a des conséquences incalculables: refus de crédit au logement ou à taux normal, impossibilité de louer ou de s'assurer, de s'abonner au téléphone, voire de trouver un travail, de nombreux employeurs abusant du système pour réclamer les états de crédit des candidats à une embauche.

Sous ses dehors techniques, cette amnistie d'une ampleur inédite est très parlante dans un pays voué à l'hyper-consommation, avec des centres commerciaux ouverts sept jours sur sept, mais où la moitié des adultes vit avec un faible revenu et une capacité d'épargne quasi nulle.

Elle s'appliquera "dans trois mois", a indiqué à l'AFP le ministère de l'Industrie et du Commerce (DTI). Les élections générales sont prévues en avril.

Les payeurs défaillants seront retirés des listes noires des bureaux de crédit s'ils ont fini de rembourser ou si le montant de leur dette est inférieur à 10.000 rands (735 euros). Pour ceux qui rembourseront ultérieurement, ils pourront faire effacer la trace de leur défaillance immédiatement après.

Depuis l'annonce, le téléphone n'arrête plus de sonner au médiateur du crédit (Credit Ombud) et à l'association des bureaux de crédit (CBA).

"Les consommateurs veulent savoir s'ils devront continuer à rembourser leurs crédits. La réponse est oui", explique à l'AFP Natasha Horwitz, la directrice générale du réseau des bureaux de crédit.

"La précédente amnistie en 2007 était assez différente. Le retrait des informations négatives était limité aux défaillances d'un faible montant et à certains jugements", rappelle-t-elle.

"Cette fois-ci, on parle d'une opération beaucoup plus vaste où toutes les informations négatives seront effacées quel que soit le montant" et selon elle, 4 millions de personnes seront concernées, plus du double du chiffre avancé par le gouvernement.

Bien que celui-ci ait recueilli plus d'avis positifs que négatifs lors de ses consultations, beaucoup de professionnels font la moue. 

Les banques, mécontentes de perdre les précieux listings de cotes de crédit, menacent de resserrer les vannes du crédit classique. Elles pourraient se rattraper sur le créneau des crédits personnels non garantis où les taux d'intérêts sont double voire plus du triple de la normale.

Les représentants des consommateurs regrettent que l'amnistie profite sans distinction aux ménages victimes d'un accident de parcours et aux mauvais payeurs patentés, faute d'imposer des critères. Elle risque aussi d'inciter les plus vulnérables à se ré-endetter.

"C'est de la pure tactique électorale populiste", estime le député d'opposition Geordin Hill-Lewis (Alliance démocratique). Un débat parlementaire aura lieu en janvier mais "on voit mal comment s'y opposer et expliquer aux électeurs pourquoi c'est une mauvaise idée. Il y a beaucoup de Sud-Africains très pauvres, sans éducation scolaire et très endettés, et pour eux, c'est très tentant", dit-il.

Depuis 1994 et l'avènement de la démocratie, l'accès au crédit a explosé en Afrique du Sud. 

Pour l'électroménager de base, il est courant d'avoir le prix total affiché en tout petit à côté de la mensualité à rembourser écrite en gros. Les gens s'endettent aussi pour payer les obsèques d'un proche ou la scolarité des enfants.

Après la tragédie de Marikana, où la police a ouvert le feu sur des mineurs en grève en août 2012, il a été noté que beaucoup de mineurs étaient pris à la gorge par des usuriers.

"Le problème tient au taux d'épargne très bas, les gens n'ont rien de côté. Beaucoup deviennent défaillants à la suite d'un choc économique ou personnel", constate Magauta Mphalele, directrice de l'association de médiation du crédit (NDMA). 

Plus de 9 millions de Sud-Africains ont des arriérés de paiement, un jugement, une mesure de saisie contre eux ou leurs noms sur la liste noire, et seuls 400.000 ont sollicité un conseiller pour rééchelonner les paiements.

"Le gouvernement est face à un réel problème. La loi sur le crédit de 2006 devait permettre la réhabilitation des consommateurs défaillants mais ça ne marche pas", soupire Mme Mphalele.

AFP

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