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Blasti : Une initiative qui pousse les femmes

A première vue, c’est une histoire de photographie, d’espace et de femmes. Mais à bien y regarder c’est surtout la place de la femme dans l’espace public dont il s’agit et plus particulièrement, la place de la femme dans la rue tunisienne. Parce qu’il n’y a pas que les hommes qui ont le droit de rester dehors assis au café Blasti.tn est une initiative qui pousse les femmes à photographier les endroits qu’elles aiment et donc à prendre la rue d’assaut.

Page d'accueil du site Blasti.tn

Le site est sympathique : on y voit une carte sur laquelle est écrit en gros « Blasti », « Ma place » en dialecte tunisien. Sur cette carte des petits personnages rouge : des silhouettes de femmes. A chaque fois qu’une femme poste une photo sur le site un petit indicateur donne les informations de base : prénom, lieu et le début du témoignage. En déplaçant le curseur sur le personnage, la photo apparaît.

Autre temps du projet : des ateliers photo qui ont lieu jusqu’au 12 novembre. Des participantes ont été sélectionnées pour développer leur démarche photographique et apprendre, entre autres, à dépasser la peur ou le malaise que peut susciter le fait de prendre des photos dans la rue.

Enfin une exposition des ½uvres réalisées sera organisée à La Bibliothèque nationale de Tunis à partir du 29 novembre.

Au début le projet devait se concentrer sur Tunis, puis des photos de l'intérieur du pays sont arrivées, alors la place a été donnée à ces espaces là. Miriam a déjà remarqué une évolution dans les photos envoyées : « Au début il s’agissait beaucoup de nature, de photos à la composition simple. Et puis avec le temps on dirait qu’une concurrence s’est mise en place et qu’il y a de la recherche dans les images envoyées. »

Miriam Stock, est géographe. Elle travaille essentiellement sur la géographie des êtres humains : « il n’y a pas que la géographie de l’espace explique-t-elle, il y a aussi celle des humains. » C’est là dessus qu’elle travaille avec ce projet. Et au-delà de ça sur les droits des femmes.

Car derrière les images la question est bien celle de la place de la femme dans l’espace public : là où les hommes prennent tout. En Tunisie il suffit de prendre l’exemple des terrasses de café qui s’étalent à n’en plus pouvoir sur les trottoirs, obligeant les passants à descendre sur la chaussée pour continuer leur route ; ces mêmes cafés dont la plupart ne sont pas mixtes, créant ainsi, visuellement, une marée d’homme assis dans la rue, comme dans leur salon, ne faisant rien d’autre qu’observer et donc « surveiller » les allers et venues des passants, dont les femmes, cette fois, font partie.

Il est vrai qu’en Tunisie les femmes sont libres d’aller et venir, d’être dans la rue, et qu’il n’existe pas de restriction légale à la liberté de mouvement des femmes. Mais l'oppression sociale reste forte et elle passe par le regard et les remarques que les femmes essuient quand elles sont dehors.

Les hommes aussi, parait-il, sont victimes des regards. C’est peut-être pour ça que certains d’entre eux ont voulu participer et poster leur photo sur Blasti.tn Miriam prévient : elle n’y voit aucun inconvénient, mais il y a une condition: prendre un prénom de femme pour essayer comprendre la démarche.

Sana Sbouai

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