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Trois chansons égyptiennes

Interlude. La musique adoucit les m½urs, il paraît. La société égyptienne bien polarisée politiquement et au bord de la crise de nerfs socialement peut-elle trouver un exutoire dans des chansonnettes?
Oui et non, la preuve en trois exemples.

L’Egypte a fait une révolution, non, deux révolutions, non, trois révolutions, qui dit mieux
Les médias et les politiques égyptiens n’en finissent pas de congratuler le peuple égyptien sur sa résilience et sa fibre révolutionnaire. Ces jours-ci on a tendance à remiser le 25 janvier 2011 au rang des affaires classées, à oublier les événements de fin 2011 début 2012 souvent considérés comme la seconde révolution, contre le régime militaire, et à surtout glorifier le 30 juin contre les vilains Frères musulmans obscurantistes. Tous ceux qui étaient dubitatifs face aux espoirs égalitaristes et légèrement idéalistes de 2011 peuvent maintenant se flatter d’avoir fait une révolution aussi, celle contre les Frères. Toute l’Egypte est révolutionnaire, l’armée égyptienne aussi, c’est bien connu, n’a-t-elle pas renversé le roi en 1952 – circulez donc, y a rien à voir, l’armée est aux commandes et l’armée aime le peuple.

Un groupe de rap illustre bien cette ambivalence. « Revolution records » hésite entre taper sur tout le monde, et glorifier la révolution comme une entité consensuelle.

A bas toutes les factions, A bas tous les partis politiques, A bas tous les grands noms qui ne travaillent que pour eux-mêmes,
La Révolution n’est pas un président, un militaire, un homme de religion ou la police,
30 juin ou 25 janvier ce ne sont que des nombres qui passeront, mais l’idée révolutionnaire restera
Ceux qui suivent les infos à la télé en restant chez eux acceptent d’être trompés
Le film est fini mais sur l’écran on lit « à suivre… »

Le groupe critique la couverture pro-régime des médias égyptiens mais nomme quand même le 30 juin une révolution… il est vrai qu’aujourd’hui le discours dominant égyptien considère à peine le 25 janvier comme une vraie révolution (puisque selon la théorie du complot défendue par les médias officiels elle aurait été rendue violente par les Frères musulmans soutenus par le Hamas) mais le 30 juin comme une vraie révolution patriotique…
Le groupe n’est pas pro-armée, il avait écrit plusieurs chansons contre le régime militaire notamment « Menteurs« . La vidéo montre la répression meurtrière de manifestations par les forces de sécurité sous le régime militaire -et les dénégations du régime à l’époque malgré les images leur ont valu ce titre de menteurs.
Quant aux Frères musulmans qui ont gagné les élections, ils les avaient abondamment accusés de collusion avec le régime militaire et de trahison des espoirs révolutionnaires dans les chansons suivantes comme « Je ne peux pas me taire« :

« on se souvient on n’est pas désolé on continue, si tu veux m’écouter écoute, si tu n’écoutes pas tu ne reviendras pas,
On a une Constitution sans droits, ce sont les révolutionnaires qui vous [les Frères] ont fait sortir de prison,
et c’est nous qui vous avons fait gagner en votant pour vous à contrec½ur [au second tour de l'élection présidentielle de 2012 Morsi le candidat des Frères musulmans faisait face à Shafiq ancien premier ministre de Moubarak]

L’Egypte a un problème de représentation des genres

Sans aller jusqu’à tomber dans le cliché « les femmes sont opprimées au Moyen-orient », puisque le sexisme n’est pas hélas retranché dans cette aire géographique, beaucoup d’Egyptiens trouvent qu’il y a des choses à redire sur la place des femmes en Egypte, la façon dont elles sont censées se comporter, et l’impunité qui suit beaucoup de violences faites aux femmes (pas seulement pour le très médiatisé problème de harcèlement sexuel, mais aussi pour les cas de violences conjugales, divorces où les pères privent les mères de leurs enfants etc.)
* résumé (en anglais) d’une ONG égyptienne sur le sujet

Myam Mahmoud, une rappeuse égyptienne de dix-huit ans, a gagné son entrée au télé-crochet pan-arabe de Arabs got talent, en chantant des paroles contre le harcèlement sexuel et les coutumes oppressives.En Egypte, on a surtout parlé d’elle parce que c’est la première rappeuse égyptienne voilée. Sur sa seconde page facebook, elle parle de ses chansons et partage des posts féministes.

« Les filles dans notre société on les juge par ce qu’elles portent, et est-ce qu’elle est en cheveux ou en hijab.
Le harcèlement la cause n’est pas nos vêtements mais la société qui nous influence hommes et femmes »

« Sissi combat le terrorisme et c’est pour ça qu’on a eu un coup d’Eta… CHUUUT!! »

Bassem Youssef est un animateur très célèbre en Egypte, qui se moquait tous les vendredi à la télévision des exagérations des médias et des politiciens. Mohamed Morsi avait largement fait les frais de ses plaisanteries. L’humoriste n’était pas revenu à l’écran depuis que le président issu des Frères musulmans a été déposé – il a présenté une émission, le 25 octobre dernier, sur CBC, une chaîne qui suit la ligne officielle égyptienne (les manifestations contre Morsi ont été les plus grandes de l’histoire de l’humanité, et les Frères musulmans sont en effet tous plus ou moins des terroristes): il s’est abondamment gaussé de l’aveuglement volontaire et de la propagande des médias égyptiens, et il est même allé jusqu’à faire une chanson où il met en scène la censure. Le vendredi d’après, la chaîne annonçait que Bassem ne reviendrait pas, dispute financière, ligne éditoriale de la chaîne – quelles susceptibilités a-t-il froissées, celles du gouvernement ou celles de la chaîne elle-même, impossible à savoir.

« Après la révolution, on a eu un président, bulletins de vote et tout le tralala, mais en fait c’était un menteur »
« Le peuple a dit ‘on ne veut plus des Frères’ et Sissi a fait une déclaration , [...] hop le siège présidentiel parti »
« Si tu donnes ton avis tu es un terroriste et tu meurs, tu es un Frère musulman et un agent de l’étranger et un lâche »

minute 3:20 : le danseur en noeud papillon bleu chante : « Sisi combat le terrorisme, et c’est pour ça qu’on a eu un coup d’Etat. » Bassem lui fait signe : « Viens ici… »
« Qu’est-ce que j’ai dit? J’ai dit Sissi combat le terrorisme »
« Non ça c’est bien c’est très bien, mais après? »
 » et c’est pour ça qu’on a eu un coup d’… »
et Bassem et comparses de le réduire au silence.

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