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Mohammed Hachemaoui :

Nous l'avions, hélas, annoncé dans l'une de nos précédentes éditions en titrant notre dossier «Présidentielle : nouveaux interdits au nom de la stabilité». La tentation autoritaire, la fermeture de plus en plus d'espaces d'expression semblent être la feuille de route adoptée par un régime grabataire et paranoïaque. Interdire une rencontre entre Algériens dans un espace public à Alger est un réflexe qui rappelle la répression coloniale contre les nationalistes algériens. La comparaison est-elle exagérée ? Malheureusement non : car l'interdiction d'accès à l'espace public est une humiliation pour les Algériens, qui ont fêté avec fierté le cinquantenaire de l'indépendance chèrement acquise. Nous avions évoqué, dans notre dossier d'El Watan Week-end, cette dérive qui coïncide avec les intrigues menées en haut lieu pour préserver les circuits de la rente et les mécanismes d'impunité. Ce réflexe autoritaire est analysé par le politologue Mohammed Hachemaoui, concepteur des «Débats d'El Watan» : «Quand un régime panique devant un débat entre universitaires, cela veut dire ce que ce régime n'est pas fort de ses institutions ni de ses intermédiations, il n'est fort qu'en s'appuyant sur ses appareils de coercition dont le budget ne cesse d'augmenter.»  En fait, rappelle M. Hachemaoui, il faut remonter à 2011 et examiner le décret interministériel Intérieur-Défense nationale qui «illustre la reprise en main totale de l'armée et de la police politique dans ce qu'ils qualifient de lutte contre la subversion». «La subversion est un terme élastique, vague, fourre-tout. On peut assimiler une critique du régime à de la subversion, nos rencontres-débats peuvent aussi être qualifiées de subversives dans cette logique», explique le politologue. Le régime, qui craint que «le coût de la répression soit exorbitant, c'est-à-dire qui écorne son image de 'respectabilité' internationale, a peur de l'étincelle, celle qui peut emporter tout un système». «C'est pour cela que l'arsenal se durcit et que les cas du facebookeur emprisonné, le harcèlement contre le mouvement des chômeurs et d'autres cas sont des messages du régime pour dire que le coût de la parole est très élevé, poursuit le chercheur. Le régime veut interdire tout débat autour de ce qui se passe réellement aujourd'hui : un coup d'Etat permanent qui maintient en poste un Président incapable de gouverner.» «Le pouvoir espère installer une mécanisme de la peur en multipliant les exemples», ajoute le politologue. Pour M. Hachemaoui, ce qui est encore plus dangereux c'est que «le régime algérien prétorien n'a pas compris que les appareils répressifs ne sont pas suffisants pour se maintenir au pouvoir : l'armée du shah et sa Savak n'ont pas été d'un grand secours face aux trois millions de manifestants iraniens !»    

El Watan

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