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A Haouch Mihoub, les cocktails Molotov atterrissent dans le salon

Deux groupes de gamins se font face. Bâtons et barres de fer en main, chacun à l'ombre de «son» bâtiment noirci par les attaques aux cocktails Molotov, séparés par à peine une vingtaine de mètres. Ils échangent des signes menaçants, sous le regard des adultes, las, qui observent la scène avec une lourde fatalité. Nous sommes aux «568 logements» à Haouch Mihoub, une cité bombardée, à la lisière de Baraki (à l'est d'Alger) entourée de terrains vagues, de décharges sauvages, d'un chantier et d'une école. Durant plus d'une semaine, juste après l'Aïd, de violents affrontements ont opposé les habitants de deux bâtiments qui communiquent à coups de sabres, de cocktails Molotov, de pistolets de détresse. «Un véritable arsenal», commente un habitant du quartier dont l'appartement a subi de sérieux dégâts. Le feu a ravagé toute une chambre. «Les policiers et les gendarmes n'ont rien fait pendant plus d'une semaine», s'insurge-t-il. «Ah non, rectifie un voisin avec ironie, ils sont venus la nuit pour protéger le chantier de l'école.» Côté gendarmerie, on nous assure que le retard de l'intervention est dû à l'absence de dépôt de plainte et à l'anonymat des appels. Lundi dernier, 21 jeunes ont été présentés devant le tribunal avant de voir leur procès renvoyé au 25 novembre. «Voilà, quand on les appelle, ils ne viennent pas, puis, d'un coup, ils débarquent et raflent à l'aveuglette. Ils ont pris deux jeunes, les frères Kissra, qui n'ont rien fait de mal, ils sont restés avec moi pour me rassurer toute la nuit», témoigne une mère de famille dont la belle-fille, enceinte, a dû être évacuée en pleine bataille rangée, protégée des projectiles par des plaques de fer portées par ses voisins. Tchipa Les enfants des 568 Logements, quand ils ne font pas les caïds, laissent échapper leur peur, racontent ces nuits d'horreur, calfeutrés chez eux, écoutant le fracas des cocktails Molotov explosant sur leurs balcons. «On ne dormait plus, on avait peur de mourir, on voulait se défendre mais nos parents et nos grands frères s'en sont chargés», raconte un écolier. «Qui a commencé ? Les relogés du bidonville Kaboul d'à côté ou leurs voisins, les relogés de Chaâba et d'Alger-Plage ? Les deux groupes sont coupables aussi bien l'un que l'autre», tranche Yassine, habitant de la cité, employé dans une administration, qui s'est retrouvé dans ce quartier «presque par hasard». «On m'a donné ce logement social alors que je n'en ai pas besoin, je viens que de temps à autre. Je ne veux plus y revenir, parce que ça va recommencer», confie-t-il d'un air abattu. «Ça fait des mois que nos filles se font agresser par les habitants venus du bidonville, ils nous disent qu'on vient d'Alger et qu'on n'est pas les bienvenus ici», dénonce un  habitant. «Leurs voyous ramènent de la drogue et de l'alcool jusqu'en bas de chez nous», rétorque-t-on en face. En fait, ce n'est pas la première fois que des incidents enflamment cette cité. Septembre 2009, quelques mois seulement après le relogement des habitants du bidonville et de leurs voisins d'Alger, des affrontements ont embrasé la petite cité avant l'intervention des forces antiémeute. La cause : les anciens habitants de Kaboul auraient surpris des jeunes nouveaux relogés prenant de l'alcool dans le quartier. «Il y aura mille raisons pour que cela se reproduise encore et encore, affirme Yassine, car en l'absence de policiers, les gens peuvent tout se permettre». «Qu'on installe juste un chalet avec des policiers dedans pour limiter les dégâts. Les voyous font ce qu'ils veulent ici», appuie un voisin. «Et pas seulement les voyous, intervient un autre, regardez les décharges sauvages où des camions viennent déverser les ordures en payant la tchipa à des puissants locaux». «Mille policiers ne suffiraient pas, lâche Yassine. Tant qu'il n'y a pas de civisme, il n'y aura ni sécurité ni vie de quartier». Philosophe, Youssef, résidant de la cité depuis 2009, date des relogements, conclut : «El batel yebttel. On voulait un logement gratuit, on l'a eu. Mais on le paie très cher.»

El Watan

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