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Les employés ponctionnés

Selon un bilan établi par le ministère du Travail, le nombre d'adhérents aux mutuelles a reculé de près de 30% en 20 ans, soit environ un million, recensé aujourd'hui contre 1,6 million pendant les années 1990. La justice s'intéresse enfin au cas de la mutualité de la Protection civile, où planent des soupçons de corruption, de détournement et de pratiques illégales qui permettent depuis longtemps à un groupe de jouir de l'argent des travailleurs. Le conflit éclaté fin 2011 autour de la gestion de la mutuelle et la gravité des accusations ont fait bouger enfin les enquêteurs de la justice et même le DRS qui a entendu, en mai dernier, celui par qui le scandale a éclaté : l'agent Kadhi Fathallah. Cette affaire révèle le malaise général qui traverse ces caisses mutuelles censées fournir des avantages à leurs adhérents. Selon un bilan établi par le ministère du Travail, de l'Emploi et de la Sécurité sociale, duquel dépendent ces entités, le nombre d'adhérents aux mutuelles a reculé de près de 30% en 20 ans, soit environ un million, recensé aujourd'hui contre 1,6 million pendant les années 1990. Une régression qui s'explique surtout par la rupture de confiance entre les adhérents et les gestionnaires de ces caisses. L'anarchie caractérise, en effet, la plupart de ces mutuelles au nombre de 32 et dont 23 seulement sont actives. C'est, entre autres, la raison pour laquelle la tutelle a décidé de mettre de l'ordre en préparant un nouveau texte de loi régissant les mutuelles, lequel se trouve actuellement au niveau de l'APN. Les voix qui s'élèvent pour dénoncer des pratiques illégales méritent cependant plus qu'une révision de la loi, qui, par ailleurs, ressemble plus à une tentative de nationalisation de ces caisses. Effectivement, malgré les dénonciations, aucune enquête n'a été menée à ce jour. « Même si l'IGF et la Cour des comptes ont un droit de regard, hélas, le ministère du Travail n'assure pas ses prérogatives», regrette Djilali Hadjadj, porte-parole de l'Association algérienne de lutte contre la corruption (AALC).   Des retenues illégales L'anomalie réside dans l'adhésion d'office qu'on impose à des centaines de milliers d'employés qui ignorent leurs droits. En effet, ces adhérents, malgré eux, subissent des ponctions systématiques sur leurs salaires sans en avoir le choix. Un choix pourtant garanti par l'esprit et la lettre de la loi en vigueur relative aux mutuelles. C'est le cas au sein du corps de la Protection civile qui compte environ 35 000 agents. Depuis quelques semaines, un vent de fronde agite des milliers d'agents qui découvrent après des années de service que l'adhésion est volontaire et non pas obligatoire. S'ensuit alors une vague de démissions ou à défaut, des centaines de demandes d'explication adressées par des agents, soudain affranchis, à la direction de la mutuelle, sise à Alger. Nous avons pu constater cela dans plusieurs wilayas, notamment à Alger, Tlemcen, Oran, Khenchela et Saïda. Cette démission par vagues s'explique par la déconfiture qui frappe la mutuelle et surtout par la déception des adhérents qui payent sans rien recevoir en échange. Chez les sapeurs-pompiers, la rupture est consommée suite à l'intervention du caporal Kadhi Fathallah. Ce dernier, élu en 2011 à la tête du conseil d'administration de la mutuelle, déclare la guerre à son prédécesseur et son équipe, dont le bilan est considéré plutôt comme une entreprise de prédation. Kadhi s'adresse aux services de sécurité pour demander l'ouverture d'une enquête. En vain. Très vite, son initiative se retourne contre lui et les représailles affluent en cascade. Avait-il découvert un repaire de serpents ? Des questions légitimes ont été posées par la presse nationale, qui a traité le sujet en long et en large, révélant, entre autres, le bradage de deux usines appartenant à la mutuelle, l'une à Sebdou (Tlemcen) et l'autre à Kaïs (Khenchela), le tout sous la conduite des membres d'une seule famille, assurant, à tour de rôle, la gestion de la mutuelle !   Silence intrigant Le combat de Kadhi dure depuis deux ans. Et pour avoir agi ainsi, il en a pris pour son grade, comme s'il avait menacé les intérêts rentiers d'une camarilla bien protégée. Cette affaire qui peut rentrer dans le cadre de la loi 01/06 de lutte contre la corruption a été accueillie par l'indifférence des pouvoirs publics, notamment la direction de la législation au niveau du ministère du Travail, tutelle des mutuelles. Le procureur général près la cour d'Alger et le procureur de la République près le tribunal d'El Harrach ont été saisis aussi par l'avocat du plaignant pour l'ouverture d'une enquête - concernant le détournement de biens publics, la mauvaise gestion et l'abus d'autorité - contre quatre membres du conseil d'administration de la mutuelle. Les plaintes sont restées à ce jour lettre morte. Seul le ministre de la Justice a entamé une procédure. Kadhi Fathallah est entendu aussi par des officiers de la police judiciaire du DRS à Alger, suite à la plainte qu'il a déposée auprès du tribunal d'Alger. «Il semble que les officiers qui le reçoivent sont déjà plus ou moins au courant de ce qui se passait dans cette mutuelle», révèle l'AALC. Dans une lettre publiée récemment, l'association menée par Djilali Hadjadj a appelé le Premier ministre «à soutenir les dénonciateurs de corruption, la plupart d'entre eux subissant des représailles systématiques, et de faire en sorte que le caporal Kadhi Fathallah puisse réintégrer son poste». Question de principe : les employés doivent être protégés aussi contre l'abus de confiance dont se rendent coupables ces mutuelles avec la complicité de l'employeur en ponctionnant à leur insu les salaires des travailleurs.  

El Watan

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