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Quel message pour l’Algérie ?

Le discours intervient en pleine brouille entre Alger et Rabat et à la veille d'une tournée maghrébine du secrétaire d'Etat américain. L'attention du gouvernement algérien sera braquée aujourd'hui sur Rabat, où le roi Mohammed VI devra prononcer son traditionnel discours à l'occasion du 38e anniversaire de la fameuse et fumeuse «marche verte» célébrant l'annexion d'une partie du territoire du Sahara occidental. En vacances privées à Abu Dhabi chez son «ami» Khalifa Ben Zayed Al Nahyane, prince des Emirats et gouverneur de la ville, Mohammed VI devait rentrer, hier soir, au royaume après une bonne semaine de villégiature. Sans doute que le jeune monarque alaouite n'a pas eu le temps de présenter ses excuses au peuple et au gouvernement algériens, suite au scandale dont s'est rendu coupable un de ses sujets qui a violé les franchises diplomatiques du consulat d'Algérie à Casablanca et porté atteinte à l'emblème national. Mohammed VI a en effet préféré suivre attentivement une course de Formule 1 et visité un hypermarché appartenant à son illustre hôte. Il est donc intéressant de suivre, ce soir, le discours du roi pour connaître les éventuels développement du bras de fer entre Alger et Rabat. Le monarque a certes envoyé un message à Bouteflika à l'occasion de la fête religieuse Awal Mouharam (le 1er mois de l'an hégirien), mais il a oublié (?) de le féliciter à l'occasion du 59e anniversaire du déclenchement de la Révolution algérienne coïncidant avec le 1er novembre. C'est la première fois que le roi du Maroc commet sciemment un impair aussi malheureux. La raison et le bon sens auraient voulu qu'il se contente du rappel de son ambassadeur et rester dans les limites de la correction diplomatique. Mais en faisant l'impasse sur cette exigence protocolaire digne d'un Etat respectueux des usages en la matière, il a transformé un incident, certes regrettable, en une véritable affaire d'Etat. Du coup, les relations déjà froides entre Alger et Rabat ont gelé un peu plus. C'est pourquoi le discours du roi, aujourd'hui, est éminemment important. De sa teneur découleront les suites de cette tension vive entre les deux pays. Mohammed VI pourrait profiter de l'occasion pour réparer le fâcheux incident de vendredi dernier en se fendant d'une petite phrase qui pourrait tout changer. Ou presque. L'ombrageux Mohammed VI Mais il pourrait aussi être tenté d'attiser le feu par une rhétorique belliqueuse dans le prolongement de son discours du 10 octobre dernier devant le congrès du Parlement. Ce jour-là, le monarque a sonné la charge contre les «ennemis de l'intégrité territoriale» contre lesquels il a invité les partis, les médias, les ONG et les institutions du royaume à se mobiliser pour les «acculer» et les «mettre sur la défensive». De ce point de vue, on pourrait déduire que ce «coup du drapeau» constitue la première traduction dans les faits de l'offensive annoncée par Mohammed VI. Ceci expliquerait, peut-être, le refus de Rabat d'exprimer des excuses à Alger. Les journaux marocains ont rapporté, hier, que l'ambassadeur du royaume à Alger a «réfuté» que le Maroc «ait présenté des ''excuses'' pour l'incident». C'est dire qu'il n'est pas sûr que le monarque fasse aujourd'hui un geste dans cette direction pour amener Alger à passer l'éponge. Ceci d'autant plus que Rabat n'a pas pour habitude de s'excuser à plus forte raison quand il s'agit de l'Algérie. Ni après la guerre des sables, et encore moins après l'attentat de Marrakech qu'elle a collé aux services algériens et l'expulsion de centaines d'Algériens renvoyés chez eux bredouilles et leurs affaires confisquées. Cela étant dit, ce discours intervient en pleine brouille entre Alger et Rabat et à la veille d'une tournée maghrébine du secrétaire d'Etat américain, John Kerry, qui le mènera successivement à Alger puis à Rabat pour y impulser le «dialogue stratégique». Sans doute que le roi Mohammed VI chercherait à attirer l'attention de John Kerry qui a été à l'origine de la fameuse proposition (certes retirée) en avril dernier d'une résolution sur l'élargissement du mandat de la Minurso aux droits de l'homme dans les territoires occupés. Signalons au passage que certains médias marocains ont profité d'un salut échangé entre les deux MAE à Bamako en marge d'une rencontre sur le Sahel pour le transformer en un entretien «chaleureux». Alger a vite démenti via le porte-parole du MAE.