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Egypte: le procès Morsi a échoué

La faible mobilisation des partisans du président destitué Mohamed Morsi à l'ouverture de son procès lundi traduit l'affaiblissement croissant d'un mouvement décimé et réprimé d'une main de fer par les autorités installées par l'armée en Egypte.

Et l'obstination de M. Morsi à se présenter comme le "président de la République" quatre mois après sa destitution par l'armée à la suite de manifestations montres réclamant son départ pourrait encore aggraver les divisions dans le pays et affaiblir son camp, estiment les experts.

Alors que la première audience du procès de M. Morsi, qui encourt la peine de mort, devait être le temps fort du combat de ses partisans, elle a montré que les islamistes "ne sont pas en position de perturber la mise en place de la feuille de route du gouvernement", prévoyant une transition via une nouvelle Constitution et des élections générales d'ici mi-2014, affirme Hassan Nafaa, professeur de sciences politiques à l'Université du Caire.

"Si les Frères musulmans (la confrérie de M. Morsi) pensaient qu'ils pourraient encore continuer à faire pression longtemps, cette idée a été balayée lundi", renchérit Hisham Kassem, analyste politique indépendant.

Outre le fait qu'ils sont privés de la quasi-totalité de leur direction, emprisonnée, "les Frères musulmans ont perdu le soutien de la majorité de la population", note M. Nafaa.

Depuis le coup de force des militaires, les médias quasi-unanimes dénoncent le "terrorisme" de la confrérie qui avait remporté haut la main les législatives de 2012 et soutiennent massivement l'armée.

A la destitution de M. Morsi le 3 juillet, des milliers d'islamistes avaient occupé deux importantes places du Caire, avant que policiers et soldats ne les dispersent le 14 août dans un bain de sang.

Depuis, plus d'un millier de personnes --en majorité des manifestants pro-Morsi-- ont été tuées et plus de 2.000 islamistes emprisonnés, portant un rude coup aux Frères musulmans et au mouvement "anti-coup d'Etat" qu'ils chapeautent pour un retour de M. Morsi au pouvoir.

 

Position "déconnectée de la réalité"

 

Face à la répression et durant les quatre mois de détention au secret du président destitué, ses partisans n'ont cessé de répéter qu'il pouvait encore revenir à son poste et mardi, l'ensemble de la presse égyptienne soulignait que durant son procès pour "incitation au meurtre" de manifestants, M. Morsi avait répété "11 fois +je suis le président+" et mentionné à "21 reprises, sa +légitimité+", obtenue dans les urnes en juin 2012.

"La position des Frères musulmans est déconnectée de la réalité, mais l'attitude de défi (qu'ils ont adoptée lors du procès) doit être notée et pourrait galvaniser leurs partisans", affirme Shadi Hamid, chercheur au Brooking Doha Center.

Mais pour Karim Bitar, directeur de recherche à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), "la stratégie de Morsi n'est guère tenable dans la durée car, si elle a le mérite de la constance, elle n'est guère audible au-delà des milieux des Frères". Et c'est pour cette raison que les islamistes ont été "incapables, contrairement à leurs affirmations, de rassembler dans le mouvement anti-coup d'Etat des Egyptiens issus d'autres mouvances que la leur".

Et alors qu'à l'étranger plusieurs voix, dont celle de nombreux dirigeants européens et américains, s'étaient élevées pour réclamer la libération de M. Morsi, cette revendication ne se fait plus entendre et des cadres des Frères musulmans affirment désormais que les diplomates les exhortent à faire des compromis.

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry a ainsi longuement affirmé la détermination des Etats-Unis à travailler avec le gouvernement par intérim mais n'a à aucun moment évoqué le sort du chef d'Etat destitué devant la presse, lors de sa visite au Caire quelques heures avant l'ouverture du procès de M. Morsi, finalement ajourné au 8 janvier.

Pour M. Bitar, les Etats-Unis "ont pris acte du fait qu'il n'y aura pas de retour en arrière et leur préoccupation aujourd'hui semble être de s'assurer que les formes soient respectées un tant soit peu et qu'un semblant de processus démocratique soit mis en marche, même si les Frères en sont exclus".

AFP

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