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Ismail, diplômé chômeur : Trois ans de bataille pour monter son usine

Samedi 2 et dimanche 3 novembre a eu lieu le Forum Social Régional du Bassin Minier à Redeyef, ville minière du gouvernorat de Gafsa. De nombreuses thématiques socio-économiques étaient abordées, dont la situation de la jeunesse. Ismail est un diplômé chômeur originaire de Redeyef, qui a décidé de monter son propre projet pour ne plus attendre.

Marche pour l'ouverture du Forum Social Régional du Bassin Minier à Redeyef, samedi 2 novembre 2013. Les jeunes de l'Union des Diplômés Chômeurs étaient aussi présents. Crédit image : Sana Sbouai

Loin du tumulte de Tunis et des débats sur le nom du futur Premier Ministre, des rencontres entre population et société civile ont eu lieu dans la ville de Redeyef, au c½ur du bassin minier de la Tunisie. Cette ville est le berceau de la contestation sociale, lourdement réprimée, en 2008, bien avant que la population de la capitale se décide à elle aussi sortir dans la rue. C’est le Forum Tunisien des Droits Economiques et Sociaux, en charge du Forum Social Mondial à Tunis en mars dernier, qui est à l’origine de cette rencontre.

A Redeyef les inégalités et les problèmes socio-économiques sont démultipliés par rapport au reste du pays. La Compagnie de Phosphate de Gafsa, industrie toujours bénéficiaire et qui assure une partie des entrées économiques du pays, ne permet pourtant pas à la population d’avoir de meilleures conditions de vie ou de bénéficier de structures plus développés. Au contraire. L’exploitation du phosphate a des conséquences catastrophique sur la santé des habitants et les jeunes se disputent des postes sans avenir au sein des mines. Si certains ont la patience d’attendre des années qu’un poste se libère, beaucoup désespèrent et partent chercher du travail ailleurs. Certains restent sur place et décident de travailler dans un autre secteur, si ils le peuvent.

Lors du FSR de Redeyef, l’Union des Diplômés Chômeurs a organisé un atelier autour de la question de la marginalisation des diplômés chômeurs, un des fléau social de la Tunisie. Le développement du système scolaire a permis à la population d ‘être scolarisée en masse, sans pour autant que le monde du travail puisse absorber chaque année les nouveaux arrivants.

Dans la salle ce dimanche, une vingtaine de jeunes sont réunis, ils viennent de différentes villes du gouvernorat et se connaissent tous. Des années d’étude aux années d’attente les liens se sont crées. Et l’amertume a grandi. Tous donnent leur point de vue, parlent de leurs difficultés, mais aussi de l’action des associations de terrain, qui ne sont pas toutes efficaces mais qui se voient malgré tout accorder des subventions par les bailleurs internationaux.

Une sorte de « détournement » pour les jeunes, qui y voient la continuité de l’injustice qu’ils vivent tous les jours. Ismail Souilmi, jeune entrepreneur, se lève et interpelle les participants :

Est-ce qu’ils n’ont pas honte ses hommes d’affaires qui viennent ici, prennent des subventions dans le cadre de programme de développement régional et ne font rien, récupérant l’argent et laissant sur le carreau des employés ? 

S’il raconte cette histoire c’est qu’elle le touche directement. Ismail est un diplômé chômeur de Redeyef. Spécialisé dans la confection textile il possède des compétences techniques dans un secteur qui fonctionnait bien avant la révolution. En 2010 il se retrouve au chômage. Depuis il tente de monter sa propre usine de confection à Redeyef : 100 à 150 postes peuvent être crées pour fabriquer de jean’s pour des marques de prêt-à-porter européennes.

Mais la démarche est longue et compliquée. « A chaque fois que je dois faire des papiers je dois me déplacer à Gafsa et ça me coûte en transport. Il faut de l’argent. » Alors en attendant il vit en faisant des petits boulots dans l’agriculture.

Lenteurs administratives, pression du fait de son appartenance politique… trois ans qu’il se bat pour monter son projet.

 Si j’étais à Tunis j’aurais pu faire la plupart des démarches administratives en une journée. Ici il m’a fallu sept mois pour l'inscription. Je bénéficie d’une aide au développement. La première partie m’a été versée mais je ne sais pas quand je recevrai la deuxième tranche pour pouvoir avancer dans mon projet.

Ismail est amer. Il a déjà les clefs du local dans lequel il compte installer sa chaine de production. « De temps en temps j’y vais, j’ouvre la porte, je regarde ce local vide, je fume une cigarette et je me demande quand arrivera le jour où mon usine fonctionnera. »

Conscients qu’ici comme dans le reste du pays les jeunes ont du mal à trouver leur place et n’arrivent pas à faire entendre leurs revendications, un groupe de jeunes membres de différentes associations, ont organisé un autre atelier lors du FSR du Bassin Minier. Ils souhaitent organiser en décembre 2014 un Forum mondial de la jeunesse. Mais avant ça ils passeront par une étape plus local avec une rencontre de la jeunesse tunisienne en mars 2014, un rendez-vous qui devrait permettrait à une partie de la jeunesse tunisienne se retrouver et d’échanger. Il restera tout de même à trouver des moyens d’action.

Sana Sbouai

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