mis à jour le

Andalousies Atlantiques

“Touche pas à mon pays, mon Maroc à moi”. C’est par ce refrain chanté par de jeunes artistes juifs et musulmans, sur la mélodie culte de “Ya bent bladi”, que s’est clôturée à Essaouira, la 10ème édition du Festival des Andalousies Atlantiques, organisée du 31 octobre au 3 novembre à l’initiative de l’Association Essaouira-Mogador.

Lors d’une soirée mémorable, samedi soir, Benjamin Bouzaglo, Françoise Atlan, Marouane Hajji, Abir El Abed, Zaynab Afailal et Nouhaila El Kalai, accompagnés par l’Orchestre Mohammed Larbi Temsamani de Tétouan,  sous la direction de maître Mohamed Amine El Akrami et par le pianiste Omri Mor et le violoniste Elad Levy, ont chanté dans l’émotion et d’une seule voix un hymne au Maroc multiculturel et uni autour de ses valeurs, résumant et concrétisant en l’espace de quelques minutes toute la philosophie d’un festival qui a prôné, dix année durant, la culture de la cohabitation et du dialogue.

Un hymne qui montait crescendo avec l’ovation des spectateurs, qui, au-delà du simple fait d’assister et d’apprécier, ont donné du tempo aux spectacles présentés, poussant, par-là, les artistes à fournir le meilleur d’eux-mêmes.

Le message principal est qu’avec le dialogue, toutes les frontières entre religions, cultures, tendances de tous genres et couleurs ne tiennent plus. Il fallait assister au Forum qui se tenait chaque matinée à Dar Souiri, pour se rendre compte que les principes de cohabitation et de respect de l’autre ne sont pas de vagues slogans prononcés devant les projecteurs des caméras, mais bel et bien une pratique réelle et possible, pourvu que la vertu du dialogue prime quelle que soit la différence de vision.

Pour s’en rendre compte, il fallait également savourer une musique andalouse interprétée en arabe et en hébreu, par des musulmans et des juifs, des jeunes talents et des Maîtres de renom, se régaler avec le répertoire de Jalal Chekara, qui a fondé avec son groupe, Chekara Flamenca, un style musical hors norme, fusionnant musiques gitane d’Espagne et patrimoine populaire du nord du Maroc, ou puiser dans la signification profonde de la présence d’un groupe de jeunes maqdissis de confessions différentes sur une même scène, à savoir Neta El Kayam et les solistes d’Al Qods.

Et quand on sait que beaucoup de ces artistes se rencontrent et jouent pour la première fois et n’ont eu que peu de temps pour répéter ensemble, sans que cela ne se répercute sur le spectacle, en se rend compte que cette musique est un phare qui oriente les esprits et les âmes à la recherche de leurs repères culturels.

Dans ce sens, l’histoire d’Elad Levi est porteuse de significations profondes. Ce violoniste et compositeur d’origine marocaine venait de réaliser un rêve d’enfance très cher à lui, à savoir se produire sur scène avec Maître Mohamed Briouel, son idole depuis l’enfance, qu’il rencontra pour la première fois lors de cette édition. Et le courant passa très vite entre le digne successeur d’Abdelkrim Raiss, grand maître de la musique arabo-andalouse, et son admirateur anonyme, comme si les deux jouaient ensemble depuis longtemps.

Et c’est là la magie de la musique andalouse, un cercle où le respect et la reconnaissance va dans les deux sens dans le cadre magnifique d’Essaouira, servi par la volonté ardente de l’Association Essaouira Mogador de promouvoir la tolérance e tla coexistence entre les religions et les cultures plurielles.

Il y a également cette belle image d’une jeunesse marocaine aux parcours et sources d’influence divers, mais unie par l’amour à la mère patrie et l’attachement indéfectible à une composante majeure du patrimoine marocain, à savoir la musique andalouse, que les jeunes s’attachent de perpétuer, que ce soit en suivant strictement la voie des anciens, ou en innovant et en s’ouvrant sur les autres cultures.

D’ailleurs, la présence parmi les participants d’une jeune de 13 ans n’est pas passée inaperçue, notamment pour ceux qui s’intéressent à l’avenir de la musique andalouse. Nouhaila El Kalai, qui a ébloui l’assistance par sa présence sur scène et son assurance en soi, est née en 2000 à Fès. Elle montre dès l’âge de deux ans des possibilités vocales hors du commun, prenant la chanteuse libanaise Sabah comme idole. Artiste à la présence vocale quasi-innée, elle participe à de nombreuses émissions de télévision et reste la “découverte” de l’édition 2012 du festival des Andalousies Atlantiques.

Que les Mohamed Briouel, Abderrahim Souiri, Mohamed Amine El Akrami et consorts soient rassurés: la musique andalouse a encore de belles années devant elle.

La Nouvelle Tribune

Ses derniers articles: Maroc : Alerte de pluies et averses importantes dans plusieurs villes  Obsèques  La terre a tremblé 

marocaine

AFP

L'éducation marocaine "en danger"

L'éducation marocaine "en danger"

AFP

La star marocaine Saad Lamjarred entendue dans une autre affaire de viol

La star marocaine Saad Lamjarred entendue dans une autre affaire de viol

AFP

Soupçonné de viol, la star marocaine Saad Lamjarred reste en prison

Soupçonné de viol, la star marocaine Saad Lamjarred reste en prison