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Afrique du Sud - Sexe, journalisme et vidéo

Sowetan, le journal sud-africain, est-il allé trop loin? La une du grand quotidien a suscité un véritable tollé au mois d’août, en publiant les photos de deux fonctionnaires en plein ébats durant leur service. Le médiateur de la presse sud-africaine demande au journal des excuses publiques.

Le 15 août 2011, Sowetan a en effet publié en première page les images d'une policière et un gardien de prison, tous deux en uniforme, dans une position explicite, l’homme agenouillé devant sa collègue partiellement dévêtue. La scène s'est déroulée dans un hôpital de Johannesburg, où les deux fonctionnaires accompagnaient un suspect se faire soigner.

L'homme affirme avoir filmé la relation sexuelle de peur que la policière l'accuse par la suite de viol. La rédaction s’est procuré la vidéo —qui circulait sur Internet à l’insu des deux fonctionnaires— et en a tiré les photos du scandale.

«Vulgaire, indécente, de mauvais goût et pornographique, elle enfreint le code de la presse en heurtant la sensibilité des lecteurs, les familles des intéressés, leurs enfants, et les enfants en général», a déclaré Johan Retief, médiateur-adjoint saisi du dossier après de nombreuses plaintes.

Pour le rédacteur en chef du Sowetan Mpumelelo Mkhabela, le journal agissait d’abord «au nom de l’intérêt public».

Avec cette une sulfureuse, le quotidien a battu tous ses records de vente. Mais la publication a créé le débat au sein de la presse sud-africaine. Le Mail & Guardian accuse le journal de tout miser sur le sexe pour attirer des lecteurs.

«Sinon, je ne vois pas quel peut être l’intérêt de publier cette non-information», écrit l’éditorialiste Chris Roper. L’article accompagnant les photos relatait dans les moindres détails le contenu de la vidéo.

«Malheureusement, les journaux se sont habitués aux profits faciles», ajoute le journaliste.

Le Daily Maverick rappelle que la veille, la même histoire «relayée en page interne du journal (City Press) avec une image plus chaste des deux en train de s’embrasser» est passée quasiment inaperçue.

L’affaire pourrait aussi avoir des «conséquences dévastatrices» pour les familles des fonctionnaires concernés, s’est indigné William Bird, de l'ONG Media Monitoring Africa, avant d’ajouter:

«On dirait qu’ils n’ont pas hésité longtemps entre les considérations sur la vie privée et l’envie de raconter cette histoire».

Sur les photos présentées au public, une bande noire masque les yeux et le sexe des protagonistes. Néanmoins la jeune femme, réserviste dans la police, mariée et mère de deux enfants, a été immédiatement licenciée tandis que son amant, marié et père de sept enfants, a été suspendu. Il est actuellement soigné à l'hôpital pour une dépression.

Le Sowetan s’était, malgré leur publication, excusé du caractère choquant des photos, ce qu'«on ne peut pas considérer sérieusement comme une excuse», selon Johan Retief, qui a exigé que le journal se repente officiellement en une et présente ses excuses aux familles et aux lecteurs.

Lu sur Sowetan, Mail & Guardian, Daily Maverick, La Presse