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Une interview (presque) imaginaire avec Muammar Kadhafi

Docteur en sciences politiques et spécialiste du Maghreb, Naoufel Brahimi El Mili est l'auteur d'interview (presque) imaginaires d'acteurs politiques du monde arabe. Pour Algérie-Focus.com, il croque Abdelaziz Bouteflika, Muammar Kadhafi et d'autres responsables maghrébins. Naoufel Brahimi El Mili a aussi publié aux éditions Max Milo en 2012 « Le printemps arabe, une manipulation ? »

Deux ans après son lynchage, beaucoup de choses ont été dites et écrites sur le Guide libyen. Il convient de tenter d'avoir sa version des choses. Ainsi, le concours d'un médium m'est nécessaire pour m'entretenir avec le chef de la révolution verte. Contact établi, je pose à Kadhafi (plus précisément à son esprit) la première question :

Moi : Monsieur Kadhafi, avec tous vos crimes vous devez être en enfer ?

Lui : Non, pas du tout, je ne suis pas en Libye.

Moi : Malgré le chaos qui règne en Libye, votre exécution semble être le seul acte de justice qu'a connu votre pays depuis votre accès au pouvoir en 1969, qu'en pensez-vous ?

Lui : Si les mercenaires ne m'avaient pas tué je me serais peut être suicidé en voyant l'état actuel de mon pays. Toutefois, je note l'amateurisme de ces nouveaux dirigeants, pourtant avec moi, ils étaient à la bonne école. Avant, j'étais le seul dictateur et maintenant il y en a plusieurs, c'est ce que l'on appelle sans doute la démocratie : tout le monde est bourreau réel ou potentiel.

Moi : Quel bilan faites-vous de vos deux années loin de la Libye ?

Lui : Je retiens essentiellement que mon lynchage filmé et largement diffusé m'a transformé de bourreau en victime très rapidement. Aussi, les gens de Misurata, grands bénéficiaires de la rente pétrolière, ont exposé mon corps à la population, convertissant ainsi un marché populaire en un musée Grévin, version libyenne.

Moi : La situation chaotique que connait la Libye, n'est-elle pas la conséquence de votre politique dictatoriale ?

Lui : j'ai fait des erreurs, la plus importante était de tout céder à l'Occident. Tout donner entraine inéluctablement l'inutilité. J'ai aussi sous-estimé l'animosité tant des Américains que des Français à mon égard. Ils ne m'ont jamais pardonné les attentats de Lockerbie et de l'UTA. J'ai aussi surestimé le pouvoir de mon pétrole : donner des contrats revenait à enrichir les corrompus et qui sont les plus prompts à trahir.

Moi : ne pensez-vous pas que votre arrogance était un facteur aggravant ?

Lui : J'ai kiffé mon pique-nique de cinq jours sur les abords de l'Elysée. Cela fait aussi parti de mes faiblesses, je ne peux résister à une belle revanche. Je n'ai pu m'empêché de déchirer la charte de l'ONU à la tribune de l'Assemblée générale. Oui j'ai eu des coups d'éclats mais les médias adorent ce type de spectacle qui les dévie du fond. Ainsi mes agissements de dictateurs à l'égard de ma population sont passés sous silence.

Moi : Vous voulez dire que vous avez pu berner l'opinion internationale grâce à la connivence de l'Occident ?

Lui : Evidement, chacun trouvait son compte. Quand les migrants africains mourraient massivement dans mon désert, les plus chanceux finissaient leurs jours dans mes geôles, non seulement l'Europe fermait les yeux mais elle m'y encourageait. Silvio Berlusconi me donnait annuellement 250 millions d'Euros pour que les migrants africains ne traversent pas la Méditerranée. Ce même Silvio m'a même baisé la main, il était sans doute trop vieux et peu souple pour atteindre mes babouches et y déposer un baiser sonore.

Moi : Quel regard portez-vous maintenant sur l'Europe ?

Lui : En haut lieu, notamment en France, j'ai encore des amis qui regrettent mon départ et le disent publiquement. A l'instar de Philippe Mariani, sénateur UMP qui par un tweet a regretté la Libye sans le grand Guide que j'étais, aux premiers naufrages aux large de Lampedusa. Oui l'Europe me regrette car j'ai su être un excellent garde-côte.

Moi : Pensez-vous que les Libyens vous regrettent ?

Lui : Les Libyens sont trop fières pour admettre leurs erreurs mais voyez dans quelle situation ils sont aujourd'hui : seule la dictature a été démocratisée, chaque tribu, chaque ville, chaque rue a son propre dictateur. Le pouvoir ou plutôt les pouvoirs en place ne se sont attaqués qu'aux symboles de mon règne et parfois maladroitement. Mon ancien bunker, Bab El Azizia sera transformé en jardin public. La couleur verte, ma couleur préférée, dominera mon ancien lieu de résidence. Tout ça pour ça ?

Moi : Monsieur Kadhafi, avec l'éternité devant vous, que comptez-vous faire ?

Lui : Dans l'immédiat je vais m'entretenir avec un nouveau venu, Gérard de Villiers, auteur du SAS : Coup d'Etat à Tripoli (numéro 108) qui donne les détails d'une des nombreuses tentatives occidentales pour me renverser, ensuite je publierai un livre blanc (petite variation chromatique) pour faire l'inventaire des complots  dont je fus la victime.

Par Naoufel Brahimi El Mili

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