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Le roi du raï donne rendez-vous à ses fans le 13 novembre prochain à l'Olympia. L'enfant d'Oran, qui vit depuis 12 ans au Luxembourg en compagnie de son épouse et de ses cinq enfants, viendra présenter son dernier album intitulé C'est la vie. Dans cet entretien, Khaled porte un regard lucide sur ce qu'est devenu le raï, cette musique qui a surgi des entrailles de la société algérienne. - Dans quel contexte votre concert à l'Olympia s'inscrit-il ?   Je reviens avec un nouvel album, C'est la vie. Ayant été retenu par de nombreuses tournées et concerts, ce n'est que maintenant que je peux présenter cet album à Paris. J'ai fait le choix de l'Olympia, car c'est la salle de concert la plus mythique de France. Des grands noms de la chanson arabe s'y sont produits, entre autres Oum Kelthoum, Abdelhalim Hafez... Mais ce que j'ai appris par contre, c'est que le premier chanteur arabe qui a fait l'Olympia était Algérien : Aïssa El Djarmouni.   - Dans l'album Liberté, vous êtes revenu au raï traditionnel alors que celui sorti en 2012 contient des sonorités plus mondialisées. Pourquoi cet aller-retour entre le traditionnel et le moderne ?   Je viens d'un pays riche culturellement et musicalement. J'étais le petit Algérien malin qui a su marier les instruments de chez nous avec ceux de l'Occident. Je viens aussi d'Oran, une ville où l'on écoute différents types de musique, comme le flamenco, le jazz, la musique marocaine, les musiques du désert. C'est pour cette raison que tantôt je chante le raï traditionnel, tantôt le raï modernisé. Tout petit, j'écoutais Farid El Atrach, Mohamed Abdelwahab, mais pas que... Chez nous, on avait aussi de grands interprètes comme El Anka ou d'autres artistes du terroir, comme Lakhdar Benkhrouf de Mostaganem. J'ai été aussi bercé par la musique marocaine, celle qui venait de Fès et de Meknès. Tous ces mélanges font de moi aujourd'hui l'artiste que je suis devenu, ouvert sur le monde mais aussi accordant une grande importance au traditionnel. Cependant, pour rester à la page, il faut écouter ce qui se fait ailleurs et s'adapter. Le plus important, c'est d'avancer. Et tant qu'il y a des gens qui m'aiment et m'applaudissent, je continuerai à leur donner du plaisir.   - Est-ce que le raï est toujours cette musique qui traduit le mal de vivre de la jeunesse maghrébine et ses frustrations, ou alors est-il devenu avec le temps une musique comme les autres ?   Non. L'histoire du raï, c'est comme l'histoire du jazz et du rock. Les deux d'ailleurs commencent par la lettre «R». Le raï vient des bas-fonds de la société algérienne. Avant, les gens qui chantaient le raï évoquaient leur misère sociale et sentimentale et cherchaient à gagner leur vie modestement. C'est le cas des anciens chanteurs de raï, dont Cheikha Rimiti est un parfait exemple. Prenez aussi le jazz par exemple, c'est une musique qui sort des milieux africano-américains. Idem pour le rock. Les deux musiques (raï et rock) sont d'ailleurs pauvres en notes, car ce sont des musiques qui viennent du c½ur. L'arrivée d'un petit blanc (Elvis Presley, ndlr) dans les années 1970 a complètement métamorphosé cette musique et l'a faite connaître au niveau mondial. Elvis a chanté la paix, l'amour et la liberté. C'est ce que je fais également avec le raï. Le raï et le rock sont deux musiques qui ne mourront jamais. Et Elvis Presley aussi ne mourra jamais.   - Vous avez eu une vie artistique pleine et riche. Pensez-vous parfois à arrêter de chanter tant que vous êtes au firmament ?   J'arrêterai de chanter un jour, c'est sûr. Il se peut que ce soit demain ou l'année prochaine. J'ai réussi la mission de faire accepter le raï au sein de la société maghrébine. La bataille du raï n'était pas politique, mais sociale et culturelle. Nous avons gagné cette bataille à partir du moment où cette musique a commencé à être diffusée à la télévision et à la radio. Je sais qu'il faudra que j'arrête à un moment donné. L'avenir me le dira. Mais ce qui est sûr, c'est que je n'accepterai jamais d'arriver demain dans une salle avec deux ou trois spectateurs dedans, et qui de surcroît me siffleront. Je n'arriverai jamais à ce stade.   - Vous avez participé, sur la chaîne libanaise LBC, à un jeu qui a pour titre «The winner is...» (Le gagnant est...). Est-ce qu'après la chanson, le cinéma, vous vous lancez dans les jeux télévisés ?   Non, pas du tout. C'est la première fois que je fais cela. Je n'aime pas du tout faire partie d'un jury. J'ai été sollicité par la «Star Academy» et par d'autres émissions de télé-réalité, mais j'ai refusé. J'ai horreur de cela. Je n'aime pas mettre les gens mal à l'aise. Je n'aime pas porter de jugement sur les chanteurs débutants même s'ils chantent très mal. En réalité, j'ai tellement été blessé par le jury de l'émission «Alhan wa chabab» en Algérie que je suis aujourd'hui incapable de porter un quelconque jugement sur qui que ce soit. Je ne peux pas dire à quelqu'un qu'il chante mal. Je ne peux pas blesser.

El Watan

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