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RDC:

Depuis mercredi, Imelda Nyirankusi fait des allers-retours avec ses neuf enfants entre l'Ouganda et la République démocratique du Congo. Cette Congolaise aimerait retourner travailler dans son champ, mais les combats entre l'armée de RDC et les rebelles du M23 l'en empêchent.

"Hier, nous avons passé la nuit en Ouganda. Ce matin nous avons retraversé pour aller dans nos champs mais les militaires FARDC (l'armée congolaise) nous ont dit de nous replier", explique jeudi Imelda Nyirankusi, sous un soleil de plomb, au poste-frontière ougandais de Bunagana.

Autour d'elle, attendent ses neuf enfants. Le plus jeune, un nourrisson, est accroché sur son dos. Tous viennent tout juste de repasser la frontière ougandaise.

Ces allers-retours épuisants, ils les doivent à la reprise des combats près de sa localité d'origine, à quelques km de là, côté RDC.

"Nous étions dans nos champs lorsque les combats ont repris (...) nous n'avons pas eu le temps de prendre de quoi manger", poursuit-elle. Sur la tête, elle porte des bassines chargées d'ustensiles de cuisine, mais aucun aliment.

Au loin, côté congolais, entre les montagnes verdoyantes, résonnent des tirs d'armes lourdes.

"On retourne dans l'école près du marché dans laquelle on a passé la nuit" mercredi côté ougandais, dit encore Imelda Nyirankusi. Ces derniers jours ont un goût amer de déjà vu: l'an dernier, lorsque la rébellion du M23 s'était emparée de la zone frontalière avec l'Ouganda, mère et enfants avaient déjà dû passer "un mois en Ouganda".

Selon le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et la Croix-Rouge ougandaise, des milliers de réfugiés congolais -- jusqu'à 10.000 a même avancé Kampala -- ont rejoint l'Ouganda à la faveur d'une reprise des combats entre les FARDC et le M23 vendredi dernier.

"Beaucoup de réfugiés qui traversent sont vraiment fatigués, ils ont parfois marché pendant quatre jours et certains ont les jambes enflées, d'autres ont attrapé le paludisme à force de dormir dehors en chemin", a raconté à l'AFP Catherine Ntabadde, porte-parole de la Croix-Rouge ougandaise.

"Une vache de Tutsi, une vache du M23"

Les FARDC semblaient jeudi déterminées à en finir avec la rébellion, attaquant leurs dernières positions sur les hauteurs de la province congolaise du Nord-Kivu, à proximité de la frontière ougandaise, où le M23 s'est retranché à mesure qu'il essuyait des revers militaires ces derniers jours.

Le M23 -- Mouvement du 23 Mars -- est né en avril 2012 d'une mutinerie d'anciens rebelles, essentiellement tutsi, intégrés dans l'armée congolaise en 2009 après un accord de paix. L'ONU et Kinshasa accusent régulièrement l'Ouganda et le Rwanda de le soutenir, ce que réfutent Kigali et Kampala.

Mais les réfugiés congolais ne savaient plus à quel saint se vouer.

En début de journée, une file de femmes, d'hommes et d'enfants, matelas ou paillasse sur la tête et bidons à la main, parfois accompagnés de quelques chèvres, avaient, comme Imelda Nyirankusi, commencé à repasser le poste-frontière de Bunagana pour revenir en RDC.

Tous étaient ragaillardis par la reprise de la localité congolaise de Bunagana (jumelle de l'autre côté de la frontière de son homonyme ougandaise) aux M23, par les troupes de RDC mercredi.

"Nous sommes contents, nous rentrons chez nous, en sécurité", avait notamment lancé Furaha, une jeune mère de 20 ans qui préférait taire son nom de famille.

Mais à la mi-journée, l'atmosphère avait changé. Les réfugiés avaient fait demi-tour, pour reprendre le chemin de l'Ouganda, car les combats continuaient en fait de l'autre côté de la frontière.

Pérouse, une femme d'une quarantaine d'année qui ne donne que son prénom, avait elle-aussi fui en Ouganda mercredi, avant de tenter jeudi matin un retour en RDC.

Mais a peine rentrée, elle a décidé de repartir en Ouganda: sa maison a été détruite et les "militaires du gouvernement" lui ont volé "trois vaches", lui reprochant par la même occasion son appartenance à la communauté tutsi, celle des rebelles du M23.

Les soldats ont "égorgé une de mes grosses vaches" et l'ont "mangé en disant que c'était une vache de Tutsi, une vache du M23".

"Comment voulez-vous que je rentre si on tue mes vaches et que l'on me fait comprendre que je suis indésirable ?" s'indigne-t-elle.

AFP

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