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Quand Boutef s’emballe, l’Algérie se ridiculise…

L'Algérie officielle s'emballe, s'énerve et se ridiculise. Voilà ce qu'inspirent tout à la fois « le message » du Président Bouteflika lu par le Garde des Sceaux algérien devant les participants à «la conférence de solidarité avec le peuple sahraoui» à Abuja (Nigéria) lundi dernier et les déclarations très peu diplomatiques du ministre algérien des AE, invitant la presse marocaine « à la retenue ».

Ces écarts du pouvoir algérien ne sont ni fortuits, ni anodins et tendent à démontrer que l'équipe dirigeante à Alger vient de choisir la provocation délibérée à l'endroit du Maroc comme nouvelle stratégie d'action dans ses rapports avec son voisin de l'Ouest.

Les raisons de cette débauche d'anti-marocanisme primaire sont aussi nombreuses que variées. On citera pèle mêle, l'exacerbation des dissensions internes à l'orée d'une nouvelle candidature de Bouteflika pour un quatrième mandat présidentiel, la situation délétère aux frontières avec la Libye et la Tunisie où s'agitent les groupes islamistes, mais aussi les trafiquants d'armes, la crise économique et sociale, marquée par la montée du chômage, particulièrement chez les jeunes (40 % de « hittistes »chez les moins de 35 ans), la dépréciation continue du dinar algérien, l'explosion des importations qui ne sont pas compensées par les exportations d'hydrocarbures, etc, etc…

 

Bismarck à la Mouradia…

 

Mais, il est par dessus tout cela une autre raison, qui tient en quelque sorte à « l'alchimie » des relations algéro-marocaines, marquées depuis 1962 (eh oui!) par l'exacerbation du « syndrome prussien » chez les dirigeants d'Alger. La gérontocratie qui gouverne ce pays depuis plus de cinquante années sans discontinuité et qu'illustre avec       « éclat » la volonté prêtée à Bouteflika de briguer un nouveau mandat présidentiel, considère en effet que le Maghreb, voire l'Afrique du Nord, sont des régions où devrait s'affirmer la prééminence de l'Algérie.

Cette volonté de puissance repose à la fois sur la richesse en hydrocarbures, les montants abyssaux des budgets dédiés à l'armement, mais aussi la vision géostratégique et géopolitique qui prévaut à Alger, qui considère que « la centralité » de l'Algérie confère à cet Etat des pouvoirs et des prérogatives devant s'exercer sur un vaste   « hinterland»…

C'est essentiellement pour ces raisons que le pouvoir algérien s'échine à mettre en pratique depuis le début des années soixante-dix du siècle passé une politique attentatoire à l'unité nationale et l'intégrité territoriale du Maroc. La fiction du F. Polisario et de la RASD sont parmi les exemples les plus probants et les plus pérennes malheureusement, mais on pourrait également citer les graves différends qui opposèrent l'Algérie à la Libye sous le régime de Mouammar Khaddafi, les immixtions répétées d'Alger dans les affaires intérieures de la Mauritanie avec notamment le recours à des coups d'État, le difficile voisinage qui fut le lot de la Tunisie à l'époque du président Bourguiba.

Et, pour revenir à une période plus proche, on mentionnera la volonté manifeste des dirigeants d'Alger de considérer ses voisins du sud, Mali et Niger notamment, comme des Etats mineurs qui doivent obéissance et alignement sur l'Algérie.

La très forte réticence d'Alger envers l'intervention militaire française lorsque les katibas d'Aqmi, du Mujao et d'Ansar Eddine fonçaient sur Bamako après avoir soumis tout le nord du Mali en est la plus récente illustration.

 

Haro sur le Maroc

 

Bouteflika et ses généraux développent donc depuis fort longtemps un complexe d'infériorité envers le Royaume et sa Monarchie, qui confine à la paranoïa. Et les récents développements régionaux ne sont pas pour atténuer ce sentiment qui les pousse à bafouer les usages diplomatiques, la nécessaire retenue que doit observer un chef d'Etat (largement octogénaire de surcroît), ou encore le respect d'une contrainte géographique incontournable qui fait du Maroc et de l'Algérie, des pays unis par une (longue) frontière commune…

Parce que le Maroc a pu traverser sans trop de mal les turbulences du Printemps arabe, que ses institutions fonctionnent et se développent selon des critères et principes qui le rapprochent de plus en plus des démocraties parlementaires accomplies et matures, que le pluralisme politique s'y conforte aux côtés d'une société civile dynamique et exigeante, que l'économie n'est accolée à nulle rente gazière ou pétrolière, Bouteflika et ses vieux acolytes flippent !

Parce que le Royaume ne pratique pas la diplomatie des attachés-cases bourrés de pétro-dollars, que le Roi lui-même s'implique et s'investit dans le développement des partenariats et de la coopération avec nombre d'Etats de notre continent, que notre modèle entrepreunarial s'exporte et que de grands groupes nationaux donnent le La dans la banque, les télécoms, les cimenteries, l'assurance, l'immobilier dans plusieurs pays de l'Afrique de l'Ouest et Centrale, le régime algérien se sent isolé et surtout, dépassé par des évolutions qu'il ne peut suivre et encore moins engager !

Enfin, parce que dans nos provinces sahariennes, malgré une cinquième colonne stipendiée, les manoeuvres déstabilisatrices sont déjouées, parce que la solution d'autonomie reçoit un soutien de plus en plus large de la communauté internationale des Etats, parce que le Roi et le Peuple ne sont pas près de renoncer à la marocanité du Wadi Eddahab et de la Saquiat Al Hamra, les dirigeants algériens perdent leur sang froid et s'engagent dans une nouvelle ère de provocations et de glaciation de nos relations bilatérales.

Tôt ou tard, cependant, ils devront se rendre à l'évidence. Le Royaume restera ce qu'il est, confortera ses acquis, préservera son unité nationale et son intégrité territoriale. Avec ou sans Bouteflika !

 

Fahd YATA

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