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Soudans: dépouillement du référendum non officiel dans la région contestée d'Abyei

Le dépouillement du référendum non officiel et non reconnu sur l'avenir d'Abyei, région revendiquée par le Soudan et le Soudan du Sud, entamé mercredi, se poursuivait, selon les observateurs d'une consultation susceptible de raviver les tensions entre les deux voisins et ex-ennemis.

Grande comme le Liban avec une population sédentaire d'une centaine de milliers d'habitants, Abyei, prise en étau entre Soudan et Soudan du Sud, reste l'un des points majeurs de crispation non résolus par "l'Accord de paix global" de 2005, qui a mis fin à deux décennies de guerre civile entre gouvernement soudanais et rébellion sudiste et a débouché sur la partition du Soudan en 2011.

"Le laborieux processus de décompte des votes a commencé", a déclaré Tim Flatman, un observateur indépendant sur place, décrivant le processus comme "lent mais très transparent". Les résultats du vote sont attendus tard mercredi ou jeudi, mais certaines zones isolées étaient rendues difficiles d'accès en raison des pluies.

Les électeurs étaient invités à choisir un rattachement d'Abyei - où patrouillent quelque 4.000 Casques-Bleus - à Juba ou à Khartoum. Mais le scrutin, qualifié de "menace pour la paix" par l'Union africaine (UA) et qui s'est déroulé de dimanche à mardi, n'est reconnu ni par Khartoum ni par Juba ni par la communauté internationale.

Il a été organisé unilatéralement par la seule communauté Ngok Dinka, population sédentaire d'Abyei, qui se dit lassée d'attendre un référendum d'auto-détermination, prévu par l'accord de paix de 2005 mais sans cesse repoussé depuis, notamment en raison d'un désaccord entre Khartoum et Juba sur le corps électoral.

Bien qu'ouvert à tous, seuls les Ngok Dinka se sont rendus aux urnes, selon des témoins. Membres du peuple Dinka, ethnie majoritaire au Soudan du Sud à laquelle appartiennent de nombreux hauts responsables sud-soudanais dont le président Salva Kiir, ils sont très majoritairement favorables à un rattachement à Juba.

Dans l'autre camp, traditionnellement favorable à un rattachement à Khartoum, la communauté arabophone et semi-nomade Misseriya, qui va et vient entre le Soudan et Abyei, avait récemment exclu toute participation à un référendum organisé par les Ngok Dinka et menacé d'organiser sa propre consultation.

Les observateurs avertissent que le référendum pourrait déboucher sur de nouvelles violences.

Outre les tensions locales entre Ngok Dinka et Misseriya, le référendum est susceptible d'attiser les dissensions toujours latentes entre Khartoum et Juba, avec à la clé la possibilité d'un nouveau conflit ouvert entre les deux ex-ennemis.

"Même si la proclamation des résultats ne débouche pas immédiatement sur des affrontements, la transhumance annuelle à venir (des Misseriya) va représenter un véritable test pour les deux camps", explique un rapport du groupe de recherche indépendant Small Arms Survey, notant que les "populations d'Abyei sont profondément frustrées".

Selon Zacharia Diing Ako, du centre de recherche sud-soudanais Sudd Institute, qui rappelle que le Soudan et le Soudan du Sud se sont encore affrontés à propos d'Abyei en 2008 et 2011, la situation est "précaire et potentiellement explosive".

AFP

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