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la famille pourvoyeuse de violence ?

Les enfants, estiment des psychologues, n'ont plus aujourd'hui de modèles individuels et collectifs. Des participants au colloque de la SARP relèvent que la corrélation entre délinquance et statut de la «famille éclatée» participe parfois du raccourci. La famille produit la délinquance. «Mais contrairement aux analyses courantes, ce n'est pas son éclatement qui en est à l'origine.» Selon une étude du docteur Messaouda Sadouni, psychologue et maître de conférences à l'université Alger 2, la réalité ne rejoint pas forcément les théories sur la relation enfant-famille. «La littérature dans ce domaine abonde dans le sens d'une délinquance ayant pour trame principale des ''foyers brisés'', désorganisés et dysfonctionnels, le plus souvent schématisés par des familles dont les parents sont divorcés», a ainsi exposé, samedi, le Dr Sadouni lors du colloque «Enfants et familles» organisé par la SARP, association pour l'aide, la recherche et le perfectionnement en psychologie. Mais cette corrélation entre délinquance et statut de la famille ne s'applique pas systématiquement en Algérie où, dans la société conservatrice, l'on évite le divorce «à tout prix». «Nous avons fait cette étude sur un groupe de 150 détenus dans les prisons d'El Harrach, Tiaret et Mostaganem. Les délinquants dont les parents sont séparés représentent une moyenne de 24,44%, tandis que ceux dont les parents vivent ensemble sont 75,55%», explique le Dr Sadouni. «Ce qui dément les modèles d'analyse qui avancent comme raison de cette déperdition la séparation des parents. Car une famille 'non divorcée' ne veut absolument pas dire famille unie», estime-t-elle. «Car cela n'implique pas que ces familles ne soient pas désorganisées, que le foyer soit un environnement épanouissant, qu'il n'y ait pas de violence et de maltraitance. Cela est parfois pire pour le développement d'un enfant que de vivre dans des conflits permanents», confie la psychologue. Cette dernière affirme d'ailleurs que pour trouver la racine d'un comportement délinquant, il faut chercher au-delà des conditions socioéconomiques de la personne. «Il y a évidemment des raisons socioéconomiques sous-jacentes à la délinquance : le chômage, la maladie, les échecs scolaires, etc. Mais derrière tout cela, il y a un pléthore de traumatismes, tant individuels que collectifs», analyse le Dr Sadouni. La maltraitance, les abus sexuels ou la violence sous toutes ses formes sont autant de traumatismes pour un enfant dont la résurgence, si non pris en charge, est inévitable. «Un enfant battu battra. Des victimes de violences ne peuvent que reproduire ces violences», affirme-t-on. Et les événements les plus persistants sont parfois latents, voire même ultérieurs à la «construction» du sujet. Faillite de l'état et anomie sociale «D'après nos consultations, nous pouvons constater que le traumatisme commun est la décennie 'rouge'. Même s'ils n'étaient que de très jeunes enfants, les délinquants d'aujourd'hui gardent les séquelles de ces violences terroristes. Il y a une transmission transgénérationnelle et transfamiliale des traumatismes», explique le Dr Sadouni. «Ainsi, tous les fléaux sociaux, drogues, violences, incestes à outrance, délinquance et autres sont les manifestations de tous les traumatismes que nous avons vécus ces dernières décennies, et ce, à commencer par le 5 octobre 1988», poursuit-elle. Et ces années de «braise» ont déstructuré et déstabilisé les repères et valeurs de la société et de la famille. «Le viol a été utilisé comme arme politique. Aujourd'hui, c'est une arme de déshumanisation pour détruire le père. Et quand on détruit le père, on détruit la loi, le repère, l'interdit», déplore la psychologue. Ce qui mène à l'anomie sociale, la désorganisation de la société. «Le problème dans la société est éthique. Il y a une faillite, non pas de la famille, mais de l'Etat qui est absent et encourage de ce fait les comportements jugés, auparavant, comme répréhensibles», estime quant à elle Dalila Samai Haddadi, professeur de psychologie clinique à Bouzaréah. Les enfants n'ont ainsi, aujourd'hui, plus de modèles individuels et collectifs «exemplaires».  «Les modèles qu'offrent les maîtres, les 'grands' et même les représentants de l'Etat sont déficients», affirme-t-elle. «Il faut qu'il y ait dans la gestion, économiquement parlant, des émotions et des représentations qu'il y a à l'intérieur de nous-mêmes, une décharge. La meilleure est la sublimation, à travers la lecture et la création. Mais si l'on ne leur donne pas d'espaces où ils peuvent le faire, et si en sus, on leur montre des modèles où ils voient que 'c'est celui qui vole qui est mieux', 'c'est celui qui triche qui réussit', dès lors, ces fraudes sont élevées à l'ordre de la 'débrouille'», ajoute-t-elle. D'ailleurs, selon l'étude du Pr Haddadi, les modèles de réussite chez la plupart des enfants sont aujourd'hui «les commerçants, les personnalités politiques et militaires».  

El Watan

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