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quand la quête du

L'acte de naissance dit «numéro 12», exigé dans tous les dossiers cruciaux, ou encore le très chic «12S» imprimé sur du papier de banque, qui sont tous deux délivrés, comme chacun sait, à partir de la mairie de naissance, obligent nos concitoyens à se livrer à un drôle de tourisme non encore exploité par les agences de voyages : le «tourisme administratif». Les migrations internes ont fait que beaucoup de nos concitoyens résident dans d'autres contrées que leur commune natale. Et si, par malheur, l'écart géographique est trop grand entre leur patelin d'origine et leur point de chute, ils passeront leur vie à osciller entre les deux. Ils sont ainsi des dizaines, voire des centaines à prendre la route chaque jour pour renouveler le pacte de la nativité, essaimant à travers les 48 wilayas. Encore faut-il qu'à l'arrivée, le document tant convoité ne contienne pas trop d'erreurs. Or, sur la foi d'un nombre incalculable de témoignages que nous avons recueillis, ce fameux acte de naissance censé consigner les événements les plus marquants de votre existence (mariage, divorce, décès, décisions de justice liées à la capacité juridique, etc.), est loin d'être à jour, notamment au niveau des mentions marginales. Erreur courante : nombreux sont les EC12 qui ne font pas état des mariages. Untel qui a divorcé depuis belle lurette se voit toujours lié à sa première épouse. Sans compter les inénarrables coquilles entre nom écorché, filiation tronquée ou transcription latine massacrée. Oui. Des centaines de kilomètres pour un résultat aussi décevant. N'est-ce pas rageant ? Un citoyen résidant à Alger - appelons-le Omar - et natif de Relizane (300 km à l'ouest d'Alger) parti, lui, pour se faire établir le 12S en vue de renouveler son passeport, se voit annoncer, à sa grande surprise : «Vous n'existez pas sur nos registres. Votre prénom est là, mais pas votre patronyme. Il n'est pas consigné dans le corps de l'acte porté sur le registre, mais seulement sur la marge.» «Pourtant, je me suis toujours fait délivrer le n°12 sans le moindre problème», insiste-t-il en jurant sur la tête de son défunt père. Et c'est ce qu'il a répété (vainement) au chef de l'état civil. «J'ai dû appeler ma mère pour m'assurer que j'ai bel et bien été enregistré à ma naissance et que je ne suis pas né clandestinement», glisse-t-il dans un sourire. S'ensuivra une procédure en rectification des plus harassantes, obligeant notre ami à un ping-pong Alger-Relizane des plus éprouvants. «J'en profite, d'accord, pour me recueillir sur la tombe de mon papa, enterré là-bas, mais pour le reste, ce n'est pas une villégiature. Cela m'a mobilisé des jours et des jours. La procédure judiciaire m'a contraint à établir la «traçabilité» de ma généalogie familiale : extraits de naissance (n°12, toujours) de mon père et de mon grand-père que je suis allé chercher à Aïn El Hammam (Grande Kabylie), puis, déplacement jusqu'à Sig pour me faire délivrer l'original de l'acte de mariage de mes parents. Oui, vous pouvez le noter, mon histoire familiale est un véritable road-movie. Pour qu'à la fin, on me dise, au tribunal de Relizane : ramenez encore deux témoins pour attester de votre identité. Un papier que je devais faire à la mairie de Relizane. Mais j'ai quitté cette ville en 1976 et je n'ai gardé aucun contact dans la région. Je leur ai expliqué cela au service d'état civil du tribunal et ils ont accepté mon argument. Je pouvais bien sûr, comme tout le monde, prendre le premier venu et lui faire signer un papier griffonné à la main. Mais cela équivaudrait à produire un faux.» «Je me sens comme sous contrôle judiciaire» Omar continue à arpenter l'autoroute Est-Ouest en maudissant Amar Ghoul pour la quasi-absence de relais routiers sur l'axe Alger-Oran. «Je me sens comme sous contrôle judiciaire. Ces documents sont devenus, pour moi, une sorte de laisse», lâche-t-il. Omar n'a toujours pas récupéré son jugement, encore moins le 12S, et angoisse déjà à l'idée de manquer ses prochains voyages professionnels. «Le pire est que je dois, à chaque fois, réquisitionner mon jeune frère car je suis un mauvais conducteur. Nous sommes ainsi deux à manquer notre travail pour de la paperasse. Imaginez cela à l'échelle du pays tout entier et faites le calcul.» Une dernière anecdote pour la route : «Un jour, je suis allé faire le «12». C'était la première fois que je me le faisais établir en version informatisée. Le guichetier a été sympa, il m'a remis une copie pour voir s'il n'y avait pas d'erreur. Je l'ai bien scruté et j'ai validé. Il m'a remis quatre exemplaires, le tout en un temps record. Un miracle. J'avais loué les services d'un clandestin ce jour-là, pour 12 000 DA. Arrivés à Khemis Miliana, sur le chemin du retour, j'ai eu un brin de «weswess» et j'ai jeté un ½il sur les papiers. Et là, surprise : je réalise que dans la case réservée à la date de naissance, l'agent avait mis la date du jour ! J'ai dû rebrousser chemin en m'arrachant les cheveux...»

El Watan

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