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Ghadi, le premier nouveau-né libanais déclaré “sans appartenance religieuse”

Il s'appelle Ghadi  Darwiche et il est officiellement devenu le premier nouveau-né libanais "sans appartenance religieuse". Une révolution au Liban, pays multiconfessionnel et communautariste.

Ghadi ne le sait pas encore mais il vient de marquer l'histoire de son pays. Ce bambin de moins d'un mois est officiellement devenu le premier nouveau-né libanais inscrit au registre de l'état civil "sans appartenance religieuse". Sur son certificat d'état civil, la mention religieuse a même été rayée. Un fait exceptionnel au Liban où les rapports sociaux sont régis jusque dans l'intime par des codes communautaristes.

Venu au monde le 30 septembre dernier, Ghadi est le fils de Nidal Darwiche et Khouloud Sukkarieh. Un couple qui n'est pas inconnu au Liban puisqu'il s'agit du premier couple libanais à avoir contracté un mariage civil au Liban. Contrairement aux amoureux qui fuient à l'étranger pour échapper aux contraintes religieuses, Nidal et Khouloud se sont battus pour faire reconnaître leur mariage civil au pays du cèdre. Les autorités libanaises avaient fini par accepter cette union laïque et supprimer de leur état civil la mention à leur confession sunnite et chiite.

[caption id="attachment_83865" align="aligncenter" width="640"]Une photo de l'état civil de Ghadi Darwiche, tirée du Facebook de ses parents. Une photo de l'état civil de Ghadi Darwiche, tirée du Facebook de ses parents.[/caption]

Les parents de Ghida ont partagé la bonne nouvelle sur leur compte Facebook, publiant une photo du registre d'état civil de leur enfant samedi 26 octobre. Le lendemain, le chef de l'Etat, Michel Sleiman, avait lui-même commenté la nouvelle, applaudissant l'initiative via Twitter.

sleiman

Si Nidal et Khouloud on dû franchir plusieurs obstacles pour faire admettre leur mariage dans une société régie par le confessionnalisme, ils disent ne pas avoir rencontré de difficulté majeur pour enregistrer le petit Ghadi à l'état civil sans mention religieuse. "La formalité a été d'une grande simplicité. Nous nous sommes adressés au même bureau d'état civil qui a enregistré notre mariage. Autant l'enregistrement de notre mariage s'était révélé être un long parcours semé d'embûches, autant l'enregistrement de notre fils était facile et rapide", ont répondu les parents de Ghadi au quotidien libanais L'Orient le jour.

"Libéré de toutes les contraintes religieuses"

Sereins, Nidal et Khouloud prédisent un avenir heureux à leur fils au Liban. "Ghadi est ainsi libéré de toutes les contraintes religieuses. A mon avis, tout le peuple libanais est dans l'erreur et le cas de Ghadi est à prendre en exemple. Il n'aura aucun problème dans ses formalités futures, vu que tout a été fait dans le respect des lois. Nous sommes en guerre contre un système en décomposition. Rien dans la loi n'interdit à Ghadi de mener une vie normale. Un Libanais est Libanais quelle que soit son appartenance religieuse", confient-ils à L'Orient le jour.

"Plus de 10 mariages civils" en un an

Le couple est devenu au Liban un exemple pour tous les amoureux qui souhaitent bousculer les lignes d'une société où le confessionnalisme isole les communautés les unes des autres. "Nous avançons pas à pas. Nous travaillons dans le cadre d'un groupe restreint, soutenu par la société civile. Mais les choses évoluent à un rythme très lent. Nous avons pris des risques, essuyé des critiques blessantes, mais nous faisons tout dans le cadre légal. Preuve en est, plus de 10 mariages civils ont été contractés au Liban depuis le nôtre. Nous avons été combattus par les hommes de religion qui nous ont blâmés et exercé sur nous des pressions considérables, sans compter les menaces. Et nous n'avons reçu le soutien d'aucun responsable politique. Mais nous continuerons d'aller de l'avant", promet-il.

Au Liban, petit Etat du Moyen-Orient où quelque 18 confessions reconnues par l'Etat cohabitent, les questions de mariage, de divorce ou d'héritage relèvent des autorités religieuses de chaque communauté. Si un couple mixte veut se marier au Liban, l'un des époux doit se convertir ou ils ont le choix d'échanger leurs v½ux à l'étranger. Les mariages civils contractés à l'étranger sont effectivement reconnus au Liban. La question du mariage civil ne divise pas que la société civile libanaise. La sphère politique libanaise se déchire aussi sur ce point. Si le chrétien maronite Michel Sleiman, président de la République libanaise, plaide pour la reconnaissance du mariage civil dans le cadre de la mise en place d'un "Etat laïc moderne", ce n'est pas le cas du cheikh sunnite Mohammad Rachid Kabbani, mufti de la République.

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