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Tunisie

Alors qu’il devait débuter mercredi 23 octobre, le Dialogue national, a été reporté suite à la mort de six agents de la Garde nationale, tués par des extrémistes. Cette initiative qui réunit 21 partis politiques tunisiens doit trouver une solution à la crise politique que traverse le pays depuis le mois de juillet. La rencontre a finalement débuté hier, vendredi 25 octobre, et le gouvernement s’est enfin engagé à démissionner. La crise sécuritaire qui avait permis jusque là aux gouvernants de jouer sur la rhétorique de la peur pour faire oublier les dissensions ne fonctionne plus.

Après l’assassinat du député Mohamed Brahmi en juillet dernier, la contestation populaire était forte en Tunisie. Une crise voyait le jour, divisant encore plus la scène politique. Des citoyens entamaient un sit-in demandant la démission du gouvernement et la dissolution de l’Assemblée Nationale Constituante. L’opposition sautait à pieds joints sur l’occasion pour essayer de prendre la main sur le débat. Les partis au pouvoir ne se pressaient pas pour entamer une discussion avec les différentes forces politiques et sociales, utilisant l’argument incongru de la légitimité des urnes. Une légitimité qui n’a en fait plus lieu d’être, l’ANC, dont émane le gouvernement, ayant été élue pour un délai d’un an, un mandat qui a été dépassé depuis un an.

A peine quelques jours après l’assassinat du député, la mort dans une embuscade de militaires dans une région de l’intérieur du pays, permettait aux politiciens d’utiliser la rhétorique de la peur et de l’ennemi commun afin d’essayer de justifier leur place.

Le Premier Ministre, comme le Président de la République, appelaient à l’union pour l'intérêt national afin de lutter contre les dangers du terrorisme, contre lequel ils s’avouaient quasi impuissants. Un danger qui permettait de justifier le maintien du gouvernement en place, qui ne quitterait donc ses fonctions qu’une fois la lutte contre le terrorisme gagné, dixit le Premier Ministre.

Deux mois plus tard la rhétorique de la peur ne tient plus

Alors que le Dialogue national débute à peine Ali Laarayedh a dû rétro-pédaler sur ses déclarations. Après avoir à nouveau déclaré il y a quelques jours que le gouvernement quitterait ses fonctions, mais sans préciser de date et en expliquant qu’il ne devait se soumettre à personne, le voilà hier contraint à envoyer une lettre notifiant la démission de son gouvernement dans un délai de trois semaines. Car c’est un des points de la feuille de route qui devait permettre au Dialogue national de débuter.

Préoccupation sécuritaire

Au début du mois d’octobre 21 partis politiques se mettaient d’accord sur une feuille de route proposée par le quartet composé de l'Union générale tunisienne des travailleurs, de l'Union tunisienne de l'industrie, du commerce et de l'artisanat, la Ligue tunisienne des droits de l'homme, ainsi que l'Ordre national des avocats de Tunisie.

Les partis signataires s’accordaient sur différents points dont notamment : la formation d’un nouveau gouvernement, l'achèvement rapide de la Constitution, la mise en place de l’Instance Supérieure Indépendante des Elections. Le Dialogue entamait hier doit permettre de trouver des solutions pour la mise en ½uvre de ces points.

Les nouvelles attaques perpétrées en quelques jours ont accentué le ras le bol de la population qui s’est largement exprimée dans les médias pour dire sa peine. Les Tunisiens semblent très affectés par le climat de violence et par la division qui sont en train de se mettre en place dans le pays et appellent à les rejeter, tout en rejetant la faute sur le parti Ennahdha et le gouvernement.

Après deux jours de manifestations spontanées le calme est revenu dans la rue ce samedi. Depuis plusieurs jours les forces de l’ordre étaient sur le qui vive et particulièrement mobilisées pour assurer des contrôles. Un incident a d’ailleurs eu lieu vendredi tôt dans la matinée dans un quartier huppé de la ville. Un jeune conducteur ayant refusé de s’arrêter à un barrage policier, car il avait une bouteille d’alcool sur lui, a été blessé par balles à la tête par les forces de l’ordre, qui pensaient qu’il était armé. Un incident qui montre l’état de tension qui existe dans le pays.

Hier le Syndicat des Forces de Sécurité Intérieure tenait une assemblée gébérale suite à laquelle il a publié un communiqué avec une liste de décisions importantes, prenant position contre le gouvernement et pour le peuple. Il s’engage notamment à soutenir et protéger le peuple tunisien, demande le remplacement sous 48h « des directeurs généraux du ministère de l'Intérieur qui ont été nommés suivant leur allégeance au parti au pouvoir », « la création d'une cellule de crise indépendante qui gérera le dossier du terrorisme et qui travaillera indépendamment des directives du gouvernement » ou encore appelle à porter plainte contre le Premier Ministre et contre les personnes impliquées dans la mort des agents de la garde nationale et de la police. En cas de non satisfaction de ces revendications, les agents disent être prêts à passer à d’autres formes de revendication et manifestation.

Comme en réponse à ce communiqué le Premier Ministre a présidé aujourd’hui samedi 26 octobre, une réunion sécuritaire, à laquelle était présent le ministre de l’Intèrieur ainsi que le ministre de la Défense.

Sana Sbouai

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