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Gabon:

"Défense d'uriner!": cette fois, l'énorme inscription taguée en lettres rouges, blanches et jaunes ne devrait pas passer inaperçue, espère Régis Divassa. Pour interpeller les habitants sur l'insalubrité dans la capitale gabonaise, cet artiste engagé n'hésite pas à utiliser des bombes... de peinture.

"Le Gabonais a une très bonne habitude, c'est que quand il a un peu levé le coude, hop, il te refait la peinture de la maison", explique avec malice le jeune Gabonais de 34 ans.

A travers le graffiti, "un art urbain que les jeunes apprécient", Régis espère changer les habitudes. "Un graf c'est comme un tableau. Si les gens voient quelque chose de beau sur un mur, ils vont pas venir pisser dessus", espère-t-il, pragmatique.

Artiste touche-à-tout, il gagne sa vie comme décorateur de cinéma, vend ses toiles grâce au bouche à oreille et vient de signer un album de rap.

Avec son compère "Blatino", ils se sont donné rendez-vous dans une ruelle de la cité Mébiame, un quartier populaire de Libreville. Leur cible du jour: les latrines sauvages qui empoisonnent le quotidien d'Eugénie Assoumou Mengue, une "mama" fatiguée de voir ses murs souillés.

"On souffre, c'est infernal, tous les gens viennent mictionner ici, là, et on a ces odeurs, ça nous rend vraiment malade (...) en plus tout le ciment s'en va", s'emporte la vieille dame venue encourager l'initiative de Régis, drapée dans un boubou vert éclatant.

Elle a pourtant ostensiblement placardé quatre panneaux interdisant aux indélicats de se "soulager" devant chez elle. En vain. "Moi, ils m'insultent. Je souhaiterais que Régis les motive pour qu'ils arrêtent".

Une nuée de gamins ne tarde pas à apparaître, fascinés par le travail à la bombe. "Le rouge, c'est l'interdit, mais aussi la renaissance", explique Régis Divassa, improvisant un petit cours sur la symbolique des couleurs tout en peignant un masque Fang (ethnie d'Afrique centrale).

Pour mama Eugénie qui regarde travailler les deux graffeurs, casquettes sur la tête, difficile de dire si c'est de l'art, mais "ils font de jolis petits dessins".

 

A chaque coin de rue, des montagnes d'ordures

 

Régis lui, y voit "un acte politique, une forme de rébellion pour interpeller l'opinion" sur un problème qui dépasse de loin la prolifération des latrines sauvages.

Car l'insalubrité de la capitale est devenue la bête noire de ses habitants et défraie régulièrement la chronique dans la presse nationale.

A Libreville, dans presque chaque quartier, des montagnes d'ordures s'élèvent près des bacs censés les contenir, mais que personne ne vient vider. Les déchets s'entassent par endroits sur plusieurs mètres de hauteur et macèrent dans la chaleur étouffante, répandant des odeurs nauséabondes.

"Ca gêne même la circulation, ça déborde sur la rue, parfois les voitures n'arrivent plus à passer!", s'indigne Christian, vendeur de chaussures dans une échoppe minuscule de la cité Mébiame.

"Il faut que la mairie fasse quelque chose", poursuit le boutiquier qui dit payer une taxe de propreté mensuelle de 24.000 FCFA "sans savoir à quoi ça sert".

Un autre commerçant venu saluer Régis, se dit lui aussi "ulcéré" par les détritus qui jonchent les abords de son épicerie. "On ne peut plus respirer. Les bacs à ordures ne sont pas vidés et avec l'arrivée des grosses pluies, ça se déverse à travers toute la ville, ça répand les maladies", jure-t-il.

Face à la grogne générale, l'impopulaire maire de Libreville, Jean-François Ntoutoume Emane - qui ne se représente pas aux prochaines élections prévues en novembre - a dû s'expliquer récemment devant les députés et sénateurs.

Tout en reconnaissant que "la problématique de l'insalubrité à Libreville est récurrente", l'édile a rejeté la faute sur l'Etat, l'accusant de ne pas avoir honoré ses engagements avec la société chargée de la collecte des ordures ménagères.

De son côté, Régis Divassa ne compte pas s'arrêter là et va multiplier les fresques à proximité des tas d'ordures et des "pissoirs à ciel ouvert". L'essentiel, pour lui, c'est d'alerter l'opinion: "Tout ça, c'est la faute de l'Etat. Mais l'Etat c'est qui? C'est vous, c'est moi, c'est nous".

AFP

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