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Le Premier ministre tunisien, Ali Laarayedh, octobre 2013 / Reuters
Le Premier ministre tunisien, Ali Laarayedh, octobre 2013 / Reuters

Tunisie: le fiasco des islamistes était prévisible

Leur vision théocratique ne pouvait prospérer dans un pays où les citoyens luttent pour la laïcité et le modernisme.

Le peuple tunisien continue de souffrir le martyre. En effet, les islamistes d’Ennahda qui ont pris le pouvoir après la chute de l’ex-président, Ben Ali, continuent de briller par leur incapacité à répondre aux véritables attentes des Tunisiens.

Les différents gouvernements qui se sont succédé n’ont rien apporté de concret. Au contraire, ils ont travaillé à liquider peu à peu les acquis de la révolution du jasmin, d’où la colère de plus en plus persistante des laïcs. L’actuel gouvernement à qui le peuple demande de rendre le tablier, préfère plutôt jouer la montre que d’écouter ses légitimes revendications.

Vision théocratique

En vérité, les Tunisiens sont déçus d’Ennahda qui tient les rênes du pouvoir. Car jusque-là, ce parti n’a pu leur apporter ni la liberté ni la sécurité encore moins la prospérité économique pour lesquels ils ont consenti d’énormes sacrifices.

C’est d’ailleurs pourquoi ils réclament un nouveau départ sans les islamistes, en somme un gouvernement d’union nationale moins politisé. Et en cela, les Tunisiens sont soutenus par la puissante Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT) qui a appelé hier à une grève générale à Sidi Bouzid, après les affrontements armés du 23 octobre qui ont fait plus de 5 morts.

En tout cas, les Tunisiens ont le sentiment d’avoir été trahis par les islamistes qui, au lieu d’œuvrer à l’atteinte des objectifs de la révolution, ont favorisé, sinon instauré un climat d’insécurité jamais vécu en Tunisie. Et sur ce point, l’on peut dire que la colère des Tunisiens est légitime.

Les assassinats en série, surtout d’opposants, et les incessants affrontements sanglants et meurtriers sont autant d‘éléments qui montrent la faillite des islamistes. Mais pouvait-on s’attendre à mieux de leur part? Assurément, non.

En vérité, ce fiasco était prévisible et ce, pour plusieurs raisons: La vision théocratique d’Ennahda ne pouvait prospérer dans un Etat où beaucoup de citoyens luttent pour la laïcité et le modernisme. En outre, les islamistes n’étaient pas préparés à exercer le pouvoir d’Etat. Ils ont remporté les élections après la chute de Ben Ali, tout simplement parce qu’ils étaient les seules forces organisées et acceptables aux yeux des Tunisiens. Et cela, du fait qu’ils militaient dans le social. Un domaine hautement porteur puisqu’il ne laisse personne indifférent, surtout dans un système de dictature pure et dure.

Mue nécessaire

Tous les peuples aspirent au changement et à la liberté et ce serait une grosse erreur pour des dirigeants de ce XXIe siècle qui s’aviseraient de ramer à contre-courant de cette légitime volonté. Mais à l’épreuve du pouvoir, les Islamistes d’Ennahda ont vite montré leurs limites. Cela était prévisible car entre la gestion du social et celle du pouvoir d’Etat, il y a un fossé abyssal. Chose que les islamistes de la Tunisie semblent n’avoir pas comprise.

On se demande finalement à quoi aura servi la révolution tunisienne si ce n’est à réveiller les consciences, sans plus. Un résultat naturellement insuffisant pour bon nombre de Tunisiens . Un constat plus global: tous les pays qui ont connu le printemps arabe butent sur d’énormes difficultés dans la gestion du pouvoir. Que ce soit la Libye, l’Egypte ou la Tunisie pionnière de la Révolution arabe, aucun de ces pays n’a réussi à amorcer un véritable décollage démocratique et social. Le dénominateur commun à tous ces échecs, est sans nul doute, la nature théocratique du pouvoir que chacun a voulu mettre en place.

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il est temps pour les islamistes de se remettre en cause et de faire leur mue au risque de sombrer complètement. Il faut qu’ils sachent que le temps des pouvoirs basés sur la religion telle qu’ils le souhaitent, est révolu. Tous les peuples aspirent au changement et à la liberté et ce serait une grosse erreur pour des dirigeants de ce XXIe siècle qui s’aviseraient de ramer à contre-courant de cette légitime volonté.

Dabadi Zoumbara (Le Pays)

Le Pays

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