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Nneka © Jens Boldt, tous droits réservés.
Nneka © Jens Boldt, tous droits réservés.

Nneka, l'Afrique nouvelle génération

La chanteuse germano-nigériane Nneka rêve d'une Afrique décomplexée.

«Africa is the future» peut-on lire sur le sac en toile que porte Nneka, ce 29 août 2011. Cette chanteuse germano-nigériane a foi en l'Afrique et reste fidèle à cette philosophie. D'ailleurs, ce leitmotiv (l'Afrique est l'avenir en français) résume l'état d'esprit qui accompagne chacun de ses concerts.

En véritable amoureuse de l'Afrique, elle ne cesse de souhaiter un futur meilleur au continent et à sa patrie, le Nigeria. Et loin d'être une simple posture, c'est «son combat» dit-elle, celui qui l'a menée à faire de la musique. Ainsi, l'une de ses principales sources d'inspiration est Lagos, la capitale économique de ce pays le pays le plus peuplé d’Afrique, où elle est installée depuis quatre ans.

De père nigérian et de mère allemande, elle grandit à Warri, une ville du delta du Niger, avant d'émigrer à Hambourg, en Allemagne, à l'âge de 19 ans. C'est en Europe que démarre alors sa carrière, grâce à sa rencontre avec le producteur allemand DJ Farhot, en 2003.

Huit ans plus tard, c'est dans le grand salon parisien du label Sony Music qu'elle nous accueille, le lendemain d'une grosse performance au festival parisien Rock en Seine, devant près de 20.000 personnes.

L'air fatigué mais heureux, Nneka Egbuna confirme à 30 ans son talent et son engagement vis-à-vis du continent avec son nouvel album, Soul is Heavy, qui sort le 26 septembre. On y retrouve les thèmes qui lui sont chers: l'envie de faire vibrer d'amour l'Afrique, de la faire danser, mais aussi son cri du cœur contre la corruption au Nigeria et contre l’intolérance. D'autres morceaux sont plus intimes, Nneka y exprime notamment de la difficulté «d'être soi»:

«Je pense que chacun a un combat dans la vie, dont il est plus ou moins conscient. Moi, je vis les événements avec une certaine gravité, c'est comme ça que Dieu m'a créée».

Une Afrique ouverte sur l'extérieur

Petit bout de femme fragile, Nneka confie avoir du mal à prendre la vie comme elle vient, sans se poser de questions. Le titre de ce nouvel album, «l'âme est lourde» en français, est d’ailleurs éloquent.

Il fait le bilan de ses trois dernières années passées à voyager en Europe, aux États-Unis, depuis la sortie de No Longer at Ease en 2008. Lorsqu'elle rentre à Lagos, la chanteuse confronte alors cette expérience internationale avec ce qu'elle vit au quotidien. Elle pose alors un autre regard sur la violence au Nigeria, et sur l'Afrique toute entière, qu'elle aimerait voir s'ouvrir un peu plus:

«Je parle de l'hostilité que je vois chaque jour. Lagos est si proche de Dieu, mais si proche du Diable aussi».

Nneka lit la Bible quotidiennement. Elle ne comprend pas la haine qui animent les trois peuples majoritaires au Nigeria, les Haoussas (majoritairement musulmans), les Yorubas et les Ibos (majoritairement chrétiens), dont elle fait partie. Pour elle, ce n'est pas la religion qui les divise, mais le besoin viscéral de dominer.

Dans cette perspective, elle compare les motivations de la secte islamiste Boko Haram à celles qui ont provoquées la Guerre du Biafra entre 1967 et 1970: contrôler les ressources et mettre en place une ethnie et une religion dominantes.

Ainsi, dans la chanson Soul is Heavy, Nneka chante «la richesse et la misère» qu'est le pétrole pour le Nigeria, une source infinie de conflits:

«Ce sont des actes égoïstes. Si on voulait bien se considérer comme un tout cela n'arriverait pas. Mais nous sommes trop étroits d'esprit, les dirigeants ne pensent qu'à se remplir les poches», regrette-t-elle.

Génération décomplexée et créatrice

Malgré les tournées internationales, ses racines restent en Afrique. D'ailleurs le titre single de l'album, My Home est un hommage à sa terre natale. Et en dénonçant la corruption et la misère, Nneka hérite du combat de son compatriote Fela, dont l'afrobeat lui est une source d'inspiration incontestable. D'ailleurs, elle préfère évoquer cette influence plutôt que de voir sa musique comparée au hip-hop américain.

Quand elle parle, Nneka pèse ses mots. Il est important pour elle de ne pas renvoyer une image négative, de ne pas dénoncer les conflits «juste» pour en parler. Elle voudrait faire évoluer les mentalités. Et même si la réalité n'est pas toujours rose, elle reste optimiste. La chanteuse explique que dans sa vie quotidienne, elle met un point d'honneur à se comporter selon l'idéal religieux «d'amour du prochain».

Dans son nouvel album, elle a réuni sur un même morceau trois musiciens, issus des trois ethnies Haoussa, Yoruba et Ibo. Ces valeurs de partage, d'élan vers l'autre elle les chante, mais elle insiste: c'est surtout l'éducation qui changera les comportements.

«Le plus important, c’est d’éduquer les jeunes. Parce que pour les dirigeants, c’est trop tard. Cela se voit avec la situation en Somalie. Ils n’en ont rien à faire des populations».

A Lagos, Nneka fait partie d'un petit cercle de poésie où les jeunes peuvent venir s'exprimer librement.

«Les Africains doivent s’émanciper, arrêter d’attendre que les changements viennent de l’extérieur et surtout ne plus avoir peur d’eux-mêmes», lance-t-elle.

Et la création, quelque soit le domaine, est un bon moyen d'y arriver.

Dans un de ses titres les plus populaires, Africans, issue de son premier album Victim of Truth (2005), elle chante:

«Maintenant c'est à nous de gagner un peu de reconnaissance/Si l'on arrête de se plaindre, on pourrait avoir une meilleure situation».

L'idée, c'est de transformer une colère, celle contre «le colonisateur» par exemple, en énergie positive et créatrice. Délivrer ce message lui tient à cœur, et lorsqu'elle évoque sa tournée africaine ses yeux pétillent d'excitation. Afrique australe, de l'Ouest, et des dates sont même prévues au Ghana en 2012. En attendant, Nneka promeut sa musique africaine nouvelle génération sur les autres continents et apprend le français.

Agnès Ratsimiala

 

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