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Bassin du Congo: la transformation du bois face

Les pays du bassin du Congo veulent transformer davantage sur place le bois extrait de leurs forêts mais ce projet destiné à accélérer la croissance économique se heurte à bien des défis.

Premier souci: l'énergie nécessaire qui "n'est pas disponible, car sa production pose problème", explique à l'AFP Emmanuel Ze Meka de l'Organisation internationale des bois tropicaux (OIBT).

"Il y a également un manque d'infrastructures de transport", "la fiscalité trop élevée", et le problème de la formation, avec une main-d'oeuvre trop souvent peu qualifiée, ajoute-t-il.

M. Ze Meka s'exprimait en marge du Forum international de développement durable de la filière bois du Bassin du Congo qui a permis, lundi et mardi à Brazzaville, d'analyser les avantages et les inconvénients des mesures d'interdiction d'exportation des grumes mises en places avec plus ou moins de bonheur pour forcer le développement d'une industrie de transformation locale.

Le Cameroun a été le premier pays du Bassin du Congo à interdire l'exportation des grumes, au milieu de la décennie 1990, mais, il a vite assoupli sa décision.

Au Gabon, aucune grume ne sort depuis 2010, mais le bois transformé sur place peine à trouver des débouchés et cela se ressent sur les recettes du pays.

"Le Gabon n'est pas un pays qui a une grande tradition industrielle. Ses industries ne sont pas capables de supporter la compétition internationale. Leurs contreplaqués ne sont pas compétitifs face à ceux de la Chine", explique Alain Karsenty, du Centre international pour la recherche agronomique et le développement (CIRAD), basé en France.

Résultat: la contribution du segment bois au niveau du PIB a baissé de moitié, "à 2,5%", et "les recettes fiscales forestières ont chuté de 71%" depuis 2010 , indique Prosper Obame Ondo, à la tête de la direction générale de la valorisation des produits forestiers gabonaise.

Pour M. Karsenty, "la transformation très poussée ne se décrète pas", il faut que l'industrie nationale y soit prête.

Pour atteindre une "croissance à deux chiffres"

Depuis 2000, cependant, la moyenne de production grumière dans la région du Bassin du Congo a augmenté de 50% et atteint désormais 7,5 millions de mètres cubes par an, indique le ministre de l'Economie forestière congolais, Henri Djombo. Selon lui, "le taux moyen de transformation est de 54% dans l'ensemble" de la région (contre 30 à 45% en 2000).

Le Livre blanc publié au Forum de Brazzaville identifie "de grandes différences" entre pays. "Au Cameroun, près de 75% de la production forestière sont transformés localement", et en République du Congo "ce taux oscille, selon les années, entre 51 et 65 %".

"Ces taux relativement élevés résultent d'une politique volontariste", ajoute le document, mais "dans l'ensemble du Bassin du Congo, il est encore souvent plus rentable pour les entreprises d'exporter des grumes transportées sur des centaines de kilomètres avec leurs déchets, que d'exporter des bois sciés et usinés".

Pourtant, la transformation très poussée du bois est un des objectifs du Plan de convergence que les pays du Bassin du Congo ont adopté en 2005 en vue d'une exploitation concertée et d'une gestion durable de leur massif forestier, soumis à une forte exploitation illégale.

La transformation locale du bois permettrait de créer des emplois et de diversifier des économies souvent trop dépendantes d'une poignée de produits d'exportation.

"Le développement de la filière bois est l'une des voies pour atteindre un taux de croissance à deux chiffres et un taux de chômage à un chiffre", estime Honoré Tabouna, expert de la Communauté économique des Etats de l'Afrique centrale (CEEAC).

Pour réussir, estime M. Djombo, il faut notamment "assainir le climat des affaires", et "adopter des mesures fiscales incitatives".

Deuxième massif forestier tropical du monde après l'Amazonie, le Bassin du Congo s'étend sur l'Angola, le Burundi, le Cameroun, la Centrafrique, le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale, la République démocratique du Congo (RDC), Sao Tomé et Principe et le Tchad.

AFP

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