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Madagascar: une élection présidentielle sous influences

Grands absents de l'élection présidentielle de vendredi à Madagascar, l'actuel homme fort du pays Andry Rajoelina et l'ancien président Marc Ravalomanana surveillent de près un scrutin intéressant également de mystérieux mais généreux donateurs, soucieux de défendre leurs positions économiques locales. 

Privés de scrutin, les deux principaux protagonistes de la crise malgache ont leurs favoris parmi les 33 candidats en lice. Faute de pouvoir présenter son épouse Lalao à sa place, Marc Ravalomanana a adoubé le médecin Robinson Jean Louis, tandis que trois candidats sont directement issus du TGV, le parti d'Andry Rajoelina. 

Parmi eux, Hery Rajaonarimampianona semble avoir la faveur du président sortant.

S'ils gagnent, M. (ou Mme) Ravalomanana d'un côté, M. Rajoelina de l'autre pourraient être le Premier ministre de leur champion.

Plus généralement, "on a l'impression que ceux qu'on voit ne sont que des pions", note Sophie Moreau, spécialiste de Madagascar à l'université de Paris-Marne la Vallée. "Après, la question est: qui est le cavalier de qui?"

"Il est difficile de dire qui tire les ficelles", mais des multinationales "peuvent être à l'origine de certains fonds des campagnes: on suppose que des compagnies minières financent certains candidats. L'un des enjeux - et certains candidats l'ont déjà évoqué -, c'est la demande de renégociation des contrats miniers", estime le politologue Jean Eric Rakotoarisoa.

"Selon moi, bien sûr, il y a des gens qui tirent les ficelles", renchérit l'analyste Ketakandriana Rafitoson. "Ce sont les opérateurs économiques qui financent dans l'ombre une partie des candidats", dit-elle, tout en rappelant qu'"il y a beaucoup de soupçons envers des opérateurs économiques français, chinois et +karana+ (terme pour désigner les Indo-Pakistanais à Madagascar) qui sont toujours présents quel que soit le scrutin". On parle aussi sur place de capitaux mauriciens, de l'argent du trafic du bois de rose...

Ces soupçons semblent être confirmés par les candidats eux-mêmes. Lors d'un débat télévisé vendredi, Hery Rajaonarimampianona a affirmé que des dons lui sont parvenus dès qu'il a annoncé qu'il se présentait. "Ce sont des aides en provenance de partout dans le monde", a-t-il précisé.

10 milliards si les élections sont reportées

L'ancien général Camille Vital, lui aussi candidat issu du camp Rajoelina, affirme qu'"un ami" lui a fait don de 350 voitures tout-terrain. "Que vous le croyiez ou pas, c'est votre affaire. Pour moi c'est clair, ce sont des cadeaux qu'on m'a offerts", a-t-il dit lors du même débat. Un ami à l'étranger lui a proposé des dons pour réaliser son programme, a-t-il ajouté.

Dans le même ordre d'idée, l'ancien président Didier Ratsiraka, qui n'a pas pu se présenter, a récemment annoncé qu'un généreux donateur désintéressé était prêt à offrir 10 milliards de dollars à Madagascar si les élections étaient reportées. Mais ni lui ni les candidats au scrutin du 25 octobre n'ont voulu en dire plus sur l'identité des donateurs.

Le Premier ministre de consensus Jean Omer Beriziky s'est récemment ému de l'importance des sommes en jeu, alors que le pays manque de tout: "Il est très difficile pour moi de dire d'où viennent ces sommes qui sont déversées dans la campagne mais, vis-à-vis de la pauvreté de la population, c'est un scandale!", a-t-il déclaré sur RFI.

Beaucoup s'interrogent aussi sur les intérêts de l'armée, qui avait lâché Marc Ravalomanana en 2009, précipitant sa chute. De nombreux hauts gradés se sont enrichis ces quatre dernières années et ne verraient pas d'un bon oeil un retour de l'ancien président, selon des analystes.

"A ma connaissance, les forces de l'ordre assurent la régularité et la sécurité de l'élection. Je crois qu'elles sont quand même conscientes de l'enjeu. (...) Je pense que les chefs de l'armée vont respecter le choix du peuple", affirme Jean Eric Rakotoarisoa.

Ce qui n'est pas l'avis de Ketakandriana Rafitoson: "Sur les 33 candidats, il y a une dizaine de personnalités au maximum qui se dégagent. Il est certain que l'armée a pu contracter des +deals+ avec eux, avec n'importe lequel ou laquelle d'entre eux pour tirer leur épingle du jeu."

AFP

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