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Orwa Nyrabia:

De plus en plus de réfugiés syriens risquent leur vie dans des traversées incertaines et dangereuses, depuis les côtes égyptiennes. Témoignage du cinéaste syrien Orwa Nyrabia.

Réfugiés syriens à bord d’un bateau au large de la Sicile, 17 septembre 2013. REUTERS/Antonio Parrinello

Ils ont quitté une guerre  fratricide pour, finalement, en retrouver une autre. Des milliers de réfugiés syriens tentent chaque semaine de quitter l'Égypte, par les plages d'Alexandrie, à bord d’embarcations de fortune. Leur espoir : rejoindre la Suède. Ils partagent ainsi le tragique destin des migrants africains dés½uvrés et prêts à risquer leur vie en mer. Suha Omar Ali, mère de quatre enfants et originaire de Damas, a perdu trois filles au cours d'une macabre traversée. Versant souvent à des passeurs des sommes pouvant atteindre 2 500 euros, les migrants ne sont jamais sûrs d’arriver à destination. Durant la semaine du 7 octobre, au large d’Alexandrie, 12 personnes sont mortes noyées dans le naufrage d’un bateau.

Pour le cinéaste syrien Orwa Nyrabia, exilé au Caire depuis septembre 2012,  après avoir survécu à 22 jours d'emprisonnement dans les geôles du régime, les Syriens sont victimes du climat politique en Égypte. La destitution du président islamiste Mohamed Morsi, suivie d'une chasse féroce contre les Frères musulmans, ne favorisent pas leur intégration.

«Le pouvoir égyptien fait circuler l'idée selon laquelle les Syriens sont tous pro-Frères musulmans. Les autorités disent qu'il y avait une sympathie entre les réfugiés et les Frères et que ces derniers en ont profité pour demander aux Syriens de grossir les rangs des manifestations sur la place Rabaa al-Adawiya. Dans l'esprit de beaucoup de personnes,  se cache derrière chaque Syrien un partisan de la confrérie. Dans un  contexte où les réflexes racistes sont encouragés par les plus hautes sphères de l'Etat, les réfugiés syriens en payent le prix fort.»

Le cinéaste de 35 ans, fondateur du renommé festival Dox Box, évoque une situation alarmante. Dans un rapport intitulé 'We cannot live here any more': Refugees from Syria in Egypt, Amnesty international attire l'attention de la communauté internationale sur l'emprisonnement sans motifs de réfugiés dans les prisons égyptiennes, principalement à Alexandrie. Lors d'une visite dans un poste de police de la ville portuaire, l'organisation a découvert une quarantaine de réfugiés syriens maintenus illégalement en détention pour une durée indéterminée, parmi lesquels figuraient 10 mineurs. «Les autorités égyptiennes sont tenues de fournir une protection à quiconque a fui le conflit syrien et cherche à se mettre en sécurité dans leur pays, a déclaré Sherif Elsayed Ali, responsable du programme Droits des réfugiés et des migrants à Amnesty International. À l’heure actuelle, l’Égypte échoue misérablement sur ce plan, manquant à l'obligation qui lui est faite en vertu du droit international de protéger les réfugiés, notamment les plus vulnérables

Orwa Nirabiya décrit des réfugiés syriens intimidés, violentés et victimes de discriminations, en toute impunité. « Si des réfugiés syriens sont attaqués dans la rue, les policiers n'interviendront pas.» Ces intimidations marquent aussi les actions de l'État qui, paradoxalement, ne traite pas les Syriens comme des réfugiés. S'ils l'étaient, les autorités égyptiennes les soutiendraient financièrement. «Dans les faits, cela se traduit par des pressions contre les entreprises syriennes contraintes de fermer boutique ou contre tous les résidents syriens auxquels on refuse de renouveler la carte de séjour ou de délivrer un visa. Moi-même je suis sans ce cas. N'y voyez aucune raison personnelle. Tout cela est politique et lié au fait que nous sommes syriens.», plaide le cinéaste en exil.

Comme le suggère le titre du dernier documentaire réalisé par Talal Derki et produit par Orwa Nyrabia, arrivera un jour où les réfugiés devront regagner leur pays. Comme le souligne la page Facebook dédiée au film, il s'agit d'un documentaire retraçant la vie de deux jeunes Syriens qui ont un jour décidé de défendre leur liberté. L'un a troqué son ballon rond contre un micro pour animer les manifestations, l'autre s'est transformé en cameraman citoyen. L’histoire d’une révolution. Lors de notre entretien, Orwa Nyrabia m’interrompt quand j’évoque la « guerre en Syrie »: « Tu entends partout parler de « guerre », mais nous avons entrepris une révolution ». Dans l'attente d'un retour à Homs, Orwa Nyrabia et des milliers de Syriens correspondent, s'organisent, et préparent l'avenir. L'Égypte n'en fait pas partie.

Nadéra Bouazza

 

 

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