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En 1991, après la victoire électorale du Front islamique du salut (FIS), l'Algérie devait élever un rempart «infranchissable» devant «l'intégrisme salafiste». C'est l'opinion défendue par l'avocat Ali Haroun, ex-membre du Haut Comité d'Etat (HCE), dans Le Rempart, essai publié cette semaine à Alger par les éditions Casbah. L'auteur y dénonce un intégrisme géniteur «d'un fanatisme belliqueux» et «d'un dogmatisme stérilisant». «Il était non moins urgent de faire obstacle à la régression mentale et à l'irrationnel, instaurés par un retour subit aux conceptions archaïques des siècles obscurs. Dans l'urgence, on fut alors contraint d'édifier la digue indispensable pour contenir la furie de la violence intégriste», écrit-il dès l'entame du livre. Il fallait, selon lui, protéger l'Etat républicain. D'où la création du HCE dont la mission était de «préserver l'ordre public» et assurer «la transition» après le départ du président Chadli Bendjedid. Créé le 14 janvier 1992, le HCE a été présidé par Mohamed Boudiaf puis par Ali Kafi après l'assassinat du premier. Sur le départ de Chadli, Ali Haroun, qui se présente en «acteur circonstanciel, témoin» d'une époque, donne «sa» version des faits. Selon lui, Chadli n'a pas été forcé par l'armée à quitter ses fonctions présidentielles le 11 janvier 1992. La rumeur a enflé. «Comme pour la calomnie, il en restera toujours quelque chose», note-t-il. Ali Haroun s'appuie sur le témoignage du général Khaled Nezzar, sur «la lettre de démission» de Chadli. «Chadli ne s'exprimera plus sur ce point et, comme il sied à un homme d'Etat, il garde le silence, refusant d'entrer en polémique sur les péripéties de son départ et sa prétendue élimination (...) en privé, il soutient formellement n'avoir subi la pression de quiconque et que son honneur de soldat lui interdisait de se soumettre à une injonctions venant de ses anciens subordonnés», écrit Ali Haroun. Il relève «qu'en principe», le détenteur du pouvoir victime du coup de force «est délesté de ses biens, exilé ou emprisonné, s'il n'est pas tué». «Le président Chadli, heureusement, ne subit aucun de ces malheurs. Ses biens sont préservés, sa résidence respectée. Il n'éprouve nullement la nécessité de quitter le pays», appuie-t-il. Ali Haroun s'engage dans un exercice assez périlleux pour tenter d'expliquer que la désignation du HCE n'était pas hors Constitution.   Il base son argumentaire sur, entre autres, le fait que le Haut Conseil de Sécurité (UCS, une instance qui échappe au contrôle parlementaire) avait toute la compétence de décider de «la solution qui s'impose dans l'intérêt du pays». Selon lui, le HCE, «institution constitutionnelle suprême», a constaté «l'impossibilité» de poursuivre le processus électoral législatif de fin décembre 1991.  L'auteur explique ensuite les notions de «légalité» et de «légitimité». «Ce qui est légal n'est pas nécessairement légitime et inversement», souligne-t-il. Le «légalisme» allait, d'après lui, mener l'Algérie vers «un Etat théocratique intégriste». Il précise que la première déclaration de Mohamed Boudiaf avait été relue et corrigée par, entre autres, lui-même, Sid Ahmed Ghozali, Lakhdar Brahimi et Hachemi Bounedjar. Le motif ? Boudiaf était déconnecté des grands problèmes de l'Algérie. Le texte n'a finalement pas été corrigé. «Le lendemain matin déjà, dans certains milieux on colportait la rumeur : Boudiaf rejetant les conditions imposées par l'armée, refuse toute déclaration et décide de retourner chez lui !... C'est dire combien ce retour du patriarche a suscité de réprobation chez les uns, d'amertume chez les autres et de condamnation chez certains. En bref, Mohamed Boudiaf était loin de faire chorus sur son nom», témoigne Ali Haroun à la page 31. Il révèle avoir proposé à Boudiaf, dans l'avion qui le conduisait vers l'Algérie à partir du Maroc, de se réconcilier avec Ahmed Ben Bella «pour effacer, aux yeux de l'opinion, cette vision désastreuse de l'animosité réciproque que nos 'historiques' se manifestaient». L'auteur évoque «la permanente hostilité» entre Ben Bella et Boudiaf durant leur incarcération, lors du cessez-le-feu et à l'indépendance de l'Algérie. Boudiaf n'a jamais pardonné la décision de Ben Bella, devenu Président, de le mettre en prison. Mais qu'a donc répondu Boudiaf à la proposition de Ali Haroun ? «Boudiaf sursaute : l'inviter ? Ah ça, jamais !», écrit l'auteur qui rapporte que finalement le premier président du HCE recevra «à bras ouverts» son ancien geôlier. Ali Haroun détaille aussi le refus de Boudiaf de s'installer à la résidence d'Etat de Zéralda, à l'ouest d'Alger, trop luxueuse à ses yeux. «Il y trouve des tables de bridge, des tables de jeux, des tables de télévision mais pas de table de travail. Pour son repos hebdomadaire, un simple chalet à Chréa lui suffirait, pense-t-il», relève l'ancien membre du HCE. Il révèle que Boudiaf a refusé de recevoir «une personnalité importante» malgré l'insistance du général Khaled Nezzar. «Le général-major, qui se trouvait quelque semaines plus tôt l'homme le plus puissant du pays, encaisse, en militaire discipliné, le coup du Président», souligne-t-il. Ali Haroun révèle avoir présenté sa démission du HCE après l'assassinat de Boudiaf, en juin 1992. Démission refusée par le général-major Nezzar. L'intégrisme est, selon lui, dangereux pour la stabilité du pays, l'unité de la nation, la paix sociale et «susceptible, en définitive, d'entamer la cohésion de notre islam sunnite». «Ainsi le rempart a résisté. Qu'en sera-t-il demain ?», s'interroge-t-il, faisant le parallèle avec la situation politique actuelle dans les pays arabes. Ali Haroun prend soin de souligner que Le Rempart n'est pas «une ½uvre d'historien». L'auteur ambitionne seulement de «laisser des traces».

El Watan

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