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L’élection de toutes les incertitudes

Le ciel politique brumeux d'Alger continue de semer doutes et incertitudes. L'oracle n'a pas encore parlé et la vie politique s'en trouve figée. A cinq mois de l'élection présidentielle de toutes les incertitudes, la classe politique est suspendue à des signes de dégagement de la brume pour pouvoir lire clairement ce qui se trame dans les coulisses du pouvoir. Un pouvoir peu soucieux de ce qui se passe dans l'Algérie des 37 millions d'Algériens, mais pris dans les calculs de survie d'un régime coupable de brader le pays pour s'assurer une pérennité. Cette élection va-t-elle se tenir ? Bouteflika se présentera-t-il à sa propre succession ? Qui sont les éventuels candidats et sur qui se portera le choix du régime ? De quel ordre sera la révision de la Constitution ? Aura-t-elle réellement lieu et un impact sur la future échéance électorale ? Tant de questions sans réponses, tant d'interrogations qui traduisent le degré d'opacité élevé en mode de gestion des affaires de l'Etat. Cela montre aussi à quel point la souveraineté populaire est bafouée et foulée aux pieds des maîtres d'Alger, formels et informels, obnubilés qu'ils sont par leur maintien au pouvoir et au-dessus des lois. Les quelques apparitions du Président «assis» n'ont pas suffi à donner vie à l'activité présidentielle et du mouvement aux affaires publiques, malgré les gesticulations d'un Premier ministre qui n'a même pas réussi à faire appliquer la décision d'ouverture des commerces les deux jours de l'Aïd. Le pays tout entier est frappé de catalepsie, figé dans ses décisions, dans ses intentions, incapable d'avoir une vue prospective, incapable de rêve. Peut-on vendre l'idée d'une élection ouverte avec un tel climat de doute et de flou ? Assurément non. La prochaine échéance électorale est déjà verrouillée au point que nul n'est capable de dire quel scénario le conglomérat de décideurs a encore préparé pour cette énième mise en scène électorale. Même ceux qui, d'habitude, jouaient volontiers les lièvres se retiennent de faire leur show exhibitionniste, car ne sachant pas dans quelle direction le vent va encore souffler. Quant à ceux qui attendaient la rentrée sociale pour faire leur grand come-back, ils ont vite déchanté et se sont retenus de faire un pas, compte tenu d'une évolution hasardeuse, voire incertaine de la chose politique. Le pouvoir joue seul et sans témoin ; les politiques se gardent de se prononcer, pour certains par prudence, attendant d'y voir plus clair et d'autres par pur calcul, attendant d'être adoubés par les décideurs. L'attente devient ainsi la seule attitude, alors que le pays n'a plus ce luxe d'attendre pour sombrer dans la dérive. Les quelques décisions prises sur le plan économique touchent à des contrats pour servir des partenaires étrangers dont le soutien au régime est avéré, à l'heure où la machine économique peine à trouver un moteur de dépannage. Sur le plan social, les dollars dépensés pour acheter la paix n'ont pas pu acheter l'espoir et encore moins une place honorable à l'Algérie dans les classements mondiaux du bien-être et du bien-vivre. Devant ce sombre monochrome, parler de lutte de clans serait vain. La logique de clans n'est plus, il n'y a qu'une oligarchie coupable de tenter le pire pour le pays afin d'assurer ses intérêts.