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Centrafrique: la population vit une "tragédie", selon l'ONU

La population de Centrafrique, livrée aux exactions de bandes armées et à des violences intercommunaitaires, "vit une tragédie", a estimé samedi une mission d'urgence des agences d'aide des Nations unies dépêchée dans le pays pour établir un bilan humanitaire de la situation.

De son côté, le président de transition centrafricain, Michel Djotodia, a appelé les jeunes de son pays à dire "non aux manipulations" visant à inciter les habitants à prendre les armes "les uns contre les autres", au cours d'une réunion publique à Bangui.

"La situation humanitaire s'est une fois de plus dégradée (...) C'est une tragédie que vit le peuple centrafricain. On ne peut la laisser perdurer", a déclaré au cours d'une conférence de presse de presse à Bangui, un des responsables de cette mission, John King de l'office des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), à l'issue d'une visite de 48 heures.

"D'abord il faut qu'il y ait la sécurité pour les civils afin qu'ils puissent rentrer chez eux. Nous devons tous être réalistes: les problèmes sont plus graves que ceux des années précédentes", a ajouté M. King, en référence aux crises, troubles et coups d'État qui ont secoué le pays depuis son indépendance en 1960.

Arrivée jeudi soir à Bangui, la mission onusienne s'est rendue notamment vendredi à Bossangoa (250 km au nord-ouest de Bangui), où des affrontements entre combattants de l'ex-rébellion Séléka - qui a renversé le régime du président François Bozizé le 24 mars - et des groupes d'autodéfense ont fait plus de 100 morts en septembre et des dizaines de milliers de déplacés.

La Centrafrique est plongée dans le chaos depuis le renversement de François Bozizé par la coalition Séléka, aujourd'hui officiellement dissoute par son chef, Michel Djotodia, investi comme président de transition le 18 août.

 

 

"Lourd tribut de la jeunesse"

 

Depuis, le pays est livré à des chefs de bande et des mercenaires, l'État s'est effondré et les violences menacent de prendre un tour religieux entre chrétiens - qui constituent la grande majorité des près de cinq millions d'habitants - et musulmans. Les combattants qui formaient les rangs de l'ex-rébellion se revendiquent de confession musulmane et M. Djotodia est le premier président musulman de l'histoire du pays.

"Je veux que la jeunesse (...) dise non aux manipulations tendant à dresser les uns contre les autres, à faire en sorte que les jeunes prennent les armes, les machettes, les bâtons, pour mettre la vie de leur prochain en danger", a lancé le président pendant une "rencontre avec la jeunesse" dans le centre de la capitale.

"Des faits graves se produisent encore dans nos provinces", a-t-il rappelé en référence aux exactions et violences intercommunautaires qui se développent dans le pays.

"Nous refusons que la jeunesse soit instrumentalisée. C'est elle qui paie le lourd tribut" de ces violences, a-t-il ajouté.

"Pour le rétablissement de l'Etat et l'organisation des futures élections, la sécurité et la stabilité sont indispensables", a-t-il souligné, en affirmant vouloir confier un rôle de premier plan aux chefs traditionnels pour sortir le pays de la spirale de la violence.

"Nous devons également nous appuyer sur les chefs traditionnels et toutes les ethnies pour assurer la victoire vers la démocratie. Nous devons nous appuyer sur le système traditionnel qui seul permet de faire remonter la voix du peuple auprès des dirigeants", a-t-il estimé.

Près de 10% de la population du pays a été déplacée par les violences. Une force africaine, en cours de déploiement, tente de désarmer les combattants et les pillards et de rétablir la sécurité. La France, ancienne puissance coloniale, a un contingent de 400 soldats qui tient l'aéroport de Bangui et plaide au conseil de sécurité de l'ONU pour une action "urgente" en Centrafrique.

AFP

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