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Kofi Yamgnane, en 2010 / AFP
Kofi Yamgnane, en 2010 / AFP

Kofi Yamgnane et son discours de la méthode pour réinventer la démocratie en Afrique

Dans son nouvel essai «Afrique, introuvable démocratie», l'ancien ministre socialiste brosse un portrait froid mais optimiste du continent.

De prime abord, l’on peut penser que livre de Kofi Yamgnane est une sorte de lamento d’un homme en colère et révolté, et peut-être même frustré, d’avoir été empêché de se porter candidat à la présidentielle togolaise en 2010. Son livre peut laisser croire qu’il ne s’agit que d’énièmes récriminations à propos des multiples contradictions et bizarreries que l’on peut retrouver ci et là en Afrique, une sorte de pamphlet au sujet de cette Afrique qui ne va pas. Ce n’est pas faux, mais ce n’est pas tout.

Afrique, introuvable démocratie (éd. Dialogues, avec la collaboration d'Hervé Quemener)* est un cri de rage certes, mais un cri de rage constructif, loin des schémas de l’afro-pessimisme. Si Kofi Yamgnane dresse un tableau pitoyable du Togo, son pays de naissance, et de l’Afrique de manière générale, c’est pour mieux dire son espoir et sa conviction de voir un jour les peuples africains accéder à la démocratie.

Mais avant d’annoncer des lendemains qui chantent, l’ancien ministre de François Mitterrand s’interroge sur ce qui ne va pas. Avec des mots crus et drus, il constate que rien ne va.

Constat froid

«Il faut avoir voyagé dans l’Afrique noire du début du XXIe siècle pour se rendre compte à quel point de pauvreté, de précarité, de peur du lendemain est réduite la majorité des hommes et des femmes tandis que les “prédateurs” se pavanent avec l’argent de la corruption et des royalties que les compagnies étrangères versent pour se régaler des ressources du sous-sol, pétrole et minerais», écrit, sans concession, ce Franco-Togolais de 68 ans.

Le constat d’une Afrique qui croule sous le poids des despotes (peu) éclairés n’est pas nouveau. Ce constat a lui-même ensuite souvent nourri la thèse de ceux qui doutent de la possibilité même d’une idée démocratique en Afrique. L’on a mille fois entendu dire que la démocratisation du continent était un risque de chaos et de désordre (on a vu que ce n’était pas complètement faux, vu tout ce qui s’est produit depuis le discours de la Baule de François Mitterrand en 1990). Oui, on sait que la démocratie est introuvable en Afrique, comme l’écrit Kofi Yamgnane. On sait tout ça, donc rien de neuf.

Ce qui est original dans cet essai, c’est la manière par laquelle l’auteur arrive à ce constat. Après avoir passé l’essentiel de sa vie en France, où il est élu à tous les niveaux de la vie politique locale et nationale, depuis 1983 (comme maire, puis comme député et ministre), Kofi Yamgnane décide, en 2008, de retourner payer sa dette au Togo et à ce continent qui l’a vu naître, en se portant candidat à la présidentielle qui va suivre deux ans plus tard. La désillusion est saisissante:

«Je me rends compte bien vite que je m’attelle à une tâche herculéenne. Le pays (...) est dans un état encore plus lamentable que je ne l’avais imaginé. (...) J’ai donc regardé mon pays dans les yeux (..) et le portrait que j’en ai tiré ne m’a pas plu. Ma redécouverte du Togo où je n’avais pas séjourné naussi longtemps depuis plus de quatre décennies a été très éprouvante.»

Motifs d'espoirs

La campagne de Kofi Yamgnane sera écourtée, il ne sera pas candidat, à cause d’un motif obscur autour de sa date de naissance inventé par les autorités pour l’écarter de la course à la présidentielle. Il découvre alors «ce que peut être la vie des hommes sous la férule d’un régime autoritaire, autocratique et dictatorial».

Au travers de son expérience personnelle, Kofi Yamgnane nous dit des choses que l’on sait (et qui, parfois, arrangent certains). L’Afrique est en panne à cause du déficit démocratique que l’on observe dans la plupart des pays, elle piétine parce que l’alternance politique n’y est qu’une simple vue de l’esprit, elle est en retard sur bien des domaines parce que la liberté d’expression et de la presse, l’éducation et la santé sont inexistantes.

Sauf que, pour celui qui a annoncé récemment son intention de se présenter à la présidentielle de 2015 au Togo, tout ce qui ne va pas sur le continent est précisément ce qui représente les voies de l’espérance. Mais là, encore, il faut faire des choix et dégager des priorités. Et c’est l’autre originalité de l’essai Afrique, introuvable démocratie.

Kofi Yamgnane pense qu’il faut avant toute chose redéfinir la notion même de démocratie, et l’adapter aux réalités africaines. Pour cela, souligne-t-il, il faut s’appuyer sur l’école qui elle-même doit être réinventée. Il faut réinventer l’école parce que les intellectuels qu’elle a produits «ne sont pas parvenus à inventer un autre avenir pour le continent». Et l’avenir de l’Afrique apparaît comme une rupture franche et définitive avec les frontières héritées de la colonisation.

Nouveau départ

«Il faut tout redéfinir, tout réinventer. Ça ne marche pas, parce que les Etats qui existent sont des Etats fantoches», nous dit ce Breton adoptif, ancien député du Finistère, dans l’ouest de la France. Cependant, il refuse de hurler avec tous les loups qui rejettent tous les malheurs de l’Afrique dans l’héritage du colonialisme et de l’impéralisme. Si ça va mal, soutient Kofi Yamgnane, «c’est aussi de notre faute. Et puisque c’est aussi de notre faute, la solution ne peut venir que de nous».

Afrique, introuvable démocratie résonne comme un chant d’agonie, mais cet essai est loin de faire l’apologie du malheur et de la fatalité. Il nous rappelle simplement la catastrophe que ce serait de ne rien tenter justement par fatalisme. Et rien que cela, c’est un beau message d’espoir.

Raoul Mbog

*Afrique, introuvable démocratie (éd. Dialogues), sortie en librairie, le 24 octobre 2013.

Raoul Mbog

Raoul Mbog est journaliste à Slate Afrique. Il s'intéresse principalement aux thématiques liées aux mutations sociales et culturelles et aux questions d'identité et de genre en Afrique.

 

 

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