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Mali: les soldats maliens et français sur le pied de guerre

A Gao, soldats maliens et français sont sur le pied de guerre et multiplient les patrouilles dans la plus grande ville du nord du Mali et ses environs, depuis une attaque à l'arme lourde d'islamistes armés le 7 octobre.

Dans le quartier de Gao touché par les roquettes des jihadistes, Bintou Yattara pose pour un journaliste de l'AFP avec ses trois enfants devant sa maison, qui porte encore des impacts d'éclats. Celle de son voisin aussi. Elle n'oubliera jamais ce jour où elle a failli mourir avec sa famille.

"On était assis devant la marmite: on a entendu quelque chose tomber et il y a eu beaucoup de poussière, mais on ne savait pas que ça avait touché notre maison". Ce n'est que quand Bintou et ses enfants sont sortis pour échapper à la poussière qu'ils ont su ce qui s'était passé. "Depuis ce jour ma famille a peur. On ne sait plus quoi faire", dit-elle.

Depuis l'attaque, la première depuis plusieurs mois sur Gao, "l'armée malienne et les forces de sécurité sont vraiment actives sur le terrain, nous sommes sortis à plusieurs reprises pour fouiller et chercher les auteurs de ces actes", affirme le colonel Oumar Diarra, commandant de la zone de défense de Gao.

Les roquettes tirées depuis l'extérieur de la ville ont touché plusieurs bâtiments, dont la maison de Bintou, et un soldat malien qui, blessé lors de l'attaque, est décédé par la suite et a été inhumé jeudi à Bamako.

L'attaque a été revendiquée dès le lendemain par le Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (Mujao), un des groupes islamistes armés qui ont occupé pendant neuf mois en 2012 le nord du Mali, avant d'en être en grande partie chassés en 2013 par une intervention militaire franco-africaine toujours en cours.

Le Mujao a menacé d'en mener d'autres en territoire malien, en France et dans les pays d'Afrique de l'Ouest membres de la Minusma, la force de l'ONU présente au Mali.

Selon le colonel Diarra, ces tirs de roquettes sont cependant un moindre mal car, dit-il, "avant le 7 (octobre), nous avions des informations concordantes qui faisaient état de menaces d'attaques, d'infiltrations à Gao, d'attentats terroristes".

"Un échec pour les jihadistes"

"Mais grâce aux populations", un attentat de bien plus grande ampleur a pu être évité, affirme-t-il, ajoutant: "Cette attaque est un échec pour les jihadistes parce qu'ils préparaient quelque chose de plus grand, ça n'a pas réussi, donc ils se sont mis à une certaine distance pour lancer des roquettes sur la ville".

L'attitude positive de la population est également soulignée à son retour de patrouille par le capitaine français Nicolas, de l'opération Serval, nom donné à l'intervention militaire de la France au Mali lancée le 11 janvier.

"La population est très favorable, ça se passe très bien. On contrôle juste la situation, on vérifie qu'il n'y a pas de changement dans l'attitude de la population et on montre notre présence en permanence. C'est une patrouille de sécurisation", explique-t-il.

C'est au cours d'une de ces patrouilles qu'un soldat français a été grièvement blessé samedi dernier, en participant à la destruction d'une cache d'armes et de munitions à 70 km de Gao.

Quelques jours après les tirs de roquette, un millier d'habitants de la ville ont manifesté contre l'insécurité et pour dénoncer l'attitude de la gendarmerie et de la police maliennes, accusant certains de ses éléments de relâcher des islamistes interpellés par la population contre de petites sommes d'argent.

Le colonel Diarra ne nie pas ces accusations, mais les tempère: "Que la population remette des suspects aux forces armées et de sécurité qui sont relâchés plus tard, je ne dirais pas non".

"S'il y a des preuves contre ces gens, nous les déférons immédiatement" à Bamako, ajoute le responsable militaire, évaluant à "une centaine" le nombre de suspects ainsi déférés ces derniers mois.

"Mais s'il n'y a pas de preuves, nous n'avons pas le droit de garder quelqu'un, nous sommes dans un Etat de droit", déclare-t-il, en soulignant que le Mali "est dans un processus de réconciliation".

AFP

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