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Manifestation, Alger, 6 février 2011. REUTERS/Zohra Bensemra
Manifestation, Alger, 6 février 2011. REUTERS/Zohra Bensemra

Emprisonné pour avoir critiqué Abdelaziz Bouteflika

Abdelghani Aloui, un jeune blogueur de 24 ans, a été arrêté pour avoir partagé des photos et des caricatures du président algérien sur Facebook.

«Belmokhtar arrêté: il s'appelle Abdelghani Aloui, 24 ans», écrivait avec un brin de sarcasme, le 14 octobre dernier, le journaliste algérien Kamel Daoud. Belmokhtar, c'est Monsieur Marlboro, le chef de la katiba «les Signataires par le sang» et ancien leader d'al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI).

L'homme aurait été à la tête de l'opération djihadiste menée contre les installations gazières en Algérie en janvier 2013. Mais il court toujours. Ce qui n'est pas le cas d'Abdelghani Aloui, un blogueur de 24 ans originaire de Tlemcen, dans l'ouest algérien. Le jeune homme, lui, croupit en prison depuis le 15 septembre dernier pour «atteinte à la personne du président de la République, outrage à corps constitués et apologie du terrorisme». Il est concrètement accusé d'avoir partagé des photos et des caricatures du président et de son Premier ministre sur les réseaux sociaux.

Si l'on s'en tient à la phrase du chroniqueur Kamel Daoud, ce jeune algérien est traité comme un terroriste. Pire encore, car les terroristes ne sont pas inquiétés par le pouvoir. Sur les réseaux sociaux, des activistes algériens se sont mobilisés contre cette arrestation qu'il juge arbitraire et sans fondement.

C'est le cas de Kader Affak pour qui «l’arrestation du blogueur traduit l’instrumentalisation des institutions (...) Le système se croit encouragé à prendre les devants pour profiter de l’insuffisance et de l’éparpillement des premières réactions face aux précédentes atteintes aux droits et libertés.»

Selon Younès Sabeur Chérif, animateur de la page «Envoyés spéciaux algériens», «les autorités doivent comprendre qu’on ne vit plus dans une époque stalinienne. Elles feraient mieux de s’ouvrir et d’accepter les changements au sein de notre société, et arrêter toute forme de répressions.»

Pour le journaliste Kamel Daoud, l'emprisonnement de ce jeune blogueur de 24 ans est  symptomatique d'un régime susceptible et autoritaire:

«Les grandes misères des pays sous-développés ne sont donc pas dans le ventre, les mains et l'errance du pied, mais dans la tête, dans cette susceptibilité du dictateur quant à son image. Il y a le même lien malade entre le refus d'ouvrir le champ audiovisuel, le contrôle strict des images, la chouroukisation des lignes éditoriales et ce procès ubuesque.»

Face à ce vent de contestation sur la Toile, l'ONG Amnesty international s'est rapproché des acteurs du dossier, dont l'avocat du jeune blogueur. Amnesty appelle à sa libération et enjoint les autorités algériennes de réviser «les lois érigeant la diffamation en infraction pénale» et «à mettre fin au recours à la législation antiterroriste pour sanctionner les critiques non violentes à l’égard de représentants de l’Etat».

Lu sur El Watan, Le Quotidien d'Oran

Slate Afrique

La rédaction de Slate Afrique.

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