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Camp improvisé de réfugiés, Berlin / AFP
Camp improvisé de réfugiés, Berlin / AFP

Que deviennent les rescapés de Lampedusa?

Une fois passée l'émotion du drame, on parle rarement des survivants des naufrages en Méditerranée.

Les naufrages récurrents de bateaux de migrants au large de la Méditerranée se passent de commentaires. Les tout derniers survenus à Malte, et tout près de l’île italienne de Lampedusa, il y a quelques semaines, n’ont pas fini de susciter colère et indignation et l’on pleure encore les quelques 500 morts de ces deux naufrages.

Si l’émotion est vive chaque fois que survient un tel drame, l’on se rend vite compte que le sujet cesse assez vite de faire la une des médias. Une fois que l’on a compté les morts, plus personne n’évoque le sort des autres, les survivants. Que deviennent-ils? Comment reconstruisent-ils leur vie? Comment surmontent-ils le souvenir atroce de cette traversée cauchemardesque vers l’Europe?

Johnson Takyi est l’un d’eux. Cet immigré ghanéen est aujourd’hui installé dans un abri en contreplaqué qu'il a lui-même édifié sur une place de Berlin.  Il se souvient avoir déconseillé à son frère de tenter lui aussi l'aventure vers l'Europe.

«Je lui avais dit de ne pas venir. Je lui disais qu'il n'y a pas de travail pour nous en Europe et qu'on se retrouve à dormir dans la rue», explique à une journaliste de l'AFP cet homme de 43 ans, dans un anglais approximatif, assisté par une élue berlinoise des Verts.

Mais son frère, de neuf ans son cadet, a quand même voulu tenter sa chance. «Il est mort noyé, il était à bord de l'embarcation» qui a fait naufrage début octobre, faisant plus de 300 morts au large de Lampedusa, l'île européenne la plus proche de la Libye et de la Tunisie, affirme-t-il.

Interrogées par l'AFP, les autorités italiennes n'étaient pas en mesure de confirmer ou d'exclure la mort de son frère dans ce naufrage.

Tristesse

Le regard rempli de tristesse, Johnson Takyi évoque de sa voie douce l'embarcation de fortune qui l'a lui-même mené de la Libye à la petite île italienne, deux ans avant son frère.

«Je travaillais depuis six ans en Libye, mais lors de la chute du régime Kadhafi, on a accusé les immigrés d'Afrique d'être du côté du régime du dictateur», explique-t-il.

Hospitalisé en Libye en raison d'une blessure à une jambe, il est embarqué de force en pleine nuit sur un bateau avec une centaine d'autres Africains dans la même situation. Il échoue à Lampedusa «dans un camp bondé» où il passe douze jours avant d'être envoyé par les autorités italiennes dans une autre région.

«En Libye j'étais charpentier et je gagnais suffisamment d'argent pour en envoyer à ma famille. Je ne voulais pas venir en Europe», poursuit-il, assis sur d'épaisses couvertures qui font office de lit dans cet abri de deux ou trois mètres carrés, humide et sans eau courante. 

Victime des soubresauts de la révolution libyenne, il raconte lentement, d'une voie posée, son odyssée à travers l'Europe jusqu'à Berlin où il est arrivé il y a six mois, sans un sou, sans un toit.

Il dit avoir «obtenu un permis de séjour d'un an et huit mois en Italie» l'autorisant à circuler dans les pays européens de l'espace Schengen. Johnson Takyi n'a pas de travail alors il décide de tenter sa chance en Allemagne d'autant que, dit-il, les Italiens lui ont donné 500 euros pour partir ailleurs.

Courage

«A Berlin, j'ai d'abord marché dans les rues avant de rencontrer quelqu'un qui m'a conduit ici», souligne-t-il.

Ici, c'est un «un camp de réfugiés», installé sous des tentes exposées au froid et qui prennent l'eau en cette journée automnale pluvieuse, sur une place du quartier turco-alternatif de Kreuzberg.

Depuis un an, un groupe de réfugiés, la plupart originaires d'Afrique noire et passés par Lampedusa, campent ici. Ils réclament notamment d'obtenir l'asile politique. La mairie de Berlin vient de promettre de leur trouver un toit en dur pour l'hiver.

Un petit groupe a également entamé une grève de la faim à la Porte de Brandebourg pour appuyer ses revendications.

L'abri de Johnson Takyi est impeccablement tenu. Pour se réchauffer un peu, il a installé des couvertures le long des parois tandis qu'une glacière lui permet de conserver quelques vivres.

«Mais on n'a plus de douches et les sanitaires mobiles ne sont plus en bon état», dit-il.

Tolérants au début, certains habitants du quartier dénoncent désormais les odeurs de cuisine et les nuisances nocturnes autour du «camp».

Johnson Takyi survit grâce aux associations caritatives ou à des habitants qui offrent vivres et vêtements.

L'avenir? Johnson Takyi ne songe pas à rentrer au Ghana.

«Je veux travailler et gagner de l'argent pour pouvoir en envoyer à nouveau à ma famille», dit-il.

Slate Afrique avec AFP

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