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Coup de froid entre l'Angola et le Portugal

En Angola comme au Portugal, la remise en cause surprise par le président angolais Jose Eduardo dos Santos du partenariat avec Lisbonne est vue par les analystes comme une man½uvre qui ne devrait pas mettre en péril les relations entre ce pays pétrolier et l'ex-puissance coloniale.

En plein essor, les relations commerciales entre Luanda et Lisbonne ont subi un coup d'arrêt mardi avec une déclaration du chef de l'Etat angolais qui a jugé que "les choses n'allaient pas bien".

"Inhabituelle, cette annonce brutale du président angolais révèle une stratégie visant à transmettre le message que l'Angola (...) refuse toute ingérence politique et tout néocolonialisme", affirme le professeur de journalisme angolais Celso Malavoloneke.

Les propos de M. dos Santos sont le point d'orgue d'un imbroglio diplomatique provoqué par des déclarations du nouveau ministre portugais des Affaires étrangères Rui Machete en septembre.

S'exprimant à la radio nationale d'Angola, il a présenté des "excuses diplomatiques" à Luanda pour une enquête menée par la justice portugaise contre de hauts responsables du régime angolais.

En novembre 2012, la presse de Lisbonne avait révélé l'ouverture d'une enquête pour fraude fiscale et blanchiment d'argent visant notamment le vice-président angolais, Manuel Vicente, le parquet confirmant l'existence de la procédure tout en précisant que personne n'avait été mis en examen.

Les propos de M. Machete ont déclenché une vive polémique à Lisbonne, l'opposition demandant la démission du chef de la diplomatie toutefois soutenu par le Premier ministre Pedro Passos Coelho. 

A Luanda aussi, l'affaire a fait des vagues. Le quotidien gouvernemental Jornal de Angola a accusé le ministère public portugais d'organiser des fuites sélectives.

Pour Luanda, "il s'agit d'envoyer un signal dans plusieurs directions, à l'Etat portugais, à certains secteurs de la société au Portugal mais aussi aux propres collaborateurs de José Eduardo dos Santos afin de les tranquilliser", analyse Siona Casimiro, rédacteur en chef du quotidien catholique O Apostolado.

Selon les derniers éléments de l'enquête rapportés par la presse portugaise, la procédure judiciaire ne viserait pas seulement des hauts dirigeants du régime mais aussi des membres de la famille du président, notamment ses deux filles Isabel et Tchizé.

"Le président angolais a réussi à transformer une préoccupation personnelle en une question d'Etat et à créer une diversion pour éviter les questions de fond comme la transparence du budget de l'Etat", dénonce l'activiste anti-corruption angolais, Rafael Marques, lui-même à l'origine de procédures judiciaires contre des membres du régime.

Pétrole

Les déclarations du président dos Santos ont provoqué la stupeur de l'importante communauté portugaise en Angola, comptant plus de 100.000 personnes.

Le Portugal compte aussi près de 1.000 entreprises dans ce pays.

"Ce n'est pas la première fois ni la dernière qu'il y a des incompréhensions entre les deux pays mais les choses devraient rentrer dans l'ordre, en tout cas, je l'espère pour pouvoir continuer à travailler ici", estimait mercredi José Maria, chef de projet dans une entreprise de construction portugaise installée en Angola.

A Lisbonne comme à Luanda, les milieux d'affaires et diplomatiques restent prudents tout en espérant une issue positive à cette affaire, alors qu'un premier sommet bilatéral a été programmé pour février 2014.

De l'avis général, les relations économiques entre les deux pays sont tellement importantes qu'un arrêt de la coopération semble peu probable ni souhaité.

Le Portugal, qui subit de plein fouet les conséquences de la crise financière mondiale, trouve à Luanda un débouché pour ses exportations de biens de consommation et une source de revenus solide pour nombre de ses citoyens expatriés et leurs familles restées au pays.

L'Angola vend une partie de son pétrole à Lisbonne et y investit massivement dans les domaines bancaire, immobilier et médiatique, bénéficiant ainsi d'un accès facilité aux marchés financiers mondiaux.

"Parfois, il faut faire un pas en arrière pour ensuite en faire deux en avant", a commenté Nuno Amado, le PDG de la banque portugaise BCP, dont le premier actionnaire est la compagnie pétrolière publique angolaise Sonangol.

 

AFP

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