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-Après les orientations (prétentions) libérales imprégnant ses débuts de mandat, le président Bouteflika fait un braquet dans son nouveau discours dans lequel il est question de «préférence nationale», de «patriotisme économique»... Qu'est-ce qui a provoqué ce changement de religion ? L'orientation économique, depuis 1999, avait une intention libérale mais celle-ci manquait cruellement de visibilité, notamment dans ce qui a trait à la prise en charge des intérêts de l'Algérie. C'est un type de libéralisme dépendant du libéralisme international qui consacre l'Algérie dans une position bien claire dans l'économie internationale, un «pays marché». Il n'y avait pas du tout de stratégie globale. Or, les pays émergents, les BRICS, qui ont réalisé de forts taux de croissance dans le cadre de l'économie libérale ont centré leur politique autour d'une stratégie de développement, conférant la priorité à l'industrialisation de leur économie. Aujourd'hui, les recettes économiques qui s'appliquent dans le monde sont un mélange de néolibéralisme et de keynésianisme, de «marché» et d'«Etat». Difficile de s'y retrouver. Il ne fait aucun doute que pour 2014, l'économie jouera un rôle important. C'est clair. Mais ce cafouillage, l'absence de stratégie globale empêchent toute visibilité. Car, depuis la crise de 2007, l'Algérie est dans le flou. Les lois de finances promulguées depuis 2009 sont un mélange d'orientations néolibérales dans la continuité de la ligne des années 1990, avec une touche de keynésianisme : un retour de l'Etat à travers la loi de finances 2009 et sa «règle 51-49%», de «préférence nationale» et un certain protectionnisme que nous pouvons même qualifié de «patriotisme économique». Cela reste flou. C'est un patriotisme économique qui manque de consensus national. Très frileux. On le voit dans l'hésitation du patronat, par exemple, qui patauge encore entre la défense de l'entreprise nationale et l'appel aux IDE. -Des orientations libérales accompagnées de transferts sociaux importants : on parle de plus de 15 milliards de dollars par an... Des transferts sociaux importants certes, mais qui obéissent à des objectifs politiques et non pas à des objectifs économiques comme par exemple le développement de la production nationale ou la mise en ½uvre d'une politique de répartition qui, elle-même va alimenter cet effort de la production nationale. Voilà un segment d'une stratégie globale. Ce qui s'est passé en Algérie, c'est qu'à partir de l'année 2000 on s'est retrouvés avec une aisance financière importante. De cette aisance on n'a pas fait une politique de développement de l'outil de production nationale, avec une large diversification des activités. Au contraire, l'Etat a adopté une politique de dépense publique et opéré des transferts sociaux assez importants.  Les deux ont servi aussi les économies des autres pays. Une politique de dépense publique profite certes au pays, mais aussi aux autres. Toutefois, le montant des transferts sociaux est en tous points incomparable avec la facture d'importation : autour de 50 milliards de dollars. Nous devons changer de contrat social. L'objectif des transferts sociaux ne devrait plus être d'essence et avec des objectifs politiques, mais développer les capacités de la production nationale.  Nous devons mettre en ½uvre une politique de répartition basée justement sur la valeur du travail, parce que distribuer comme ça la rente pour acheter la paix sociale ne mène à rien (...). Pourquoi ? Cette rente disparaîtra au plus tard dans quelques dizaines d'années. Bientôt, il n'y aura plus rien à distribuer. Et dans ce contexte de crise mondiale, avec tout ce qui se passe dans le monde arabe, un nouveau contrat social s'impose et doit se baser sur une économie productive, sur une répartition équitable des ressources, sans pour autant que celles-ci prennent l'allure de la charité, de l'aumône mais suivant la valeur du travail. -La présidentielle de 2014 n'est pas qu'une échéance politique. Elle est aussi et surtout au c½ur d'enjeux et d'intérêts économiques gigognes, même d'une «guerre économique». L'issue des confrontations entre les forces en présence déterminera le futur modèle et les options économiques du pays avec leurs factures respectives... Le capital international fera tout pour exporter sa crise, la faire supporter par nos pays. D'où les 5 milliards prêtés au FMI ou encore le recours aux dollars, au taux change et à l'intérêt pour faire supporter cette crise aux pays en voie de développement et aux pays intermédiaires. Les débats actuellement en cours en Europe et aux USA pour la création d'une zone de libre-échange s'intègrent dans cette optique. Les USA veulent une alliance avec l'Europe pour, entre autres, contrer la montée des BRICS. Les Etats-Unis ont ce besoin de créer cette zone, qui sera plus importante que l'OMC. Parce qu'à l'OMC, les pays émergents ont réussi à s'imposer. La preuve, le cycle de négociation de Doha est bloqué par ces mêmes pays émergents. Les USA veulent dépasser l'OMC et les règles d'échange multilatérales en essayant de faire alliance avec l'Europe. Le deuxième objectif de la création de cette zone est bien évidemment de se sortir de la crise en faisant supporter le fardeau aux autres. C'est sûr que l'élection algérienne est un enjeu international. Maintenant, il faut savoir si dans cet enjeu-là il reste encore une place pour l'Algérie. Personnellement, je suis pessimiste. Je ne soupçonne pas un instant le capital international de vouloir aider l'Algérie à disposer d'un outil de production performant, à développer un secteur privé productif, etc. C'est là l'enjeu, à mon avis. Les pays développés, les Etats-Unis, l'Europe ne veulent rien d'autre que pérenniser la division classique internationale du travail en faisant de nos pays un marché. Maintenant, en Algérie, c'est sûr qu'il y a des forces que la situation actuelle conforte : les importateurs. Le capital bureaucratique, spéculateur  et commercial : les trois formes de capital dominant malheureusement en Algérie avec un secteur informel très important. Je pense que l'allié stratégique, naturel de cette stratégie du capital international ce sont ces gens-là. C'est que la situation actuelle de notre économie nationale les arrange. -Comment ces forces peuvent-elles influer concrètement sur le déroulement du prochain scrutin ? Pour elles, il suffit de laisser les choses en l'état, telles qu'elles sont. C'est le statu quo qui les arrange le plus. Le système perdure sans changements fondamentaux. En face, bien sûr, il y a des forces patriotiques tournées vers la production nationale aussi bien dans le public que dans le privé. Ces forces veulent un vrai changement pour aller vers une économie créatrice de richesses, productive, une économie qui arrive à se placer dans la mondialisation, dans le schéma de l'économie mondiale. Bien sûr, ces forces sont persuadées que ceci ne peut se faire que par l'industrialisation de l'Algérie. Industrialisation pas au sens classique de l'évolution industrielle. Parce que chaque évolution industrielle a ses leviers propres. Dès que le mot industrialisation est prononcé, on convoque automatiquement les années 1970 : industrie lourde, parti unique, soviétisme. Mais chaque étape de l'histoire a sa particularité. Aujourd'hui, on vit la troisième révolution industrielle, à savoir la révolution numérique dont la base est le capital humain, la connaissance. Si on évoque la nécessité d'une réindustrialisation en Algérie, c'est justement dans la perspective d'amorcer cette révolution numérique. L'industrialisation a un immense effet de drainage sur tous les secteurs d'activité, de l'agriculture au tourisme. Par ailleurs, seule l'industrie peut résorber le problème de chômage. On ne peut pas moderniser le pays ni le faire entrer dans l'ère de la démocratie, des droits de l'homme sans l'industrie. Cela a été démontré. En Algérie, ces forces de l'inertie qui ne veulent pas d'un changement de ce type existent. C'est clair. Mais il faut peser leur poids réel. Le secteur privé est très faible. Pour des raisons historiques d'abord. Le colonialisme n'a pas construit un tissu privé. A l'indépendance, l'étatisme - avec un idéal socialiste - n'a pas aidé à développer un secteur privé productif, mais au contraire un secteur privé commercial parasitaire, qui s'est introduit dans les sphères du commerce et de la distribution et s'est enrichi sur la base de la spéculation, en profitant et ou en organisant les pénuries.  Le troisième capital qui s'est développé c'est le capital bureaucratique qui a profité de sa position dans l'Etat et s'est enrichi à  travers les marchés publics et les commissions. Et aujourd'hui on se retrouve avec ce capital dominant. L'enquête économique de l'ONS confirme que la structure du privé algérien, le secteur tertiaire qui comprend le commerce et les services, c'est 89% des entreprises algériennes, dont 55% d'entreprises commerciales. 84% de ces entreprises font du commerce de détail. 33,9% ce sont les services. 89% des entreprises en Algérie sont concentrées dans le commerce et les services. C'est le grand malheur de l'Algérie. Les 10% qui restent et qui sont soi-disant dans l'industrie, soit 97 000 entreprises sur 528 000 entreprises : 23,4% dans l'agroalimentaire et le BTP. Ces chiffres témoignent de la puissance de ces forces et interrogent sur les rapports de force qu'elles imposent au sein de la sphère politique.  

El Watan

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