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Naufrage de Lampedusa : La belle hypocrisie de l’émotion européenne

A la suite du naufrage au large de l’île Lampedusa en Italie, d’une embarcation contenant prés de 500 migrants irréguliers, l’Italie entière était en deuil. Près de 300 des passagers auraient péri en mer selon les derniers chiffres. Les responsables politiques européens ont fait des déclarations et, sur les chaînes d’information, les images de sauveteurs européens venant en aide à des migrants en pleine mer sont passées en boucle. Seulement le problème de naufrages en mer de migrants tentant de rejoindre Lampedusa n’est pas nouveau et la politique migratoire de l’Union Européenne en est en partie responsable.

Barque de pêcheur sur les côtes tunisiennes- Crédit image : sana Sbouai

La belle hypocrisie

Dans le discours bien rodé des politiciens et des journalistes, peu nombreux sont ceux qui expliquent que si des gens meurent en mer c’est en partie du fait de la politique de fermeture de l’Europe et de sa guerre aux migrants. Seules les organisations et associations humanitaires sont montées au créneau pour expliquer cette réalité.

Du côté tunisien, la disparition ou la mort en mer de jeunes harragas sont des histoires malheureusement courantes, et tout le monde a entendu parlé des familles de disparus toujours sans nouvelle de leurs enfants.

Les autorités tunisiennes comme italiennes étant peu coopératives sur la question c’est la société civile qui se charge du travail. Ainsi en 2012 le Forum Tunisien des Droits Economiques et Sociaux (FTDES) a publié un rapport sur les Tunisiens disparus en mer. Ils étaient 1000 en 2011. Le FTDES vient également de signer une tribune collective avec des organismes partenaires. Une lettre adressée aux autorités européennes et maghrébines et notamment par le Gisti, Migreurop, Boats4people, Arci, la FIDH.

Intitulée Lampedusa : L’Europe assassine, cette tribune veut rappeler aux autorités leurs responsabilité. 

Non, le drame de Lampedusa n’est pas le fruit de la fatalité (...) Les morts de Lampedusa, comme ceux d’hier et de demain, sont les victimes d’une Europe enfermée jusqu’à l’aveuglement dans une logique sécuritaire, qui a renoncé aux valeurs qu’elle prétend défendre. Une Europe assassine.

« La seule solution pour que les choses changent, explique Nicanor Haon coordinnateur du projet Boats4People, serait d’augmenter le nombre de visa et de mettre en place une libre circulation. »

Ce qui est à l’opposé des efforts déployés par l’UE. La Cimade a publié un communiqué le 9 octobre dernier. On peut y lire que : « La commissaire européenne aux affaires intérieures, Cecilia Malmström,  transmet un message hypocrite et mensonger : la solution pour prévenir les morts en mer serait d'accélérer la mise en place d'Eurosur pour mieux surveiller les bateaux de réfugiés, et d'investir des ressources supplémentaires afin de lancer une grande opération de sauvetage en Méditerranée sous l'égide de l'agence Frontex. »

Une déclaration qui fait croire que l’agence de contrôle des frontières élargies de l’Europe Frontex, ½uvre au sauvetage des personnes en péril. Ce qui est loin d’être le cas. En réalité, les gardes côtes de Frontex oeuvrent plutôt à repousser les embarcations vers leur lieu de départ et à appréhender les personnes tentant d’entrer de manière irrégulière sur le territoire européen.

Eurosur est un nouveau programme que l’UE souhaite mettre en place. Un programme qui coûte très cher, qui ne respecte pas la confidentialité sur les données biométriques, qui organise un fichage des citoyens et qui n’a pas été sollicité par les citoyens européens.

Une étude publiée en mai 2012 par la fondation allemande Heinrich Böll épingle d’ailleurs le nouveau projet européen.

La présence en mer de bâtiments militaires et de gardes-côtes européens n’est pas un gage d’assistance pour les migrants. Deux affaires illustrent bien cette réalité.

En avril 2012 deux survivants d’un naufrage en Méditerranée avaient porté plainte en France et en Espagne contre les autorités françaises et espagnoles pour non assistance à personnes en danger. Alors que leur embarcation contenant 72 personnes et au départ des côtes libyennes avait lancé un appel de détresse aux gardes-côtes italiens qui le transmettent à l'OTAN et aux bâtiments militaires présents en mer Méditerranée en indiquant leur localisation. Des appels sont fait toutes les 4h pendant 10 jours. Personnes ne leur viendra en aide. Au bout de 15 jours le bateau est rejeté sur les côtes libyennes. Il ne reste que 11 survivants, dont deux décéderont peu de temps plus tard. En plus de leur appel de détresse les migrants ont croisé un avion, des hélicoptères, des bateaux de pêche et un navire militaire.

En décembre 2012 c’était une embarcation qui quittait les îles canaries qui était victime d’un accrochage avec un bateau des gardes-côtes espagnoles. Une vidéo de l’incident donnait à voir le bateau des gardes-côtes rentrer de plein fouet dans la patera. Un procés avait lieu autour de cet incident. Le juge prendra une décision étonnante, déclarant qu’il s’agissait d’une erreur de manoeuvre de la part de l’embarcation des migrants.

Sana Sbouai

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