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ETUSA : fin de la grève, pas des problèmes

Les 2600 employés de l'Etusa ont repris le travail, hier, après un débrayage de deux jours, pour revendiquer leur paye du mois de septembre. Il aura fallu l'intervention du ministre des Transports, Amar Ghoul, pour que le directeur dgénérale de l'entreprise, Krim Yacine, accepte de débloquer les salaires. Retour sur 48 heures de conflit qui a obligé les Algérois à redécouvrir les joies de la marche et le système D. Mercredi après-midi, le directeur général de l'entreprise, le syndicat de l'Etusa et le directeur des transports de la wilaya d'Alger se retrouvent autour d'une table. Le ministre des Transports, Amar Ghoul, avait demandé, en début de journée, que le différend qui oppose le DG de l'Etusa aux travailleurs de l'entreprise soit réglé. En fin d'après-midi, le directeur, qui refusait jusque-là de signer le bordereaux des salaires, accepte de le faire. «J'ai décidé de signer le bordereau de la paie du mois de septembre, raconte Krim Yacine. Même, si cette signature n'a pas eu lieu à la direction générale de l'entreprise, elle a été paraphée au siège de la direction des transports. J'espère que demain les Algérois pourront reprendre les bus de l'Etusa auxquels ils sont très fidèles.» Mais le conflit à l'Etusa dépasse le seul problème des salaires. Le retour de Krim Yacine à la tête de l'entreprise sur décision de l'ancien ministre des Transports, Amar Tou, a été très mal perçu par une majorité de la section syndicale, qui remet en cause cette décision. «C'est un papier qui n'est pas valide, déclare un syndicaliste sous le couvert de l'anonymat. Pour nous, c'est un document non officiel.» Cette remise en cause d'une décision ministérielle a fait réagir la centrale syndicale. Joint par téléphone, Salah Djenouhat, membre du secrétariat national de l'UGTA, récuse les accusations et rappelle que «ce n'est pas à un syndicat d'entreprise de s'immiscer dans les décisions prises par un ministre. Le syndicat n'est pas là pour mener campagne contre une décision d'un membre du gouvernement». Le directeur général, qui avait démissionné il y a trois mois de son poste pour rejoindre une filière de la Société nationale des transports ferroviaires (SNTF), avait déjà dû affronter un important mouvement de grève en 2012. Les travailleurs, en plus de leurs revendications salariales, demandaient également son limogeage par la tutelle. «Le directeur général n'a jamais fait l'unanimité dans l'entreprise, déclare un conducteur de bus sous le couvert de l'anonymat. Son retour a mis le feu aux poudres.» Première conséquence de ce retour, la majorité des 54 membres de la section syndicale décide de procéder au retrait de confiance au secrétaire général en place, Mohamed Kharoubi, et au chargé de l'organique, Djamel Aït Medjane, accusés par les travailleurs d'avoir milité pour le retour de Krim Yacine. Et c'est Ahmed Dechicha qui est élu à la tête du syndicat de l'entreprise. Conséquence de ce bras de fer : le directeur général a déposé une plainte contre le secrétaire général de la section syndicale et cinq autres syndicalistes pour avoir entamé une grève illégale. Les six syndicalistes avaient été convoqués hier au tribunal. «Comment voulez-vous qu'on travaille avec un directeur qui dépose une plainte contre vous, parce que vous réclamez votre salaire, déclare Ahmed Dechicha. Il n'est plus question qu'on accepte sa présence à la direction générale.» «Le problème du syndicat est qu'il ne sait pas ce qu'il veut, affirme Krim Yacine. J'ai toujours fait en sorte d'aider l'entreprise à se développer et je continuerai à le faire, avec l'aide des pouvoirs publics qui m'ont toujours soutenu. Je rappelle que les travailleurs de l'Etusa ont vu leurs salaires évolués depuis 2010. La dernière augmentation en date a eu lieu cette année, elle a été de 8% sur le salaire de base.» Cependant, l'Etusa qui a connu une grève de la faim de 13 de ses travailleurs, une tentative d'immolation et des grèves à répétition depuis 2008, semble abonné aux conflits pour longtemps encore.