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Thierry Dusautoir (2011) REUTERS/Jacky Naegelen
Thierry Dusautoir (2011) REUTERS/Jacky Naegelen

Thierry Dusautoir, le «pilier» de l'équipe de France

Non, Thierry Dusautoir n’évolue pas au poste de pilier sur les terrains de rugby. En revanche, le natif d’Abidjan joue un rôle décisif sur l’évolution du XV de France dans la Coupe du monde 2011 en Nouvelle-Zélande.

Lors de la Coupe du monde 2007, Thierry Dusautoir se révèle à la planète ovale au cours d’un quart de finale de «légende» face à la Nouvelle-Zélande. Quatre ans plus tard, il arrive dans la compétition avec un nouveau statut.

Capitaine de l’équipe de France —le premier d’origine africaine à ce poste— Dusautoir est devenu l’un des meilleurs troisième ligne aile du monde.

Le rugbyman naît le 18 novembre 1981, à Abidjan (Côte d’Ivoire) de l’union d’un père français, enseignant en physique-chimie et d’une mère Ivoirienne. L’enfant grandit dans les plantations de cacao et de café de ses grands-parents paternels.

De cette enfance en Côte d’Ivoire, le sportif garde de très bons souvenirs. Dans une récente interview, il déclarait:

«J’ai été élevé de façon collective, à l’africaine. J’aimais cette notion de respect incontournable qui fait qu’un adulte dans la rue, quel qu’il soit, te corrige si tu te montres insolent avec un aîné.»

A l’âge de 10 ans, il débarque en France. L’adaptation à Périgueux, ville du sud-ouest de la France, est difficile et brutale. «Du coup, dit-il, j’ai quitté l’enfance.»

Les parents de Dusautoir divorcent. A cette époque, le jeune est déjà sportif. Depuis qu’il a quatre ans, il pratique le judo. Mais c’est dans le rugby qu’il va pleinement s’épanouir.

Un sportif intello

A 16 ans, le futur international se met au rugby. C’est une révélation. Pour cet adolescent discret, ce sport est un moyen de s’ouvrir davantage aux autres. Sur le terrain, le joueur occupe le poste de troisième ligne aile.

Il n’en délaisse pas pour autant les études. Après l’obtention d’un bac scientifique, Thierry entame une prépa physique-chimie. Un an plus tard, il se réoriente vers une faculté de sciences. Finalement, le sportif prépare le concours d’entrée aux écoles d’ingénieur et est admis à l’École nationale supérieure de chimie et de physique de Bordeaux. Son cursus lui permet de concilier sport et études. Depuis 2001, il évolue à Bordeux-Bègles, club du Top 16 (actuel Top 14), le championnat français de rugby.

En 2003, empêtré dans des problèmes financiers, le club est rétrogradé en Pro-D2, la deuxième division du rugby. Dusautoir est transféré à Colomiers, un autre club du Top 16, et poursuit sa carrière de haut niveau. Un an plus tard, le joueur s’engage avec le Biarritz Olympique (BO). Au sein de l’équipe basque, le Périgourdin va décrocher ses premiers trophées.

En 2004, le colosse (1 m 88 pour 100 kg) intègre la formation basque. Là-bas, il prend une nouvelle dimension: dès sa première saison, le joueur décroche un premier titre de Champion de France et soulève ainsi son premier bouclier de Brennus. En finale, les joueurs basques s’imposent face aux Parisiens du Stade Français (37-34).

La même année, Thierry Dusautoir sort diplômé de l’École nationale supérieure de chimie et de physique. En 2006, le BO remporte un deuxième titre consécutif de champion de France, aux dépens du Stade Toulousain (40-13). Le XV basque parvient même à se hisser en finale de la H-Cup (Coupe européenne de rugby). Les Basques s’inclinent face aux Irlandais du Munster.

Au cours de cette saison, le joueur s’est fait une place dans le XV titulaire. Ses performances lui valent d’être appelé en équipe de France par le sélectionneur de l’époque, Bernard Laporte. Le sportif effectue la tournée d’été du XV. Pour ses débuts en bleu, il marque un essai dès son premier match face à la Roumanie. Après deux saisons couronnées par deux titres de champion de France, Dusautoir quitte le Pays-Basque pour découvrir la Haute-Garonne.

«The Dark Destroyer» is born

Le Stade Toulousain engage Dusautoir en 2006. La première saison est compliquée pour le Français d’origine ivoirienne. Sa saison en demi-teinte ne lui permet pas de justifier une place en équipe de France. Pour la Coupe du monde 2007, le joueur n’entre pas dans les plans de Bernard Laporte. Cependant, Dusautoir va bénéficier d’un coup du sort: la blessure d’Elvis Vermeulen lui permet d’intégrer le groupe de 30 joueurs qui disputera le Mondial. Durant la compétition, le troisième ligne aile ne déçoit pas, au contraire.

En poule, il s’illustre en marquant deux essais face aux Welwitschias de Namibie. Mais c’est en quart de finale que le Français va se révéler au monde de l’ovalie. Face à la Nouvelle-Zélande, Thierry Dusautoir joue le «match de sa vie». Malmené par les All Blacks en première mi-temps, le XV de France va se sublimer dans la seconde partie du match. Le Périgourdin marque le premier essai de l'équipe et finalement, la France prend l’avantage.

Au cours de cette rencontre épique, le troisième ligne aile réalise 38 plaquages, une performance hors du commun. Grâce à une défense de fer, les Français parviennent à se défaire des All-Blacks (20-18). A l’issue de cette rencontre, Dusautoir va hériter d’un surnom, The Dark Destroyer (le destructeur noir).

Cette victoire historique fait naître un grand espoir dans l’Hexagone. Mais le XV de France est éliminé en demi-finale par celui de la Rose (Angleterre). Lors de la petite finale, qui oppose les perdants des deux demis, l’équipe s’incline face aux Pumas d’Argentine.

Au sortir de la Coupe du monde, Thierry Dusautoir a de nouveau franchi un pallier. En équipe de France, le joueur est devenu le digne héritier du Camerounais Serge Betsen, un autre élément-clé de l’équipe de France dans les années 2000.

De retour à Toulouse, le troisième ligne aile montre toute l’étendue de son talent. En 2008, il remporte avec son club un nouveau bouclier de Brennus, le troisième de sa carrière. Au cours de cette saison, il porte pour la première fois le brassard de capitaine en équipe de France.

La saison 2009/2010 est riche pour le rugbyman. En l’absence de Lionel Nallet, Marc Lièvremont, nouveau sélectionneur de l’équipe de France, le nomme capitaine durant la tournée de l’équipe dans l’hémisphère sud. En 2010, le XV de France réalise le Grand Chelem lors du Tournoi des six nations. Avec le Stade Toulousain, Dusautoir remporte la H-Cup: l’équipe est sacrée championne d’Europe. Dans une finale franco-française, les Toulousains ont su faire la différence face au BO, l’ancien club de l’actuel capitaine de l’équipe de France (21-19). Le 4 juin 2011, Dusautoir remporte un quatrième titre de champion de France.

Un capitaine attaché à ses racines

Si la vie de Thierry s’écrit en France, il n’en a pas pour autant oublié ses racines africaines. Lorsqu’il évoque ses goûts et ses passions, c’est vers la Côte d’Ivoire qu’il se tourne. Du garba au poisson (plat à base de manioc, thon, oignons, tomate et piments) de sa maman aux romans d’Ahmadou Kourouma, le pays africain reste très présent chez le natif d’Abidjan. Le joueur apprécie également le coupé-décalé, un style musical typique de la Côte d’Ivoire.

Après sa carrière professionnelle, il se verrait bien retourner sur sa terre natala. Là-bas, le Périgourdin pourra continuer le rugby, la Côte d'Ivoire étant l'un des rares pays d'Afrique francophone à pratiquer ce sport. L'équipe nationale est même parvenue à se qualifier pour la Coupe du monde de 1995. L'international n'écarte pas l'hypothèse d'une reconversion en Afrique:

«J’aimerais monter une société en Côte d’Ivoire, m’occuper de la plantation familiale, y promouvoir le rugby, entretenir un lien régulier».

Pour l’instant, l’objectif reste la Coupe du monde 2011, qui a débuté le 9 septembre en Nouvelle-Zélande. Le troisième ligne aile, l’un des meilleurs à son poste, va devoir briller pour amener l’équipe de France le plus loin possible dans la compétition. Après une performance décevante face à la modeste équipe du Japon (47-21), le XV de France a encore tout à prouver.

Ménagé pour le match contre le Canada, (Rougerie assurera le capitanat), Thierry Dusautoir devrait retrouver le terrain et son brassard pour un choc qui opposera la France à la Nouvelle-Zélande, le 2 octobre. Espérons que les All Blacks lui réussissent autant qu’en 2007.

Jacques-Alexandre Essosso


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