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Le Caire, 9 octobre 2011: un massacre, 28 morts, et le coup fatal porté – pour ceux qui ont accepté de voir la réalité en face – à l’image de l’unité de l’armée et du peuple. Deux ans après, une commémoration a réuni quelques centaines de personnes au Caire – calme, fermement cadrée par les organisateurs pour éviter tout débordement des manifestants et attaque des forces de sécurité. Mais lorsque les activistes les plus déterminés ont voulu investir Tahrir, ils se sont fait disperser manu militari et arrêter.

Commémoration du massacre de Maspero au Caire, le 9 octobre 2013. KHALED DESOUKI / AFP

Hier, pour cette deuxième commémoration du massacre de Maspero, les manifestants ont chanté contre le régime militaire de 2011, et ont demandé à ce que justice soit faite.
Jusqu’à aujourd’hui, les autorités égyptiennes n’admettent pas vraiment de faute de l’armée et suggère toujours la piste de voyous inconnus. Seuls trois soldats subalternes ont été faits boucs émissaires. Les organisateurs de la commémoration l’ont voulue sobre et silencieuse.

Un des participants raconte:

« La plupart ne voulait rien dire contre le régime militaire d’aujourd’hui. Etait-ce par conviction politique : beaucoup de Coptes aujourd’hui s’estiment soulagés de l’éviction des Frères musulmans et sont donc reconnaissants envers l’armée et Sissi? Etait-ce parce qu’ils craignaient qu’on ne nous prenne pour des pro-Frères musulmans ? Alors qu’il y avait principalement de coptes et les activistes anti-tout, Frères et armée, du des 6 avril et des socialistes révolutionnaires, donc plutôt improbable. Etait-ce par peur qu’on nous tire dessus, Frères ou pas? »

La veillée aux bougies a eu lieu de cinq heures à sept heures du soir, après quoi tout le monde s’est dispersé – faire quelque chose à l’heure relève de l’exploit en Egypte. Une bonne dizaine de personnes sont arrivées à sept heures et ont rebroussé chemin dépitées. En 2012, la commémoration avait duré des heures et rassemblé beaucoup plus de monde.

Mais une petite grappe d’activistes a décidé d’essayer de continuer la commémoration de Maspero sur la place Tahrir. L’accès lui en a été bloquée par les policiers et l’armée.

L’un des manifestants lance « comment ça, on ne peut pas aller sur Tahrir? Et la commémoration de Mohamed Mahmoud en novembre, on n’aura pas le droit de la faire là où les événements ont eu lieu, sur la place Tahrir et rue Mohamed Mahmoud? »
Le soldat répond, mi-hilare, mi-agacé: « Lâchez-nous avec vos commémorations et vos demandes de justice. C’est fini. »

Plus tard, les esprits s’échauffent et c’est le temps pour les rues avoisinantes de Tahrir des gaz lacrymogènes, des coups de feu et des arrestations arbitraires – ou plutôt de tous ceux qui avaient l’air d’avoir participé à la commémoration, par exemple tous ceux qui avaient un tee-shirt portant le visage de Mina Daniel, un activiste copte tué en 2011.

Coptes et politique

La communauté copte en Egypte sous Moubarak se mettait prudemment en retrait du politique. Après la révolution de 2011, dans le vide sécuritaire qui a suivi, plusieurs attaques contre des Chrétiens ont été rapportées – et la communauté était encore sous le choc de l’attaque meurtrière contre la cathédrale des Deux saints d’Alexandrie la nuit avant le 1er janvier 2011 (encore sous Moubarak). Comme d’habitude, aucun vrai coupable n’était trouvé, et aucune enquête sérieuse, ni aucune mesure pour changer la loi qui rend difficile les constructions d’églises n’était mise en ½uvre. On peut donc dire que ce sont les Coptes qui ont les premiers, dès le printemps 2011, demandé des comptes au régime militaire (le Conseil suprême des Forces armées a dirigé le pays de la chute de Moubarak en février 2011 à l’élection de Mohamed Morsi à l’été 2012) – en manifestant – déjà- au printemps 2011 devant le bâtiment de Maspero.
En mars 2011, le Conseil militaire a soumis au référendum des amendements constitutionnels -qui ont été approuvés. Ceux qui ont appeler à les refuser étaient les révolutionnaires – et les Coptes.

Hier, l’Union des Coptes en Egypte avait appelé à battre le pavé en mémoire de Maspero. En revanche, l’association égyptienne la plus active pour la protection des droits des coptes, Maspero Youth Union, mouvement copte créé en 2011 et qui se présentait comme révolutionnaire , n’a organisé qu’une messe. Il faut dire que MYU a depuis longtemps changé d’ennemi, abandonnant l’armé pour les islamistes, et aujourd’hui, même si son côté révolutionnaire n’est pas forcément très à l’aise avec l’idée, se tient du côté de l’armée et du gouvernement de transition. MYU a expliqué que « pour des raisons de sécurité », « au cas où la commémoration serait infiltrée par des pro-Frères », il valait mieux ne pas manifester.

La marche d’octobre 2011 était composée en grande partie de Coptes mais pas seulement. Elle voulait défendre les droits de la minorité copte en Egypte. Elle s’est finie en bain de sang, lorsque des soldats décident de disperser la marche et, perdant toute retenue, écrasent des manifestants. Il y eut au moins 28 morts. Alors que la scène se déroule devant Maspero, le bâtiment égyptien de la radio et télévision d’Etat, les chaînes nationales relatent une histoire bien différente: ce sont les Chrétiens, des infidèles, qui ont attaqué et tué des soldats. Un certain nombre de téléspectateurs crédules sont alors sortis dans la rue pour protéger l’armée et casser du chrétien. Les manifestants ont été arrêtés et les bureaux locaux des chaînes de télévision qui diffusaient les événements en direct ont été aussitôt investis par l’armée. La propagande d’Etat n’est certes ni chose nouvelle, ni révolue, en Egypte.

Sophie Anmuth ( du Caire)

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