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Le colonel Hocine Senoussi, très connu du monde des arts pour avoir notamment dirigé l'âge d'or de Riadh el Feth, était en 1963, pendant «la guerre des Sables», pilote d'hélicoptère. Il se remémore les péripéties des premiers pas opérationnels de la toute jeune aviation militaire algérienne. -«Les Marocains attaquent !» ...Comment avez-vous reçu la nouvelle ? Militairement les troupes des Forces armées royales (FAR) marocaines avaient occupé deux positions au nord de Béchar. Il s'agissait de deux villages frontaliers : Hassi Beida et Tindjoub. Il ne nous en fallait pas plus pour que nous trépidions de toutes nos fibres.     Il faut dire qu'à l'époque déjà, l'armée nationale ne manquait pas d'hommes. Pas plus d'ailleurs que l'ALN. Ce qui faisait en revanche défaut, c'étaient les moyens logistiques. Ou du moins nous n'avions pas les équipements de transport, de traction, de transfert des matériels militaires pour faire face à une armée qui après tout n'était pas non plus pourvue de toutes les commodités. Nous n'avions rien sur place. Manquaient cruellement aussi les équipages pour les opérations aéroportées. -L'écart entre les deux armées était-il si important ? Ils avaient, par rapport à nous, quelques années d'avance, sans plus. Sur le front nous manquions de tout sauf de courage pour faire face vaillamment. L'ALN savait se battre. Et les unités qui avaient reçu une formation aux frontières ou dans les pays amis avaient toutes les qualités requises pour faire face à une telle situation mais individuellement. Il fallait aussi compter avec la volonté et les sentiments patriotiques nourris au sein de la Révolution. Si la cohésion ne présentait aucune faille, il nous manquait, néanmoins, la coordination, l'action synchronisée. Nous étions loin de nos bases logistiques.  Manquait également un organisme  chargé de concentrer tous les efforts sur un axe. Un Etat-major  quoi.    -Vous étiez dans l'aviation... Aviation, aviation, vous allez vite en besogne. Aviation c'est trop dire. Nous étions une poignée de pilotes pour ne pas dire une pincée. Quelques «aviateurs» pour six ou sept appareils hétéroclites aussi divers que 7 avions de chasse de type MIG 15 bis,  que les Egyptiens nous avaient offerts au lendemain de l'indépendance. Nous avions également un escadron de d'appareils de type «Goumhouriya». Un zinc est-allemand de montage égyptien dont une dizaine nous avait été donné par Le Caire. En fait d'avion c'était un coucou pour l'entrainement basique...tout ce qu'il y a de plus basique. Un biplace, moniteur  plus un élève. C'était un avion que nous connaissions parfaitement car nous avions volé dessus au tout début de notre formation. Enfin il y avait également 5 hélicoptères MI IV que l'OTAN désigne sous le nom de «Hound». C'est un appareil de transport de construction soviétique qui servait aussi bien pour le militaire que pour le civil. Il pouvait être équipé d'une mitrailleuse, mais ça n'en faisait pas pour autant un hélicoptère de combat. -Des hélicoptères ? Oui ces 5 appareils avaient leur petite histoire puisqu'ils avaient été acquis pendant la guerre et qu'ils devaient servir de passe-muraille si je puis dire ou plutôt de passe-frontière. Le cessez le feu les a surpris encore dans leurs caisses. Ils étaient stockés en kit dans des containers à Meknès. Une année auparavant, après juillet 1962, j'avais été envoyé avec un groupe de pilotes et de techniciens que je dirigeais pour les rapatrier. Nous nous sommes donc rendus à Meknès où nous avons trouvé deux officiers pilotes et  quatre ingénieurs tous soviétiques avec lesquels nous avons procédé au montage et aux essais en vol. C'était fin septembre 1962.  Nous les avons fait rentrer vers la fin octobre et nous avons défilé avec, pour la fête nationale le 1er Novembre de la même année. Donc si on récapitule : un escadron de «Goumhouriya», 5 hélicoptères et 7 Mig 15. Voilà ce que nous possédions en tout et pour tout. Et nous piaffions d'impatience d'en découdre. Lorsque nous avons appris la nouvelle de l'occupation de Tindjoub et Hassi Beida, le défunt Saïd Aït Messaoudène était le directeur de l'armée de l'air. Nous avons été le trouver pour lui dire : - «Nous aussi nous sommes des soldats, et à ce titre notre désir le plus ardent est de nous batte»  Il nous a dit : «- Attendez je dois consulter le colonel Boumediène (également ministre de la Défense et chef des opérations.  En attendant, des négociations avaient été entamées avec les responsables de l'armée française.... -Pourquoi ? Afin d'obtenir lees autorisations de survol, d'atterrissage et de décollage, à partir de Béchar. Il ne faut pas oublier qu'aux termes des Accords d'Evian de mars 1962, Mers El Kébir, Reggane et Béchar demeuraient des bases françaises. Pas question de survoler ou d'atterrir sans une autorisation de l'armée française. -Vous étiez donc encore à Alger ? C'est alors que notre petit groupe de pilotes et de techniciens, avons unilatéralement décidé de prendre le ciel et de nous rapprocher du théâtre des opérations. Nous avions en effet appris qu'il y avait à Méchria un aérodrome désaffecté mais dont la piste demeurait viable, qui pouvait recevoir des appareils du tonnage des nôtres. Nous avions alors résolu de faire le plein de carburant à Senia - Oran et à poursuivre notre vol sur Mecheria pour y attendre les ordres. Nous n'avons pas pris de «Goumhouriya» hormis celui de mon ami et collègue Ben Cherchalli qui l'a pris pour la reconnaissance. Les hélicoptères nous n'en avons pris que trois sur cinq en raison du manque d'effectifs. Les équipages étaient composés d'élèves et j'étais le seul opérationnel. Ainsi comme une armée de Bourbaki, cahin-caha nous avions decollé de Chéraga pour les hélicoptères et de Maison Blanche (Dar El Baida), pour les MIG, et  nous sommes rendus à Mecheria. Là nous avons reçu un accueil populaire et c'est d'ailleurs la population qui s'est chargée de notre ravitaillement. -Qu'en était-il des négociations ? Boumediène, ministre de la Défense et chef des opérations négociait fermement avec le général français commandant la place de Béchar. Ca trainait en longueur trainaient en longueur. Finalement ils ont finit pas consentir de nous laisser atterrir et décoller mais ils ont exigé qu'il n'y ait pas d'opérations d'attaque, dirigées directement contre le Maroc à partir de Béchar. Je pense que Boumediène a ressenti cet épisode comme une humiliation. Négocier le sol et le ciel de son propre pays. Une de première revendication a été de récupérer toutes facilités et les bases consenties par les Accords d'Evian. -Quelle est la part d'aventure ? Comme dans toute expédition de ce type on tire des leçons. Nous n'étions pas réalistes. Comment envisager un instant, faire la guerre avec trois hélicoptères, un avion d'instruction. Les sept Mig en revanche, auraient pu faire des dégâts. Mais, il faut dire que côté adverse aussi  il n'y avait pas grand-chose.    En face ils alignaient un escadron de MIG 17 basé à Meknès, d'ailleurs. Mais le peu de pilotes que nous étions, avions reçu une meilleure formation pour le combat. Quant à l'armée de terre elle était encore composée d'anciens de l'ALN de l'intérieur et des frontières. Je le répète, notre problème c'était la logistique.Notre armée était encore une armée politisée, non préparée à une telle situation. Nos unités ont été regroupées au niveau de Béchar. Le sud était dépourvu de militaires. Les deux centres importants c'était Alger et Oran. Ils ont envoyés des gens d'Alger et d'Oran qui ont été sur le sud. Mohand Ouel Hadj avait envoyé un bataillon. C'étaient aussi des maquisards qu'on a essayé d'intégrer. -Vous aviez précédemment parlé de leçons. Il faut revenir à la terminologie militaire. Il s'est agit d'un conflit de frontières. Ce n'est pas une guerre ouverte. Une guerre aurait duré plus longtemps. C'est un incident grave mais aucunement une guerre. L'Algérie n'était pas seule, les Cubains étaient là les Egyptiens aussi. Mais nous n'avions pas eu besoin d'eux en réalité. La dimension des accrochages ne nécessitait pas leur intervention. Ce genre d'incident était aussi arrivé avec les Tunisiens et la fameuse borne 233 mais dans sa version soft et nous n'en sommes pas arrivés aux actes de belligérance. La première leçon que nous en avons tirée vous pouvez la lire aujourd'hui dans les pages de l'armée de l'air algérienne devenue  une des meilleures du continent. Une  des plus performantes du monde.

El Watan

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